Au fil des jours – Juillet – Messidor

Histoire du mois de juillet

Avant Jules César, l’année romaine commençait au 1er mars ; le mois dont nous racontons la légende occupait par conséquent le cinquième rang ; on l’appelait quintilis (cinquième) pour cette raison. L’année même de la mort de Jules César, 44 ans avant Jésus-Christ, Marc-Antoine, voulant honorer la mémoire du conquérant des Gaules, fit remplacer le nom de quintilis par celui de julius (Jules). De julius nous avons fait juillet. Le poète Ausone a personnifié ce mois sous les traits « d’un homme dont les membres sont brunis par le soleil et les cheveux liés de tiges et d’épis ».

Juillet nous amène les grandes chaleurs ; le 19 de ce mois finit messidor dans le calendrier républicain et commence thermidor, nom dérivé d’un mot grec qui veut dire chaud, et dont la racine se retrouve dans les mots thermomètre, thermes, etc., qui signifient : mesure de la chaleur, eaux chaudes, etc. C’est en juillet, en effet, que se produisent dans notre hémisphère les températures les plus élevées. Il semblerait que la plus forte température de l’année dût arriver le 21 juin, au solstice d’été. Il n’en est rien ; elle se manifeste un certain nombre de jours après.

En juillet, les jours diminuent de 58 minutes. C’est en juillet que commencent les jours caniculaires, pendant lesquels, disent les proverbes, il faut se méfier des ardeurs du soleil. A cette époque de l’année, la belle étoile qu’on nomme Sirius se lève et se couche en même temps que le soleil ; les croyances populaires attribuaient à la présence de cette étoile les chaleurs plus vives de juillet, et, comme Sirius fait partie de la constellation du Chien, en latin canis, dont le diminutif est canicula (petite chienne), l’époque des températures élevées fut appelée canicule.

Le 17 juillet  2019 correspond au 29  messidor An CCXXVII  (227)

Le calendrier s’est imposé dans l’administration jusqu’en 1806 avant d’être jeté aux oubliettes par Napoléon Ier. Il en reste une litanie poétique inspirée par les saisons et la vie rurale, tout droit sortie de l’imagination de François Fabre d’Églantine, poète et politicien prévaricateur. Explorons-la pour le plaisir des sonorités…

    au calendrier 

Mort De Johnny Clegg le Zoulou Blanc, contre l’Apartheid 

fêtons  : Charlotte et Alexis   et embrassons Liselotte et  Simon puis rendons hommage à Rufine, Frégaud et Kenelm

Dictons du jour 

  • À la saint Alexis, foin occis.

Ça s’est passé un  17 juillet   :  parce que  l’Histoire explique le  présent 

    • 17 juillet 1793 : Charlotte Corday est guillotinée pour le meurtre
      du conventionnel Marat
    • 17 juillet 1429 : Charles VII est sacré à Reims
    • 17 juillet 1453 : La guerre de Cent Ans prend fin à Castillon en Dordogne

    • 17 juillet 1945 : Conférence de Potsdam  voir ici 

Brèves d’d’Histoire – Eugène Poubelle

16 juillet 1907 : mort de l’ancien préfet
et ambassadeur Eugène Poubelle

Au lendemain de sa disparition, Le Petit Journal considère que c’est une figure fort intéressante à bien des titres qui disparaît. Jurisconsulte, administrateur ou diplomate, Eugène-René Poubelle a déployé dans chacune des carrières où il eut l’occasion d’entrer, les qualités les plus solides et les plus brillantes. Son nom restera comme celui d’un des hommes qui ont mis au service de leur pays le plus d’intelligence et le plus de courage. Et l’histoire n’oubliera pas qu’en 1870 il abandonna sa chaire de professeur de droit pour aller s’engager et qu’il gagna sur le champ de bataille le glorieux ruban de la médaille militaire.

Eugène-René Poubelle était Normand. Il naquit à Caen le 15 avril 1831. Au sortir du collège, il prit ses inscriptions à la Faculté de droit de sa ville natale. A 28 ans, il conquérait le diplôme d’agrégé et devenait, comme professeur adjoint, le collègue de ses anciens maîtres. De la Faculté de Caen, il fut envoyé à Grenoble, puis à Toulouse, où il fut titularisé.

Il était dans le Midi lorsque la guerre éclata. Incorporé, sur sa demande, dans un régiment d’artillerie, il se distingua pendant le siège de Paris, aux combats du Bourget, de Buzenval et de Champigny, et, comme nous le rappelions précédemment, fut décoré de la médaille militaire. En avril 1871, Poubelle fut nommé préfet de la Charente. Il revint ensuite à Grenoble, non plus comme professeur de droit, mais comme préfet, et alla ensuite à Ajaccio. Ayant toutefois la nostalgie des Pandectes — corpus juris civilis (corpus de droit civil), la plus grande compilation du droit romain antique —, il redemanda sa chaire de Toulouse, et, le 24 mai 1873, quittait l’uniforme brodé du préfet pour reprendre la robe du professeur.

Mais en 1878, Eugène Poubelle rentrait dans l’administration. Il fut préfet du Doubs, puis des Bouches-du-Rhône, où, dans plusieurs circonstances difficiles, il put donner la mesure de ses facultés exceptionnelles. Le 15 octobre 1883, il était appelé à la préfecture de la Seine. Il devait y rester treize ans. Les hautes fonctions qu’on lui confiait étaient, à cette époque, plus difficiles à remplir qu’elles ne l’avaient peut-être jamais été.

