La séquestrée de Poitiers – Brèves d’histoire

23 mai 1901 : découverte de la Séquestrée de Poitiers

Ce jour-là, un commissaire, accompagné de trois policiers, pénètre dans une maison bourgeoise de Poitiers. Ils y découvrent Blanche Monnier, 52 ans. Elle est ligotée sur son lit et dans un état de faiblesse extrême : Blanche est squelettique et ne pèse que 25 kilos ! L’odeur est pestilentielle. Il faut vous dire que personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis 25 ans !

Elle était séquestrée ? Mais par qui ?
Par sa propre mère, qui cachait Blanche dans une chambre du second étage aux fenêtres condamnées pour, semble-t-il, dissimuler les troubles mentaux de sa fille, en proie à des crises d’hystérie et qui s’était entichée d’un républicain, quand la famille Monnier était royaliste.

Blanche Monnier : la Séquestrée de Poitiers

Et personne n’était au courant ?
Si ! Et c’est tout le scandale de l’affaire. Le frère de Blanche, Marcel, vivait dans la maison et n’a rien dit. Deux bonnes aussi étaient dans le secret, puisqu’elles nourrissaient Blanche. Tous seront acquittés au procès, la notion de « non-assistance à personne en danger » n’existant pas encore dans le droit de l’époque. La mère, quant à elle, est morte quelques jours après son arrestation. On ne saura jamais vraiment pourquoi elle avait séquestré sa fille.

Mais comment a-t-elle été découverte ?
Il y a avait quelques rumeurs qui circulaient dans ce quartier de Poitiers, et une lettre anonyme a alerté les autorités. Malheureusement, il était bien trop tard. Blanche Monnier fut placée dans un hôpital où elle finira ses jours sans recouvrer la raison. C’est André Gide qui a popularisé cette affaire, à travers un livre intitulé : La séquestrée de Poitiers. Cette affaire n’est pas sans en rappeler d’autres, plus récentes, comme l’affaire Fritzl ou celle de Natascha Kampusch. Mais enfin, ça, ce sont d’autres terribles histoires…

Franck Ferrand
Europe 1

Brèves d’histoire – Jacques Coeur

19 mai 1453 : Jacques Coeur, surintendant des finances, est condamné
à payer cent mille écus

Fils d’un orfèvre de Bourges, Jacques Cœur remplit d’abord un emploi dans les monnaies, et ensuite se livra au commerce. Doué du génie des entreprises maritimes, il acquit une de ces fortunes colossales qui devaient frapper de surprise et d’envie ; d’autant plus que, loin de dissimuler l’éclat de ses richesses, Jacques Cœur se plaisait à l’exagérer par sa fastueuse magnificence.

Charles VIII voulut l’attacher à son service, et lui confia l’administration des finances du royaume, avec le titre d’argentier. Ces fonctions ne l’empêchèrent pas de continuer ses spéculations commerciales. Lorsque le roi entreprit la réduction de la Normandie, son opulent ministre lui prêta quatre cent mille écus d’or, et entretint quatre armées à ses frais. Des lettres de noblesse payèrent un service d’une telle importance. Mais cette faveur, en mettant le comble aux prospérités de celui qui la recevait, en marqua le terme. L’avidité des courtisans conjura la perte d’un homme qui les blessait par son orgueil.

Jacques Coeur fait amende honorable
Jacques Coeur fait amende honorable

Une première accusation s’éleva contre Jacques Cœur, c’était celle d’avoir empoisonné Agnès Sorel, qui l’avait institué son exécuteur testamentaire. A cette calomnie, facilement repoussée, succéda une foule de dénonciations plus adroites ou plus audacieuses. On prétendit que Jacques Cœur avait altéré les monnaies, abusé du petit scel, et même du nom du roi, exercé des concussions dans les provinces, fourni des armes aux Musulmans, envoyé aux galères des hommes qui ne le méritaient pas. Charles VIII accueillit tous ces griefs, et nomma une commission spéciale, composée des plus violents ennemis de l’accusé : c’était le condamner et à la fois le justifier d’avance.

