Ne pas mettre le doigt entre l’arbre…

et l’écorce

Ne pas intervenir dans les querelles de personnes, en apparence bien unies.

Le motif qui fait que deux personnes se disputent momentanément ne peut durer, le différend n’étant que passager, si celles-ci sont, en général, bien unies. Divisées par des circonstances fortuites, elles doivent se rapprocher évidemment, au détriment d’un conciliateur indiscret.

Dans sa pièce du Médecin malgré lui, Molière (1666) met en scène un personnage qui croit devoir intervenir dans une querelle entre un mari et sa femme. Mal lui en prend, parce que c’est sur lui que tombent les coups du ménage réconcilié. Voici les paroles que l’auteur fait dire à Sganarelle : « Vous êtes un impertinent de vous ingérer dans les affaires d’autrui. Apprenez que Cicéron dit : Qu’entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. »

Ce conseil s’adresse aux gens qui aiment à se mêler de tout et même souvent beaucoup moins de leurs affaires que de celles des autres. Il s’applique aussi aux imprudents qui veulent intervenir dans les querelles de ménage et qui ne font que se rendre désagréables aux deux parties. Un proverbe turc dit : Ne te mets pas entre l’ongle et la chair.

L’origine de ce proverbe est tirée probablement de l’anecdote suivante qui est puisée dans l’histoire ancienne. « Milon de Crotone était un athlète fort célèbre par sa force extraordinaire. Quoiqu’il eût cessé depuis longtemps déjà de concourir dans les jeux publics, il voulut, un jour, bien qu’il eût atteint un âge avancé, éprouver s’il lui restait encore quelque force. Il traversait tout seul une forêt ; près de sa route se trouvait un chêne fendu déjà de plusieurs côtés. Il mit ses doigts dans les fentes et essaya de séparer l’arbre en deux parties.

« Il commença bien à écarter les fentes jusqu’au centre et se reposa un moment de ses efforts tout en laissant ses mains dans l’ouverture. Mais, sans qu’il s’en doutât, les deux parties de l’arbre se rejoignirent et retinrent si fortement les mains de l’athlète, qu’il ne put se dégager. Les bêtes féroces de la forêt le mirent en pièces. »

Prénom Ange

La cour de récré revient ; Maîtresse Jill est au milieu et accueille cette semaine le petit Ange…

Bien après les vendanges,
Assis dans la grange,
sur un tapis de losanges orange,
Ange parlait aux mésanges ;
Suçant ses phalanges dans un plaisir sans mélange
tel un archange qui ne dirait que des louanges
en échange d’une trempette dans le Gange.
C’est étrange non ?

Se faire appeler Arthur

Il existe deux hypothèses pour expliquer l’origine de cette expression :

La première est amusante, mais pas obligatoirement juste. Elle daterait de la seconde guerre mondiale.

Dans la France occupée, à certaines périodes de l’année, le couvre-feu commençait à vingt heures [1], soit huit heures du soir.
Les patrouilles allemandes chargées de son application avaient pour habitude de prévenir les retardataires en leur indiquant leur montre et en leur disant « Acht Uhr ! », ce qui, dans la langue de Goethe, veut dire « Huit heures ! » et se prononce à peu près comme ‘artour’.

Comme, de l’entente de ‘artour’ à l’écoute de ‘Arthur’, il n’y a qu’un pas quand on ne comprend rien à l’allemand, on imagine bien le pauvre gamin qui rentrait chez lui après s’être fait sermonner par le chef de patrouille, se plaindre non seulement de s’être fait gronder, mais en plus de s’être fait appeler Arthur alors qu’il s’appelait Julien.

La seconde explication est incomplète.
Selon Alain Rey dans le dictionnaire du français non conventionel, l’expression daterait de 1920 et serait liée à l’argot où un arthur désignait un proxénète, sans qu’on sache vraiment pourquoi.
On disait aussi « se faire appeler Jules » (qui avait la même signification, en argot).
Malheureusement, rien n’indique pour quelle raison ces deux prénoms ont été utilisés de manière ironique dans ces deux expressions similaires.