Eugène-René Poubelle

Il joua un rôle de tout premier plan dans l’histoire de Paris. C’est en effet grâce à son concours actif que furent accomplies quantité de réformes telles que le développement des institutions scolaires, les améliorations des grands services de voirie, d’architecture, les perfectionnements du système des égouts, etc. Faut-il rappeler enfin que son nom connut la rare faveur de devenir l’appellation populaire sous laquelle on désigne un objet d’utilité quotidienne, dont il réglementa fort ingénieusement l’usage ?

Eugène Poubelle ne devait quitter la préfecture de la Seine que pour entrer dans la diplomatie. On s’étonna un peu lorsqu’on apprit qu’il allait représenter la France auprès du Pape. Non qu’on doutât que cet homme qui avait, dans d’autres carrières, montré tant de qualités diplomatiques, fît un excellent ambassadeur, mais Poubelle ne passait point pour un dévot. Il lisait plus volontiers Voltaire que les Pères de l’Église, et l’on se demandait si le chef de la chrétienté ne le tiendrait pas un peu à l’écart. Craintes superflues. Jamais un ambassadeur ne fut mieux en cour.

Après être resté à Rome de mai 1896 à décembre 1898, l’ancien préfet de la Seine démissionna et revint en France. Bien que, depuis l’époque de son retour, il n’eût plus occupé de fonctions officielles, Eugène-René Poubelle ne vivait pas dans la retraite. L’âge n’avait pas affaibli ses incomparables facultés. Il était resté le causeur charmant qu’on aimait tant écouter aux réunions de la Société « La Pomme » et contait toujours aussi volontiers et avec la même verve qu’autrefois les savoureuses anecdotes qu’il avait entendu narrer dans sa jeunesse, au pays normand.

C’est dans son appartement de la rue Montalivet, au n° 18, que mourut Eugène Poubelle, succombant à un accès de goutte au cœur. Il s’était trouvé souffrant en se levant, et ses domestiques étaient allés chercher deux médecins qui reconnurent vite que tout espoir était perdu. On courut prévenir une de ses filles, qui assista à ses derniers moments. L’ancien ambassadeur et grand-officier de la Légion d’honneur, qui laissait deux filles, était veuf depuis plusieurs années.

Brèves d’Histoire – sentence contre….

des chenilles et des mulots causant
des dégâts dans le territoire de Troyes.

La lecture de diverses sentences prononcées aux XVe et XVIe siècles contre les animaux détruisant les récoltes, nous apprend que l’excommunication était ordinairement précédée de monitions, c’est-à-dire d’avertissements donnés par les curés des paroisses aux animaux de cesser leurs dégâts ou de quitter le pays, le plus souvent au nombre de trois, entre chacun desquels on laissait deux jours d’intervalle.

Quelquefois on se contentait d’une seule monition, ce qui d’ailleurs était autorisé par le droit canon, lorsqu’il s’agissait d’une affaire extraordinairement pressée. Mais comme il arrivait fréquemment que les monitions ne produisaient pas l’effet qu’on pouvait en espérer, et que les animaux, malgré ces avertissements, persistaient à rester dans les lieux dont on demandait à ce qu’ils sortissent, l’excommunication était définitivement prononcée.

La première excommunication fulminée contre les animaux remonte au XIIe siècle. En effet, Saint-Foix, dans ses Essais historiques sur Paris, nous apprend que l’évêque de Laon prononça en 1120 l’excommunication contre les chenilles et les mulots, à raison du tort qu’ils faisaient aux récoltes.

De la part des tribunaux ecclésiastiques, l’usage de faire de tels procès fut en pleine vigueur aux XVe et XVIe siècles, les derniers exemples remontant au XVIIe siècle.

Voici, par ordre chronologique, plusieurs sentences relatives à notre sujet :

Sentence prononcée en 1451 par l’official de Lausanne contre les sangsues du lac Léman, qui en corrompaient les eaux et en faisaient mourir les poissons. Un des articles de cette ordonnance prescrit qu’un prêtre, tel qu’un curé, chargé de prononcer les malédictions, nomme un procureur pour le peuple ; que ce procureur cite, par le ministère d’un huissier, en présence de témoins, les animaux à comparaître, sous peine d’excommunication, devant le curé à jour fixe. Après de longs débats, cette ordonnance fut exécutée le 24 mars 1451, en vertu d’une sentence que l’official de Lausanne prononça, sur la demande des habitants de ce pays, contre les criminelles sangsues, qui se retirèrent dans un certain endroit qu’on leur avait assigné, et qui n’osèrent plus en sortir.

L'invasion de sauterelles. Gravure réalisée vers 1585 par Jan Sadeler d'après un dessin de Maarten van Cleef

L’invasion de sauterelles. Gravure réalisée vers 1585 par Jan Sadeler
d’après un dessin de Maarten van Cleef

Sentence rendue à Autun le vendredi 2 mai 1480 contre les hurebers (insectes plus gros que les mouches), en faveur des habitants de Mussy et de Pernan, par les vicaires généraux d’Antoine de Châlon, évêque d’Autun, par laquelle il est enjoint aux curés de la lire en chaire et de répéter l’excommunication donec appareat effectus (jusqu’à résultat effectif).

