Mil et une – Une araignée

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Question de chapeaux

La Veuve Noire devait tenter un dernier coup. Enfin elle l’espérait car elle souhaitait. Cela allait devenir dangereux. Elle avait quand même la tête près du bonnet et savait qu’il ne fallait pas tenter le diable trop longtemps.
Elle avait fait faire par Barnabé, artiste formier, le roi de la sculpture sur bois de tilleul, plusieurs formes à chapeaux et depuis, elle utilisait ses talents de modiste pour commettre ses méfaits.
Toute jeune, élève en difficulté, elle avait été placée dans un atelier de couture à sa demande en apprentissage où, sous la houlette de Madame Joséphine, elle avait apprit l’art de la capeline, du béret de la coiffe, et même les couvre-chefs d’homme n’avaient plus de secret. Elle en avait bavé des ronds de chapeaux, mais l’élève avait dépassé le maître.
Elle avait réalisé quelque chef d’œuvre, notamment pour Martin qui séduit par son joli minois avait délaissé son galurin pour un noble haut de forme. On rendit hommage à son talent « Chapeau bas lui dit Martin qui organisa une grande fête en son honneur ; s’en suivi d’autres commandes ; la belle chapelière commença à très bien gagner sa vie. Mais !…

Pour Jéremy, elle se confectionna un charmant petit bibi bleu. Ravi Jérémy fut prit au charme et très vite l’épousa. Il eut la bonne idée de mourir accidentellement très vite. C’est comme s’il lui avait mis le pied à l’étrier et sa carrière de Veuve Noire démarra sur les chapeaux de roues.
Anatase lui aimait les pétases qu’à cela ne tienne… et la monnaie tomba dans son escarcelle.
Puis pour Gaston, elle se fit chaperon, rouge évidemment c’était un loup ; il fallait bien lui prendre ses sous.
Sans vergogne, elle séduisit Mauricette, lui fit des risettes avec des casquettes à la coupe très nette pour lui faire casquer ses piécettes.
Plus tard un petit canotier en paille blanc et ruban vert pour un chevalier blanc ; elle lui piqua tout son argent.
Elle réussit aussi le coup du chapeau avec trois frères footballeurs et elle fit leur malheur.
Lucien travaillait du chapeau ; elle n’eut aucun mal a capté tous ses biens.
Pour Dimitri un tour de magie et une chapka en lapin augmentèrent ses gains et ses biens.

Mais quelques malandrins policiers de leur état commencèrent à émettre quelques soupçons sur l’innocence de la Belle. Celle-ci qui ne voulait pas porter le chapeau de tous les décès douteux, déclara tout de go que s’ils avaient la moindre preuve, elle avalerait son chapeau sinon eux devraient avaler le leur.
Las, la Belle qui voulait prendre la retraite chapeau, tenta donc son dernier coup avec une magnifique petite couronne en bièvre. Malheureusement, elle tomba amoureuse d’un hallefessier fessu répondant au doux prénom d’Adonis que la police lui colla dans les pattes et se fit piéger par les feutres du flagorneur. Lors de son arrestation, la veuve noire lui cria : je te tire mon chapeau.
Pendant ses années de prison elle eut l’occasion de lire et relire une quantité de bouquins allant de « Ces dames aux chapeaux verts » aux ouvrages d’ Amélie Nothomb.

 

 

Regarde avec ton oreille – Vincent

Pour Mil et Une             Une image un mot : couleur

 

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Regarde avec ton oreille

Vincent, la chemise bleue  flottant autour de sa taille, recouvrant à peine la ceinture de son pantalon marchait au milieu des champs. Les coquelicots s’étiraient dans les épis de blé mûrs au coté des bleuets donnant ainsi le contrepoint, l’emblématique été français. Il avait, le matin même, terminé le portrait de Gachet, ce bon docteur qui ignorait qu’entre deux coup de pinceaux, il lutinait sa fille, une jolie brunette peu farouche  répondant au doux prénom de Marguerite. Il pensait justement à elle ; Marguerite une fleur parmi les fleurs.