Nulle forme, nulle justice ne furent observées dans cet odieux procès, où l’on ne vit pas de défenseur, mais où l’on employa l’appareil des tortures, et qui se termina par une sentence capitale. Le roi, dans sa clémence, la remit au condamné : « en considération de certains services et à la recommandation du pape », il commua la peine en un bannissement perpétuel, avec confiscation, amende honorable et indemnité de quatre cent mille écus à payer au trésor royal. Du reste, les juges se partagèrent les dépouilles de leur victime. Quoique banni de France, Jacques Cœur demeura longtemps à Beaucaire dans le couvent des cordeliers, que le roi lui avait indiqué comme lieu de franchise, et qui était réellement une prison.

Etant parvenu à s’échapper, il se rendit à Rome, où le pape Calixte III lui donna le commandement d’une partie de la flotte qu’il armait contre les Turcs. Il s’embarqua, tomba malade à Chio, et y mourut en 1461 sans avoir refait sa fortune, ainsi que l’affirment quelques historiens. A cette époque, un homme qui avait amassé tant d’or ne pouvait échapper au soupçon de magie ; aussi publia-t-on que Jacques Cœur avait trouvé la pierre philosophale.

Il possédait mieux que cela : de l’industrie et des vues supérieures à celles de son siècle. Il avait rédigé des mémoires et instructions pour policer la maison du roi et tout le royaume. On lui doit aussi un dénombrement ou calcul des revenus de la France. Ainsi, dès le milieu du quinzième siècle, il avait pressenti l’utilité d’une science destinée à exercer tant d’influence au dix-neuvième.

L’oiseau blanc – Brèves d’Histoire

9 mai 1927 : disparition de l’Oiseau blanc
lors de sa traversée de l’Atlantique

 

Ce jour-là, le journal La Presse annonce en Une « l’exploit de deux aviateurs, » Charles Nungesser et François Coli. Ils ont décollé la veille pour une traversée de l’Atlantique dans le sens France-Amérique. Mais le journal a parlé trop vite. Les deux pionniers de l’aviation ne sont jamais arrivés à New-York : ils ont disparu !

Que s’est-il passé ?
On ne sait pas vraiment. Nungesser était un pilote chevronné, un héros de la première guerre mondiale. Quant à Coli, il était aussi un pilote expérimenté et avait accompli deux traversées de la Méditerranée. Les deux s’associent au constructeur Levasseur qui conçoit leur avion, nommé l’Oiseau blanc. Tout est étudié pour ce vol à hauts risques. Aujourd’hui, bien entendu, ça n’a l’air de rien. A l’époque, c’est une prouesse.

Qu’a de spécial cet avion ?
C’est un biplan doté d’un fuselage « marin », sa forme offrant la possibilité d’amerrir, comme un hydravion. Cette particularité permet par ailleurs de larguer le train d’atterrissage une fois en l’air pour alléger l’appareil et donc le charger davantage en carburant. L’Oiseau blanc décolle le 8 mai du Bourget. Il est aperçu un peu partout : dans le ciel normand, en Irlande… D’autres témoins affirment l’avoir vu à Terre-Neuve et Long Island.

Seulement l’avion ne se posera jamais, comme c’était prévu, face à la statue de la Liberté, où une foule s’est réunie ce 9 mai 1927. Neuf décennies plus tard, on ignore encore ce qui a pu se passer au juste.

On doit beaucoup à ces pionniers, certains y ont laissé la vie
Ils ont en effet contribué au développement de l’aviation. Pensez à Lindbergh qui relèvera le défi, deux semaines plus tard, avec succès. De nos jours, nous avons Bertrand Piccard, par exemple, avec son Solar Impulse, l’avion à énergie solaire. Il est en train de boucler son tour du monde, avec bientôt la traversée de l’Atlantique !