Sentence rendue contre les limaces le 6 septembre 1481 par Jehan Noseret, chanoine de Beaujeu, chantre de Mâcon et vicaire général du cardinal Philibert Hugonet, évêque de Mâcon, dans laquelle on cite l’exemple de saint Mammet, évêque de Vienne, qui conjura de cette manière certains diables qui avaient pris la figure de loups et de porcs et qui dévoraient les enfants jusque dans les rues de la ville.

Sentence des grands vicaires de Jean Rollin, cardinal évêque d’Autun, donnée à Mâcon le 17 août 1487. Informés que les limaces dévastent depuis plus d’un an plusieurs terres du diocèse, ces vicaires mandent aux curés de faire des processions générales pendant trois jours sur leurs paroisses, et d’y enjoindre aux limaces de vider leur territoire sous un semblable délai, sinon de les maudire.

Sentence des grands vicaires d’Antoine Cabillon, évêque d’Autun, donnée à Autun le 2 mai 1488. Sur la requête présentée par plusieurs paroisses des environs de Beaune, les grands vicaires mandent aux curés d’enjoindre, pendant les offices ou les processions, aux urebers de cesser leurs ravages, ou de les excommunier.

Sentence du grand vicaire de l’église de Mâcon, donnée à Beaujeu le 8 septembre 1488, sur les plaintes de plusieurs paroissiens. Même mandat aux curés de faire trois invitations aux limaces de cesser leurs dégâts, et faute par elles d’obtempérer à cette injonction, de les excommunier.

Sentence d’excommunication prononcée par le juge ecclésiastique dans les premières années du XVIe siècle, contre les sauterelles et les bruches (becmares) qui désolaient le territoire de Millière en Cotentin, et qui dès lors périrent toutes.

Sentence de l’official de Troyes en Champagne, du 9 juillet 1516. Dans la Somme décisoire de questions ecclésiastiques (1610), Jean Rochette, avocat et conseiller à la prévôté de Troyes, écrit : « En cette année [1516] les habitants de Villenauxe, au diocèse de Troyes, présentent requête à l’official de cette ville [Jean Milon], disant qu’ils sont excessivement incommodés depuis plusieurs années par des chenilles qu’ils appelaient hurebets : Adversus bruchos seu erucas, vel alia non dissimilia animalia gallice hurebets.

« Ce juge ecclésiastique ordonne d’abord, sur les conclusions du promoteur, une information et une descente de commissaires, qui reconnurent que les dommages causés par les animaux dont on se plaignait étaient très considérables : sur quoi première ordonnance qui enjoint aux habitants de corriger leurs mœurs.

Chenilles. Chromolithographie publicitaire du XXe siècle

 Bientôt une nouvelle requête dans laquelle ceux-ci promettent de mener une meilleure conduite. Seconde ordonnance de l’official, qui enjoint aux hurebets de se retirer dans six jours des vignes et territoires de Villenauxe, même de tout le diocèse de Troyes, avec déclaration que si dans le terme prescrit ils n’obéissent pas, ils sont déclarés maudits et excommuniés. Au surplus enjoint aux habitants d’implorer le secours du ciel, de s’abstenir d’aucuns crimes, et de payer sans fraude les dîmes accoutumées. »

Un procès similaire sera intenté en 1585 aux chenilles du diocèse de Valence. Ces chenilles s’étaient tellement multipliées en cette année dans cette contrée, que les murailles, les fenêtres et les cheminées des maisons en étaient couvertes, même dans les villes. « C’était, dit Chorier, une vive et hideuse représentation de la plaie d’Égypte par les sauterelles. Le grand vicaire de Valence les fit citer devant lui ; il leur donna un procureur pour se défendre. La cause fut plaidée solennellement ; il les condamna à vider le diocèse, mais elles n’obéirent pas. La justice humaine n’a pas d’empire sur les instruments de la justice de Dieu.

« Il fut délibéré de procéder contre ces animaux par anathème et par imprécation et, comme l’on parlait, par malédiction et par excommunication. Mais deux théologiens et deux jurisconsultes ayant été consultés, ils firent changer de sentiment au grand vicaire, de sorte que l’on n’usa que d’abjuration, de prières et d’aspersion d’eau bénite. La vie de ces animaux est courte, et la dévotion ayant duré quelques mois, on lui attribua la merveille de les avoir exterminés. » (Histoire générale du Dauphiné)

Source : La France pittoresque

Brèves D’Histoire – Simone Veil

Elle est née le 13 juillet 1927. Une femme d’exception une vraie féministe comme Gisèle Halimi, Françoise Giroud… Pas des agitées qui se disent féministes et qui se trompent de combat. On peut ne pas être en accord avec ses idées politiques mais elle mérite un immense respect. 

Article sur Hérodote

Ancienne déportée, magistrate, femme politique française et européenne…

Simone Veil, née Simone Jacob, a connu une existence d’une exceptionnelle intensité, trop souvent résumée à la loi du 17 janvier 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse (la bien-nommée loi Veil).

Ce dimanche 1er juillet 2018, elle est la quatrième femme à entrer au Panthéon après Marie Curie et les résistantes Geneviève Anthonioz-de Gaulle et Germaine Tillion.