Soudain, il sursauta ! Un oiseau, un geai ? Non  plus probablement  un jeune rapace  s’envolait avec un bruissant d’ailes assourdissant ; quelque part un chien aboya, brave Totor se dit Vincent, toujours fidèle. Un déclencheur ? C’est à ce moment précis que Vincent réalisa que finalement ce n’était pas pour rien qu’il s’était coupé l’oreille. Certes il entendait pareillement, seul l’escargot était mutilé laissant l’orifice dégagé ce qui lui conférait une perception plus fine des couleurs, des matières de leur consistance. Ses yeux perçants ne lui suffisaient plus. Mais l’ait-il senti ce jours où il était passé à l’acte. Pas sûr, entre sa folie progressant et sa déprime chronique, il avait agi à l’instinct alors qu’une petite voix lui soufflait « Regarde avec ton oreille » comme Jeanne d’Arc, ses vois s’étaient amplifiées.

Vincent marchait au milieu des champs, sa chemise bleue flottant autour de ses hanches, la chaleur alourdissait ses pas. Le long du chemin, les meule de foin lui firent signe. Il hésita, tituba puis ne résista plus à cet appel divin.

Allongé contre un meule, il imaginait entre rêve et conscience , sa prochaine toile du jaune du jaune et de la paille….

L’Heure bleue – Mil et une

Le soleil s’est couché mais la nuit n’est pas encore là. Le ciel a perdu son soleil mais n’a pas encore trouvé les étoiles. C’est l’heure suspendue, l’heure où tout est silencieux, l’heure où le monde est en harmonie avec le lumière. Dans cette lumière d’un bleu profond, les feuilles frémissent, l’eau clapote et tout est concentré pour exprimer l’amour, m’amitié la tendresse. C’est l’heure où les parfums se développent.

Un soir de doux été, un homme rentre chez lui après une journée de travail. La Seine lui fit un clin d’œil et il s’arrêta pour la contempler. C’est cette heure si particulière que les Impressionnistes on défini comme l’Heure bleue. L’homme est grand admirateur de cette peinture ; il parfumeur enfin il est « nez ». C’est dans cette atmosphère que lui vint d’un parfum composé de senteurs d’héliotropes vanillées  qui vont se fondre avec les arômes bois de santal sur un lit de rose de Bulgarie…

Nous sommes en 1911 et Jacques Guerlain vient de créer « L’heure bleue »  qui rend hommage à ce moment particulier et à cet élan impressionniste qu’il aime tant.

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Carte postale – mil et une 36

J’étais venue passer quelques jours chez grand-mère. Il faut bien que l’on s’occupe de nos seniors et puis même si ce n’est pas toujours très drôle, ils ont beaucoup de choses à nous raconter sur la famille, leur enfance à des époques qui nous sont totalement inconnues. ET Mamie c’était Mamie…

Ce soir là après l’ avoir aidé  à se mettre au lit, je divaguais dans la bibliothèque  prenant et posant un livre puis un autre  après avoir feuilleté et lu au hasard quelques phrases ou quelques pages. Ce n’est  pas qu’elle était très riche d’ouvrages érudits mais je me souvenais qu’il y avait des vieux Agatha Christie dont, adolescente,  j’étais très friande. Je me mis à fouiner à leur recherche reniflant à cause de la poussière. L’aide ménagère avait dû faire l’impasse depuis déjà un certain temps.

Trouvant le « Train de 16H50 » et « Meurtre au champagne », j’allais poser mes fesses sur le sofa quand une carte postale tomba et glissa sur le parquet ciré. En me baissant pour la ramasser, je m’aperçus qu’elle était adressée à Pauline, ma grand-mère de la part d’une certaine Laura. Au recto, deux enfants lisaient un livre de contes, une belle aquarelle colorée avec des traits doux et estompés.

Sujet semaine 36/2017

Mamie m’expliqua plus tard, que jeune fille, elle avait pris des cours de peinture à Paris en compagnie de Laura Muntz Lyall ;  lorsque celle-ci était repartie  au Canada elles s’étaient écrit pendant quelques temps puis peu à peu perdue de vue. Elle avait toujours conservé puis égaré cette carte qui lui rappelait sa sœur aînée qui lui lisait des histoires le soir en attendant l’heure du coucher.

Mamie se mit alors à me raconter ses années parisiennes….