Franck Ferrand
Europe 1   source

L'Oiseau blanc de Nungesser et Coli
L’Oiseau blanc de Nungesser et Coli

Premier mai

La fête de Mai

Plantons le mai
Le mai du joli mois de mai.
Et puis chantons quand on plante,
Et puis plantons quand on chante,
Le mai, le mai
Qui nous rend le cœur gai

Si la coutume de se fleurir de muguet le 1er mai s’enracine en 1907 en région parisienne et symbolise le retour véritable des beaux jours, elle puiserait son origine sous Charles IX, qui en 1561 offrit cette fleur comme porte-bonheur, ce mois étant par ailleurs longtemps associé à la très symbolique plantation d’un mai, mais également à la crainte d’entreprendre quoi que ce soit

et pour tout savoir sur le premier mai 

Edouard Manet

30 avril 1883 : mort du peintre impressionniste Édouard Manet

Appartenant à l’histoire de la peinture dans le dernier tiers du XIXe siècle, Manet avait eu dès son enfance un goût irrésistible pour l’art, mais eut toutes les peines du monde à faire admettre ses tableaux au Salon annuel, avant de prendre la résolution de faire une exposition particulière en 1867

Photographie d'Édouard Manet (colorisée) vers 1870, par Nadar

Né le 23 janvier 1832, Édouard Manet descend d’une vieille famille de magistrats ; son premier maître fut Thomas Couture ; c’est dans l’atelier de Couture que le jeune peintre se lia avec son camarade Antonin Proust qui, vingt-cinq ans après, étant devenu ministre des Arts, devait donner enfin au peintre si injustement dédaigné, cette croix de la Légion d’honneur, à laquelle Manet tenait tant, et parce qu’il souffrait de ne pouvoir orner sa boutonnière de ce petit bout de ruban rouge et parce qu’il le considérait comme une consécration de son art au point de vue commercial, comme un classement officiel de ses œuvres dans les collections.

Cette question d’argent le tourmentait autant que sa renommée et cela s’explique par cette circonstance atténuante que Manet ne vendait presque rien, qu’il vivait sur son patrimoine qui diminuait toujours et que le peintre n’envisageait pas sans de noires appréhensions sa vieillesse et l’avenir de sa famille. Dans les dernières années, cette préoccupation se faisait jour à travers les éclats de rire de son esprit et les révoltes hautaines de son réel talent souffrant du dédain de la foule.

Chez le père Lathuille. Peinture d'Édouard Manet (1879)

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Les amants de la tour de Nesle

19 avril 1314 

Deux chevaliers, les frères d’Aunay, sont exécutés à Pontoise, dans d’atroces conditions, le 19 avril 1314. Leur crime est d’avoir aimé des princesses. Ils sont les principales victimes d’un scandale qui assombrit la dernière année du règne de Philippe IV le Bel.

Le roi a eu quatre enfants qui devaient atteindre l’âge adulte : une fille, Isabelle, plus tard reine d’Angleterre, surnommée la «Louve de France» et trois fils qui allaient à tour de rôle monter sur le trône capétien : Louis, Philippe et Charles.

  • L’aîné, Louis, a un caractère difficile qui lui vaut le surnom de «Hutin» ou de «Noiseux». Il épouse Marguerite, fille de Robert de Bourgogne et d’Agnès, elle-même fille de Saint Louis. Altière et un rien frondeuse, cette jolie jeune femme aime la vie.
  • Philippe, prince intelligent, épouse Jeanne d’Artois, fille d’Othon IV de Bourgogne et de Mahaut d’Artois.
  • Charles, à la personnalité plus effacée, épouse Blanche, la soeur de Jeanne.

Princesses adultères
Après trois ou quatre ans de mariage, voilà que Marguerite et Blanche prennent pour amants de «jeunes et biaux chevaliers», les frères Gautier et Philippe d’Aunay. L’affaire s’évente en avril 1314, à l’abbaye de Maubuisson où le roi aime à se retirer avec sa cour.