Simone Veil (13 juillet 1927 - 30 juin 2017) (DR)

Une enfance juive

Née le 13 juillet 1927 à Nice, Simone Jacob est la benjamine des quatre enfants d’André et de Yvonne Jacob. Son père, architecte, n’a pas souhaité que son épouse travaille en dépit de ses études de chimie.

Simone Jacob naît donc dans une famille bourgeoise, juive mais non-pratiquante et laïque.

Quand la France est envahie en 1940, Nice est abandonnée par Hitler à son allié Mussolini, qui ne se soucie pas de traquer les Juifs. La situation bascule après l’effondrement de l’Italien, en 1943. La ville passe alors aux mains des Allemands qui organisent des rafles très violentes. Les Jacob sont arrêtés sur une imprudence de Simone.

Arrivée à Auschwitz avec sa mère et sa sœur Madeleine, la jeune fille devient un numéro : 78651. Elle voit les Juifs hongrois marcher vers les chambres à gaz. Elle-même a la chance d’être affectée dans une usine Siemens, à Bobrek, toujours avec sa mère et sa sœur.

À l’approche des Soviétiques, en 1945, l’usine est évacuée et, au terme d’une « marche de la mort », les trois femmes arrivent à Bergen-Belsen, près de Hambourg. Cependant qu’Yvonne Jacob succombe aux épreuves et au typhus, ses deux filles sont enfin libérées par les Britanniques le 15 avril 1945…

Se reconstruire

Alors que la France tente de se reconstruire moralement et matériellement, les déportés doivent trouver une place dans la société. Pour Simone Jacob, au sentiment de culpabilité et d’illégitimité (pourquoi est-elle vivante, elle plutôt que sa mère ou tant d’autres ?) s’ajoute le manque d’écoute de ceux qui ne veulent pas savoir.

Accueillie par ses oncles et tantes à Paris, elle apprend qu’elle a obtenu son baccalauréat qu’elle avait passé le jour avant son arrestation. Gardant le souvenir de sa mère qui la poussait à faire des études pour travailler, ce qui était encore relativement rare pour les femmes de ce milieu social, elle décide de suivre des études de droit.

Elle s’inscrit à l’Institut d’études politiques de Paris (aussi appelé « Sciences Po ») et fait sa rentrée à l’automne 1945.

Ce premier pas vers le retour à la vie s’accompagne presque immédiatement d’un second : la rencontre de son futur mari, Antoine Veil, lui aussi juif et étudiant à Sciences Po. Dès 1947, ils ont leur premier enfant, Jean. Suivra Claude-Nicolas en janvier 1949.

Cette embellie est assombrie par la mort de Milou dans un accident de voiture en 1952. Simone, inséparable de sa sœur, est foudroyée. Il faut la naissance de Pierre-François en 1954 pour marquer un nouveau départ.

Au service de la République

Entre-temps, Antoine Veil a réussi à intégrer l’ENA (École Nationale d’Administration). Il est inspecteur des finances. La famille Veil jouit d’un niveau de vie confortable mais Simone Veil, se souvenant toujours des conseils de sa mère, veut travailler.

En 1957, elle devient la première femme à rejoindre le corps des magistrats. Commence alors pour elle une succession de premières fois qui ouvre la voie aux femmes dans la haute administration publique. En 1957, elle est la première femme à entrer au ministère de la justice où elle travaille avec passion et dévouement dans l’administration pénitentiaire.

En 1968, elle prend la direction des Affaires civiles à l’Assemblée Nationale. Elle lutte pour l’égalité entre hommes et femmes, notamment dans la gestion des biens du couple. En 1969, sous la présidence de Pompidou, elle entre au cabinet du garde des Sceaux René Pleven et s’illustre dans les débats à l’Assemblée sur la famille.

L’année suivante, George Pompidou la nomme secrétaire du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM). Encore une fois, elle est la première femme à obtenir ce poste !

Un combat pour les femmes

Sa carrière est bouleversée par l’élection de Valéry Giscard d’Estaing. Simone Veil fait son entrée dans le monde masculin de la politique et devient ministre de la Santé.

Elle est la seule femme du gouvernement mené par Jacques Chirac et la première femme ministre de plein exercice sous la Ve république, Simone Veil s’étonne de cette nomination. Elle l’accepte mais pense qu’elle n’y restera pas plus de quelques mois…

C’est à ce poste qu’elle va faire parler d’elle en proposant la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

La proposition de loi légalisant l’avortement suscite d’âpres débats. Simone Veil, encouragée et soutenue par le président Giscard d’Estaing (centre droit), décide d’avancer progressivement.

Dans un premier temps, le 4 décembre 1974, elle promulgue une loi qui vient compléter la loi Neuwirth du 28 décembre 1967 en généralisant l’autorisation de la pilule contraceptive et en la rendant gratuite.

Les débats continuent donc, non sans violence. La ministre fait preuve de détermination et ne flanche pas. Grâce au soutien de l’opposition de gauche, la loi finit par être votée le 17 janvier 1975 par 284 voix (dont 99 venant de la droite) contre 189. Si importante qu’elle soit, cette victoire ne signe pas pour autant la fin de la carrière politique de Simone Veil.