Comme la nuit tombait

35 mil et une

Comme la nuit tombait, Gilles se décida à rentrer. Au loin le feu du ciel résonnait dans sa tête comme un écho, une sonnette d’alarme  Non il ne fallait pas. Ne plus y penser, oublier il luttait depuis tant d’années …  Mais ce soir…

Il a six ans et la cabane à outils en bois de grand-père est en flamme ; des flammes immenses qui lèchent les montants en bois et dégage une odeur à la fois chaude et délicieuse qui chatouille les narines mêlant des arômes de châtaigne, pommier ou tilleul à l’âcre de la fumée grise qui s’élève dans le ciel.

Depuis ce jour, il contemple tous les feux. Chaque jour, le père allume la cheminée ou le vieux poêle ; il reste des heures à regarder la danse des petites langues jaunes qui s’allongent gourmandes et voraces. Au fur à mesure qu’elles grandissent, elles deviennent orangé puis rouge sang, elles se tortillent, laissant échapper une fumée noire ou blanche. Le bois crépite, craque, chante.

Il a quinze ans, en cachette, il collectionne les briquets et les boites d’allumettes chapardés ci et là ; il adore la gitane qui danse avec sa robe de flamme. Petit pianiste , la découverte de la partition de la « Danse du feu » de Manuel de Falla, le fascine. L’apprentissage fut difficile. Il veut jouer ce morceau compliqué  pour son niveau débutant. Il vide ses poches, casse son cochon tirelire et garde la monnaie du pain. Il court u tous les disquaires pour acheter toutes les versions qui puissent exister de Samson François à Arthur Rubinstein en passant par Alexis Weissenberg. Il écoute cette musique en boucle compare les versions, en reconnait les signatures , les phrasés les doigtés l’attaque des touches. Ivre de musique, Il se promène sur les chemins dans sa campagne natale. Il fredonne ou chante à tue-tête cet air qui l’envahit complètement jusqu’à ce que la musique ne résonne plus. Des brindilles rassemblées rapidement,  du bois mort, l’allumette craque et tout flambe.. Dès que les flammes grandissent, rougissent, Il prend les jambes à son cou. Il  fuit, court se réfugier dans ma chambre où s’endort avec l’apaisement malsain voire pervers d’un devoir accompli. L’horreur le frappe au réveil… Il connait Alice, il est au collège avec elle. Sa famille, réfugiée loge dans la grange brûlée. Elle est intoxiquée par la fumée et sa  mère légèrement blessée. Les larmes coulent mais ne peuvent éteindre le feu qui le dévore. Son grand-père lui tend la main ; il sait, il comprend. Plus tard la gendarmerie, puis les soins, plus de musique.

 Les aboiements de Youka, sa petite chienne  résonnèrent comme le klaxon et le fit sursauter. A pas lents, mesurés, il respira longuement, souffla plusieurs fois, caressa la chienne, sécha ses larmes et se retourna… Il était temps de rentrer.

 

Mil et une – Un point c’est tout

 

chez Mil et une 

 

Au fait c’est quoi un point d’interrogation ?
Une exclamation qui aurait grossi ?
Ne serait-ce qu’un point ventru comme un esse ?
Oh et puis je vous en pose moi des questions ?
Moi ? Vous ?
Ah non, Madame ! On ne me repousse pas comme cela !
Je suis et je reste !
Parce que si je partais,
Est-ce que je reviendrais ?

Je suis une interrogation
Un point c’est tout

 

 

 

Top chef – Accommoder la selle de cheval

 

Le top départ est donné pour notre troisième sujet de l’été,
 l‘art surréaliste cède la place à l’art culinaire. 
A vous de concocter un texte savoureux et goûteux
sur ce thème gourmand… ou pas.

On préfère la selle de cheval car celle d’agneau coute trop chère.

Prenez une selle de cheval, une bonne selle de cheval entier coupée dans la fleur du cuir  pour la fleur de selle. Elle doit être  bien tendre donc choisir  une vieille selle car plus elle est vieille plus elle est tendre elle. Elle doit être bien parée.

Faire bouillir à l’eau froide et ajoutez les bridons  dès l’ébullition en prenant soin d’enlever les gourmettes qui serviront d’abats…

Attention, les étriers doivent être cuits séparément.

Quand tout est bien mitonné, hachez le mors en julienne puis incorporer du chewing-gum à la chlorophylle pour que le vert soit fluo (le vert épinard risquerait de faire tourner la sauce) pour faire comme une purée salez, poivrez, pimentez à votre goût et mélangez.

Dressez le plat sur un harnais et servez bien frais.