La justice royale s’abat implacablement sur les amants adultères. Marguerite et Blanche sont arrêtées, jugées et condamnées à être tondues, habillées de robes grossières et conduites dans un chariot recouvert de draps noirs aux Andelys, dans les geôles du château Gaillard.

Marguerite, éplorée et repentante, y occupe une cellule ouverte à tous vents au sommet du donjon. Victime de mauvais traitements et sans doute étranglée sur ordre de son mari, la malheureuse meurt au cours de l’été 1315.

Blanche est un peu mieux traitée dans un cachot «enfoncé dans la terre». Elle survit à l’épreuve et, à l’avènement de Charles IV, son époux, elle est transférée à Gavray, en Normandie, et obtient l’autorisation de prendre l’habit de religieuse.

Jeanne est aussi arrêtée et placée sous surveillance au château de Dourdan. Traitée avec beaucoup plus d’égards, elle défend sa cause auprès du roi, de même que sa mère Mahaut d’Artois, qui siége au Conseil du roi. Elle retrouve sa place auprès de son époux Philippe ainsi qu’à la cour, où on lui fait fête.

Les amants au supplice
Les frères d’Aunay, coupables d’avoir batifolé avec les belles-filles du roi de France, sont arrêtés et subissent la question. Ils avouent sans tarder et après un rapide jugement à Pontoise pour crime de lèse majesté, ils sont exécutés sur le champ en place publique.

Ainsi prend fin le scandale dit «de la tour de Nesle» (bien que l’hôtel de Nesle n’ait rien à voir avec ces événements quoiqu’en dise Alexandre Dumas).

Finalement, après la mort du dernier fils de Philippe IV le Bel et faute d’héritier mâle en ligne directe, la noblesse du royaume donne le trône au représentant de la branche cadette des Valois. Celui-ci devient roi sous le nom de Philippe VI non sans exciter la rancoeur de ses rivaux, dont le roi d’Angleterre et celui de Navarre. Il en résultera la guerre de Cent Ans !

source hérodote.net 

Discours de Victor Hugo

Je déroge un peu à mes habitudes qui est de ne pas prendre de parti sur ce blog qui n’a pas cette vocation cependant

J’ai un respect immense pour les personnes qui se sont tuées à la tâche pour construire cette cathédrale inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Un édifice d’une grande beauté. Sa destruction est un grand malheur. Cependant je suis une peu étonnée de la promptitude avec laquelle les chéquier et les tirelires sont sortis. Il y a tant de SDF et autres personnes en souffrance pour lesquelles rien n’est fait. L’argent n’a pas la même odeur selon….

Puisque l’on retrouve Victor Hugo en ce moment et qu’on lui attribue des idées qui ne l’avait peut-être même pas effleuré quand il a écrit Notre Dame de Paris qui aujourd’hui fait le bonheur d’Amazon qui a fait le buzz avec des exemplaire vendu par milliers moi je propose un autre texte… celui qu’il a prononcé  à l’Assemblée nationale et non ce n’est pas trop long à lire…

Détruire la misère
Discours à l’Assemblée nationale législative

Victor Hugo

9 juillet 1849
Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.

Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible ! Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli.

La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu’où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

Mon Dieu, je n’hésite pas à les citer, ces faits. Ils sont tristes, mais nécessaires à révéler ; et tenez, s’il faut dire toute ma pensée, je voudrais qu’il sortît de cette assemblée, et au besoin j’en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enquête sur la situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je voudrais que tous les faits éclatassent au grand jour. Comment veut-on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies ?

Voici donc ces faits.

Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver.

Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n’épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l’on a constaté, après sa mort, qu’il n’avait pas mangé depuis six jours.

Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon !

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu !

Voilà pourquoi je suis pénétré, voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m’écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n’est qu’un premier pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette assemblée, majorité et minorité, n’importe, je ne connais pas, moi de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette assemblée n’eût qu’une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l’abolition de la misère !

Et, messieurs, je ne m’adresse pas seulement à votre générosité, je m’adresse à ce qu’il y a de plus sérieux dans le sentiment politique d’une assemblée de législateurs ! Et à ce sujet, un dernier mot : je terminerai par là.