La victoire au terme de l’épreuve

Usant de sa popularité inédite, Simone Veil participe à la prise de conscience de la Shoah par les Français. Elle fait aussi entendre les témoignages jamais écoutés jusqu’alors, ou seulement très peu, des anciens déportés.

En 1979, une soirée télévisée est consacrée à la série américaine Holocauste sur France 2. Devant vingt millions de téléspectateurs, Simone Veil apporte son témoignage. « Les Français ne voulaient pas savoir, mais face à la situation, ils étaient moins lâches qu’on n’a pu le dire », précise-t-elle.

Elle s’engage dans le même temps dans le projet européen.

Aux premières élections du Parlement européen au suffrage universel, Valéry Giscard d’Estaing lui propose en effet de mener la liste de l’UDF (Union pour la Démocratie Française, centre-droit). L’UDF obtient finalement et de très loin le meilleur résultat national avec 27,5% des voix.

Députée européenne, Simone Veil se présente pour la présidence du Parlement… et l’emporte ! Quel symbole ! Le premier président est une présidente. De surcroît, la réconciliation franco-allemande est incarnée par une ancienne déportée.

Ce succès politique à l’échelle européenne n’entame pas pour autant sa vie de famille. Installée à Strasbourg, elle est absente de Paris presque cinq jours par semaine. Elle revient pour le déjeuner du samedi midi qui est l’occasion de retrouvailles familiales intenses et chaleureuses.

Après quelques années dans l’opposition, sans pourtant jamais quitter la politique, elle redevient en 1993 ministre de la Santé et ministre d’État dans le gouvernement d’Édouard Balladur, sous la présidence de François Mitterrand. L’expérience est mitigée. En 1995, Balladur est défait aux élections présidentielles face à Jacques Chirac. Simone Veil se retire.

Elle se concentre alors sur la mémoire de la Shoah et des déportés. À 77 ans, elle est invitée à présider la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Une reconnaissance nationale

Sur une décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil entre au Panthéon, accompagnée de son mari, tout juste un an après sa mort le 30 juin 2017. Cet hommage rendu à une personne d’aussi grande qualité fait honneur à la France et à toutes les Françaises.

Observons qu’avant elle, une seule personnalité avait été accompagnée au Panthéon par son conjoint : le savant Marcellin Berthelot (note). Après la « femme de », voici donc un « mari de », reflet significatif d’un changement d’époque auquel Simone Veil a grandement participé.

Antoine et Simone Veil (DR)

Brèves d’Histoire – Edouard Herriot

Édouard Herriot (1872 – 1957)

La «République des professeurs»

Né à Troyes, en Champagne, dans la famille d’un officier sorti du rang, Édouard Herriot est le plus illustre représentant de la « République des professeurs » qui vit des normaliens se succéder à la présidence du Conseil sous la IIIe République avec Paul Painlevé, Léon Blum et André Tardieu, et dont le dernier lointain représentant fut Georges Pompidou.

La « République des avocats » lui succéda, avec Pierre Mendès France et Edgar Faure sous la IVe République puis des prolongements sous la Ve avec François Mitterrand et Nicolas Sarkozy, avant d’être supplantée par la République des énarques avec Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, François Hollande et bien d’autres.

Édouard Herriot (5 juillet 1872, Troyes,Aube - 26 mars 1957, Saint -Genis-Laval, Rhône)

Élève brillantissime, Édouard Herriot se présente au concours de l’agrégation de lettres à la fin de sa 3e année de scolarité à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.

Nommé en 1904 à Lyon, qui va devenir sa ville d’adoption, Édouard Herriot soutient sa thèse de doctorat sur une Lyonnaise célèbre, Madame de Récamier. Il suggère que son mari était sans doute aussi son père !

Dès l’année suivante, le 3 novembre 1905, il succède au maire de la ville en cours de mandat. Il a alors 33 ans et restera à la mairie pendant plus de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 1957, avec une interruption entre 1940 et 1945 pendant les années d’Occupation.

Il se fait remarquer par sa remarquable éloquence au Sénat à partir de 1912 et devient ministre du ravitaillement en 1916, avant d’entamer après la Victoire une carrière politique nationale qui le verra présider le parti radical pendant plus de 30 ans.

Maintes fois ministre, il sera aussi à trois reprises président du Conseil pour finir par être brocardé comme « la République en personne ».

Édouard Herriot est président du Conseil du Cartel des gauches, qui tombe en 1924 sur le « mur de l’argent ». Son deuxième ministère fut renversé le jour même de sa présentation devant le Parlement, le 21 juillet 1926. Après la victoire de la gauche aux élections de 1932, il constitue un nouveau ministère qui va tenir six mois.

Invité en URSS par Staline à l’été 1933, Il visite l’Ukraine et en revient enchanté, sans avoir rien vu de l’épouvantable famine qui y sévissait au même moment. De retour, il déclare, péremptoire : « J’ai traversé l’Ukraine. Eh bien ! je vous affirme que je l’ai vue tel un jardin en plein rendement ».

En 1936, Herriot se tient en-dehors du gouvernement du Front Populaire mais accède au « perchoir », la présidence de la Chambre des députés. Le 9 juillet 1940, au Casino de Vichy où s’est réunie l’assemblée, il conseille le ralliement au maréchal Pétain mais lui-même se tiendra éloigné du régime de Vichy, jusqu’à être mis en résidence surveillée puis déporté en Allemagne.

Herriot est aujourd’hui le symbole du régime parlementaire qui conduisit la France à la débâcle en 1940 puis à l’impuissance devant les événements d’Algérie en 1958. Les Lyonnais gardent de lui une meilleure image grâce aux réalisations confiées à l’architecte Tony Garnier, parmi lesquelles l’hôpital Édouard Herriot.

Brèves d’Histoire -Louis XI

L’« universelle aragne »

Peu d’hommes ont autant espéré que Louis XI (1423-1483) la mort de leur père ! Charles VII le Bien Servi, remarquablement servi par la chance et son entourage, comme l’indique son surnom, n’a pas eu de pire ennemi que son propre fils.

Quand il meurt enfin, le 22 juillet 1461, son fils ne cache pas sa joie. Il s’empresse de se faire sacrer à Reims le 15 août 1461 et obtient de son ancien protecteur, le duc de Bourgogne, qu’il finance la somptueuse cérémonie.

Prince indigne

À son avènement, de façon fort peu royale, Louis XI se venge des serviteurs de son père qui l’ont combattu pour le bien de l’État.

Le roi, heureusement, revient vite à plus de bon sens et restaure les meilleurs conseillers dans leurs fonctions.

Dans son souci de mettre de l’ordre dans le royaume, Louis XI dit le Prudent multiplie les vexations à l’égard de la noblesse. Il intrigue aussi contre le duc de Bourgogne, son ancien protecteur, en vue de prendre les villes de la Somme et d’imposer son autorité à Liège.

Les féodaux mécontents forment ce qu’ils appellent improprement une « Ligue du Bien public » et prétendent dans un manifeste remédier au « desordonné et piteulx gouvernement ».

Le comte de Charolais Charles le Téméraire, devenu duc de Bourgogne à la mort de son père le 16 août 1467, manigance une nouvelle coalition contre Louis XI. Soucieux d’éviter la guerre, le roi rencontre son rival à Péronne. L’entrevue tourne mal du fait qu’au même moment, les Liégeois se soulèvent contre le duc à l’instigation de son hôte ! Louis XI s’en tire avec un humiliant traité.

Un administrateur plein de modération
Autant Louis XI se montre rusé en politique étrangère, autant il agit avec modération dans les affaires intérieures. En 1467, il concède aux magistrats le privilège d’inamovibilité. Cette réforme est une garantie majeure contre l’arbitraire royal. Elle ouvre aussi la voie à de futurs conflits entre la magistrature, forte de ce privilège, et la monarchie…

Pour la première fois dans l’Histoire du pays, le souverain se montre soucieux du développement économique…

 

Brèves d’Histoire – la France suffoque

1911 : la France suffoque sous l’effet d’une

vague de chaleur perdurant plus de deux mois

L’été 1911 est marqué par une redoutable sécheresse accompagnée de températures anormalement élevées : qualifiée de canicule sans que l’on crie encore au réchauffement climatique, la vague de chaleur qui déferle sur l’Europe compte parmi les plus longues de l’Histoire, et est à l’origine de la mort de 40 000 personnes après avoir sévi quelque 70 jours, du 5 juillet au 13 septembre

Début juillet : la canicule prend ses marques
Début juillet, les journalistes s’émeuvent et s’inquiètent de la chaleur excessive s’installant en France. Dans un article non dénué d’humour signé Claude Berton et intitulé La vague du numéro du 9 juillet 1911 de Gil Blas, on peut lire :

Paris compte depuis quelques jours une voyageuse inattendue et dont la visite l’a fort surpris, une voyageuse venue de très loin : la vague de chaleur. En arrivant, elle tombe des nues cette fille des tropiques apportant dans les plis de sa robe ces deux enfants : le siroco et le simoun. Les Parisiens, si accueillants aux étrangers lui ont fait la grimace, puis comme c’est l’époque des étrangers, ils tâchent de s’accoutumer à elle. Pourtant elle est encombrante, envahissante, indiscrète, partout elle pénètre, elle s’insinue, elle se glisse, et sa présence pesante, alourdissante, migraineuse, se fait sentir, s’impose impérieusement. Personne et rien ne lui échappe.

Paris pendant la canicule de 1884 : place du Théâtre-Français. Illustration de couverture du Monde illustré du 23 août 1884

Il arrive parfois qu’un souverain aimable mais un peu ennuyeux vient visiter Paris. Toute la ville est bouleversée pour sa réception ; les rues sont barrées, l’Opéra change son. spectacle, les journaux sont remplis de comptes rendus insipides sur ses faits et gestes. Il arrête la vie. Ainsi fait la vague de chaleur, mais son pouvoir est bien plus considérable. Elle fait haleter dans la rue les pauvres chevaux recrus de fatigue et en même temps elle essouffle les moteurs des autos qui chauffent et ne peuvent refroidir leur circulation d’eau, elle fait éclater les pneus et craquer les vieux meubles. Les très anciens bois réchauffés croient sentir tout d’un coup la sève remontée en eux ; ils se dilatent de joie et, crac ! ils se fendent.