Messieurs, comme je vous le disais tout à l’heure, vous venez avec le concours de la garde nationale, de l’armée et de toute les forces vives du pays, vous venez de raffermir l’État ébranlé encore une fois. Vous n’avez reculé devant aucun péril, vous n’avez hésité devant aucun devoir. Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable… Eh bien ! Vous n’avez rien fait !

Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé ! Vous n’avez rien fait, tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait, tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! Tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile ! Tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes, tant qu’il n’y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n’avez rien fait, tant que l’esprit de la révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n’avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux !

Brèves d’histoire

584 députés en 1924 : un nombre déjà synonyme de gabegie et jugé excessif

 

Ayant passé le cap des 600 membres au début du XXe siècle cependant que le bâtiment qui l’abritait n’avait été originellement conçu que pour 430, la Chambre des députés fait en 1924 l’objet de critiques, notamment du Petit Journal, sous la plume d’Ernest Laut.

Avec un courage qui l’honore, salue le chroniqueur, la Chambre a décidé d’immoler quelques-uns de ses membres sur l’autel des économies. Nos députés, dans la prochaine législature, ne seront plus que cinq cent quatre-vingt-quatre. C’est encore un chiffre fort respectable. Et nous continuons à être bien plus abondamment représentés que ne le furent nos devanciers.

Il faut vous dire que la salle du Palais-Bourbon où siège la Chambre fut construite en 1832. Elle avait été prévue pour contenir 430 députés. Sous Louis-Philippe, on estimait que ce nombre de représentants était parfaitement suffisant pour assurer la bonne marche des affaires.

Mais en 1848, lorsqu’on réunit l’Assemblée Constituante, la salle se trouva trop petite. On en construisit une autre en torchis dans la cour d’honneur du palais ; salle éphémère qui fut aménagée de nouveau pour contenir les 400 députés qui suffirent à représenter la France pendant le Second Empire.

Mais, dès que vint la troisième République, le chiffre des élus se mit à grossir de législature en législature ; si bien qu’en 1906, il était à 590 ; en 1914, à 604 ; et, en 1919, à 626. Par quel prodige les architectures purent-ils arriver à trouver de la place pour 626 députés dans cette salle construite primitivement pour en abriter 430 ?…

Une séance orageuse à la Chambre des députés en 1910
pour connaitre la suite

Brèves d’Histoire

 11 février 1950 : instauration du SMIG 

est le jour de l’entrée en vigueur du SMIG, c’est-à-dire le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti. Il s’agit donc, comme son nom l’indique, du salaire plancher pour employer quelqu’un.

Pourquoi est-il créé à ce moment-là ?
Afin de tenter d’accélérer la reprise et de ne pas sombrer dans la misère totale. Nous sommes juste au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France est à genoux, en ruines… On n’arrête plus l’inflation, il devient notamment difficile de se loger. Les tickets de rationnement viennent seulement d’être supprimés. Or la Constitution de 1946 garantit « la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs ». Dans les faits, on en en est loin ! Le SMIG est une manière de pousser un peu à la hausse le pouvoir d’achat. Il a été déterminé en fonction d’un budget type – les dépenses d’un ménage moyen. De quoi vivre : se loger et manger à sa faim, avec un léger reliquat…

A combien s’élevait-il en 1950 ?
A 78 centimes de l’heure à Paris, un peu moins en province. Ce salaire minimum va augmenter petit à petit. Il est d’abord indexé sur l’inflation, puis sur la hausse du salaire moyen, en 1970.

Et depuis quand dit-on SMIC et non plus SMIG ?
Depuis cette même année 1970. Le SMIG devient le SMIC, le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance — joli nom technocratique. Il s’agit cette fois d’aider le salaire minimum à rattraper le salaire moyen en l’augmentant chaque année. Aujourd’hui, il est de 9,67 euros de l’heure. Mais ça, c’est une autre histoire…

Franck Ferrand
Europe 1