Les femmes la haïssent cette révélatrice des teints artificiels, des teintures et des fards, cette empêcheuse de mettre des corsets trop étroits et des chaussures trop justes et des gants trop serrés. Elle est brutale avec les dames, comme ces assistantes des douanes commises à la fouille des femmes : « Allons, ma petite, ne mets pas tant de noir autour de tes yeux, il fondra et tu auras l’air de pleurer du cirage. Un corset cuirassé ? Tu es folle. Tes petits souliers, tes gants à la pointure étroite ?… Folle ! folle ! tu ne pourras ni respirer, ni marcher, ni faire un mouvement. Il faut t’habiller à la forme de ton corps et non à la forme de la mode ». Elle passe aux terrasses des cafés et les gros hommes buvant la saluent de cet axiome : « Je marche, donc je sue ».

Suite de l’article ICI

Les femmes avec leur robes longues devaient être très à l’aise

 

Brèves d’Histoire –

27 juin 1905
Mutinerie à bord du Potemkine

Le mardi 27 juin 1905, une mutinerie éclate à bord du Potemkine, le principal cuirassé de la flotte de guerre russe.

Sur le moment, l’événement passe inaperçu dans une Russie bouleversée par une première Révolution et une guerre désastreuse contre le Japon.

Mais il va acquérir beaucoup plus tard une notoriété mondiale et accéder au rang de mythe historique, par la vertu d’un film que lui a consacré le réalisateur Eisenstein vingt ans plus tard.

Marine en crise

Depuis sa défaite de Tsushima, un mois plus tôt, face à la flotte japonaise, la marine du tsar Nicolas II est agitée par des mouvements divers et les officiers ont le plus grand mal à se faire respecter de leurs hommes. Sur terre, dans tout le pays, se multiplient grèves et rébellions depuis la révolte sanglante du « Dimanche rouge » du 22 janvier 1905 à Saint-Pétersbourg.

Sur le cuirassé Potemkine, qui porte le nom d’un favori de Catherine II, le commandant, le capitaine de vaisseau Golikov, a su jusque-là préserver la discipline par une relative humanité.

Mis en service deux ans plus tôt, le navire mesure 113 mètres de long, déplace 12 600 tonnes et transporte environ 700 hommes. Ses marins sont pour la plupart des paysans sans éducation, recrutés de force quelques mois plus tôt pour combler les effectifs creusés par la guerre. Ils n’ont pas encore l’expérience du feu.

Viande avariée

Tandis qu’il effectue des exercices sur la mer Noire, au large d’Odessa, le cuirassé est ravitaillé comme de coutume en provisions. Au petit matin, les marins s’approchent des carcasses qui pendent sur le pont en attendant leur mise en cale et découvrent une viande en putréfaction, puante et truffée d’asticots. Ils se rassemblent autour des carcasses. C’est l’indignation. Le médecin du bord, le docteur Smirnov, examine la viande. Avec mépris pour les brutes qui l’entourent, il prétend sentencieusement que la viande est « comestible » sous réserve d’être simplement lavée avec du vinaigre.

Les marins murmurent et se retirent. Arrive l’heure du déjeuner. Dans le réfectoire, les cuisiniers amènent les marmites de bortsch, avec la viande bouillie. Cette fois, c’est l’explosion. Les marins refusent de manger et conspuent les cuisiniers. Alerté par le vacarme, le second du navire, un aristocrate polonais brutal et cassant, le capitaine de frégate Hippolyte Giliarovsky, alerte le commandant. Devant celui-ci, le docteur réitère son verdict sur l’état de la viande.

Alors, le commandant a la mauvaise idée de faire battre les tambours et de rassembler l’équipage sur le pont. Il harangue les hommes et demande à ceux qui acceptent de manger la viande d’avancer de deux pas. Maladresse ! Par habitude et résignation, seuls quelques vétérans obéissent. Les autres se tiennent cois.

Bafoué, le commandant se contente d’annoncer que les marins n’auront rien d’autre à manger. Là-dessus, il se retire et son second poursuit la harangue.

Dans l’équipage figurent quelques militants révolutionnaires du parti social-démocrate, dont leur chef Afatasy Matiouchenko. Ils ont reçu de leur parti la consigne de préparer les marins à une insurrection générale de la flotte de la mer Noire.

Matiouchenko se dit que voilà l’occasion de devancer l’insurrection générale. Il excite ses camarades à la révolte. Le ton monte..

En 1965, Jean Ferrat lui a consacré aussi l’une de ses plus belles chansons.

Brève d’histoire – le franc germinal

25 juin 1928

Poincaré exécute le franc Germinal

Le 25 juin 1928, le gouvernement français dévalue le franc des 4/5e de sa valeur. La monnaie nationale ne vaut plus que le cinquième de la contrepartie en or du franc d’avant 1914, le franc Germinal, créé par Napoléon Bonaparte un siècle plus tôt.

Cette dévaluation massive met un terme à la crise financière qui agite l’État. Elle est le résultat d’une politique courageuse menée envers et contre tous par le président du Conseil Raymond Poincaré, un conservateur austère et sans charisme de 67 ans, qui a déjà eu l’écrasante responsabilité de présider la République française tout au long de la Grande Guerre.

Retour réussi

Dans l’impasse, le 21 juillet 1926, avec une livre qui est remontée au cours record de 235 francs, le président Gaston Doumergue appelle Raymond Poincaré à former un cabinet d’union nationale, qui réunit les droites et le parti radical, grand parti charnière du centre, à l’exclusion des socialistes (SFIO) et des communistes.

Fort de son prestige, le nouveau chef du gouvernement constitue une équipe de choc avec seulement treize ministres.

La confiance des milieux d’affaires et des épargnants revient aussitôt. La conjoncture internationale, il est vrai, est favorable : le monde occidental connaît une euphorie économique et la question des réparations allemandes est en voie de règlement avec le plan Dawes qui a été adopté le 1er septembre 1924.

En une seule journée, le 3 août 1926, Poincaré fait adopter par la Chambre des députés un important train de mesures fiscales.

Là-dessus, réunissant solennellement les parlementaires à Versailles, le 10 août 1926, il crée une « Caisse d’amortissement des bons du Trésor ». Sa fonction est de collecter les recettes générées par certains impôts et taxes, ces recettes devant être affectées au remboursement de la dette de l’État. Les épargnants sont ainsi assurés de récupérer leur mise.

Les résultats, rapides, satisfont l’opinion : les rentrées fiscales augmentent cependant que les prix à la consommation tendent à baisser, en partie du fait de la revalorisation du franc.

Mais Poincaré veut aussi éviter l’erreur de Churchill, chancelier de l’Échiquier, qui a restauré la livre sterling à son niveau de 1914 et porté de ce fait un coup sévère aux exportations britanniques.

Après les élections législatives du printemps 1928, il se décide à dévaluer le franc et à ramener son cours officiel au cours stabilisé de 1926. Il pèse désormais 65,5 milligrammes d’or au titre de 900 millièmes, contre 322,58 milligrammes d’or lors de sa création par Bonaparte par la loi du 7 germinal an XI (27 mars 1803). On a désormais environ une livre pour 125 francs et un dollar pour 25 francs.

La mesure permet de restaurer la convertibilité du franc en lui donnant une valeur réaliste. Les comptes publics et les échanges se redressent et l’année 1929 se présente sous les meilleurs auspices… 1929 ! Le 26 juillet, pour cause de prostate, Poincaré se retire avec les honneurs. Mais son gouvernement demeure en place sous la présidence d’Aristide Briand (l’homme de la séparation des Églises et de l’Étatainsi que du rapprochement franco-allemand) puis d’André Tardieu.

Brèves d’histoire – le Directoire

18 juin 1799 : coup d’Etat au sein du Directoire

Le coup d’Etat frappé le 18 fructidor (4 septembre 1797) par le Directoire avait marqué l’apogée de sa puissance, tout en détruisant son caractère de constitutionnalité. Pendant quelque temps, il n’eut à redouter aucune opposition intérieure, et, par les traités de Campo-Formio, de Rastadt, il avait imposé la paix au continent.

Paul Barras

Paul Barras

« Ce fut au milieu de ces désastres militaires et du mécontentement général, que se firent les élections de floréal an VII (mai 1799) : elles furent républicaines, comme celles de l’année précédente. Le Directoire ne se trouva plus assez fort contre les malheurs publics et les rancunes des partis. La sortie légale de Rewbell, que remplaça Sieyes, lui fit perdre le seul homme qui pût faire tête à l’orage : elle introduisit dans son sein l’antagoniste le plus déclaré de ce gouvernement compromis et usé.Les élections de floréal an VI (mai 1798) ne lui furent point favorables : il les annula, en grande partie, comme anarchiques. Le 22 floréal, il frappa le parti des républicains exclusifs, comme, le 18 fructidor, il avait frappé celui des royalistes. Cependant les hostilités avaient recommencé en Italie et sur le Rhin : Schérer, Moreau lui-même essuyaient des défaites où Bonaparte, alors en Egypte, n’avait trouvé que des victoires.

« Les modérés et les républicains se réunirent pour demander compte aux directeurs de la situation intérieure et extérieure de la république. Les conseils se mirent en permanence. Barras abandonna ses collègues. Le déchaînement des conseils se dirigea uniquement contre Treilhard, Merlin et La Réveillère, derniers soutiens de l’ancien Directoire. Ils destituèrent Treilhard, parce qu’il n’y avait pas eu, ainsi que l’exigeait la Constitution, une année d’intervalle entre ses fonctions législatives et directoriales. L’ex-ministre de la justice, Gohier, fut aussitôt mis à sa place. » (Mignet, Révolution française)

Alors les orateurs des conseils attaquèrent vivement Merlin et La Réveillère, qui recoururent d’abord aux apologies, aux transactions, mais qui, livrés à leurs propres forces par la sortie de Rewbell, la destitution de Treilhard et l’abandon de Barras, finirent par capituler et se démettre de l’autorité directoriale. « Cette victoire, ajoute l’historien déjà cité, que remportèrent les républicains et les modérés réunis, tourna au profit des uns et des autres. Les premiers introduisirent le général Moulins dans le Directoire ; les seconds y firent entrer Roger-Ducos.

« La journée du 30 prairial, qui désorganisa l’ancien gouvernement de l’an III, fut, de la part des conseils, la revanche du 18 fructidor et du 22 floréal contre le Directoire. A cette époque, les deux grands pouvoirs de l’Etat avaient violé, chacun à son tour, la Constitution : le Directoire, en décimant la législature ; la législature, en expulsant le Directoire. Cette forme de gouvernement, dont tous les partis avaient à se plaindre, ne pouvait avoir une existence prolongée. »