L’invention du martinet

Le martinet inventé par un  colonel de l’armée de Louis XIV

Au Moyen Age, et même au XVIIe siècle, la peine du fouet était souvent prononcée par les juges militaires et appliquée avec une rigueur extrême. Il fallut attendre le règne de Louis XIV pour qu’un certain colonel nommé Martinet adoucisse les peines, léguant son nom à un célèbre accessoire…u Moyen Age, et même au XVIIe siècle, la peine du fouet était souvent prononcée par les juges militaires et appliquée avec une rigueur extrême. Il fallut attendre le règne de Louis XIV pour qu’un certain colonel nommé Martinet adoucisse les peines, léguant son nom à un célèbre accessoire…

Officier contemporain du célèbre Charles de Folard (1669-1752), le colonel Martinet, de l’armée de Louis XIV, mérite une place à côté de ce tacticien par les changements qu’il a introduits dans les manœuvres de l’armée. Il est cependant probable que, sans quelques lignes de Voltaire, notre homme serait à peu près inconnu.

Il n’y avait point alors d’inspecteurs d’infanterie et de cavalerie comme on en a vu depuis (dit l’historien de Louis XIV) ; mais deux hommes uniques, chacun dans son genre, Martinet et le chevalier de Fourille, en remplissaient les fonctions. Martinet mettait l’infanterie sur le pied de discipline où elle fut par la suite. Fourille faisait la même charge dans la cavalerie.

Il y avait un an en 1669, que Martinet avait mis la baïonnette en usage dans quelques régiments. Avant lui on ne s’en servait pas d’une manière constante et uniforme. Cette arme terrible était connue, mais peu pratiquée, parce que les piques prévalaient. La formation des colonnes et des évolutions rapides dut aussi beaucoup aux combinaisons de Martinet. Il se distingua au fameux passage du Rhin chanté par Boileau ; mais le poète craignit de mêler à ses flatteries le nom vulgaire d’un officier de fortune. Martinet avait découvert au milieu du fleuve un gué qui ne laissait que peu de pas à franchir à la nage, et il avait imaginé des bateaux en cuivre ou pontons qui pouvaient se transporter aisément sur des charrettes ou à dos de mulet, comme cela se pratiqua dès lors.

Ses inventions furent d’une grande utilité à Louis XIV pour la réduction de la Hollande. On ne peut douter qu’il n’ait eu une part brillante aux autres faits d’armes du corps dont il avait perfectionné le service, et qu’en tout il n’ait fait faire à l’art des progrès plus considérables et plus réels que Folard. Cependant l’histoire, ne s’en est pas occupée.

source : la France pitorresque

Le bon roi Dagobert

chanson populaire sur le roi Dagobert et saint Éloi

Qui n’a pas plusieurs fois dans sa vie fredonné quelques couplets de cette chanson parodique qui connut un renouveau lors de la Révolution ? Qui n’a pas souri à ces questions saugrenues que son ministre, le grand saint Éloi, lui adressait, et aux réponses encore plus étranges que ce prince lui faisait ?

Sans aucun doute un pareil jeu d’esprit doit avoir pour origine quelque tradition, quelque souvenir populaire qui se rattache à l’histoire de ce roi. Si l’on veut savoir précisément à quelle époque la chanson fut composée, les indications manquent. Seulement il paraît certain qu’elle est antérieure à la Révolution de 1789, et que l’air sur lequel ont été faites les paroles est une ancienne fanfare de chasse dont les habiles en cette matière renoncent à trouver l’origine. Il faut donc se contenter, quant à la chanson, de ce renseignement verbal, sans précision, et chercher dans l’histoire la cause de celle familiarité qui paraît avoir existé entre Dagobert et son ministre.

Si l’on veut ne s’en rapporter qu’aux documents authentiques de l’histoire, le règne de Dagobert Ier — arrière-arrière-petit-fils de Clovis et qui fut roi des Francs de 629 à 639 — présente une grande obscurité. L’un des événements les plus considérables est la fondation de l’illustre abbaye de Saint-Denis attribuée à ce prince, et qui fut cause de la vénération profonde des moines à son égard.

Mais que l’on ouvre les Grandes Chroniques de Saint-Denis, par exemple, ce recueil antique des anciennes croyances relatives à notre histoire, et l’on trouvera sur Dagobert des détails aussi nombreux que circonstanciés ; on y verra comment Dagobert, tout jeune encore et confié par son père Clotaire II — roi de Neustrie (584-613) et roi de Paris (596-613), puis roi des Francs de 613 à 629 — au soin d’un gouverneur, irrité des habitudes familières que ce dernier voulait prendre, profita d’une infraction légère que commit ce gouverneur en versant à boire, pour lui infliger une punition regardée comme infamante chez les peuples du Nord, celle de lui raser la barbe et les cheveux.

On lira dans cette chronique le récit de plusieurs visions miraculeuses qu’a eues ce prince et celui d’un combat singulier qu’il soutint contre Berthoul, chef saxon ; on y lira encore comment quelques désordres dans sa conduite privée furent pardonnés à ce prince en faveur de ses fondations pieuses, et comme Dieu, pour le punir, permit au Démon de transporter son âme en purgatoire dans un bateau ; comment ce prince invoqua, pour venir à son aide, saint Denis, saint Maurice et saint Martin, qui délivrèrent son âme pour la déposer dans le séjour des bienheureux.

Presque toutes ces légendes se retrouvent dans une chronique latine fort ancienne, intitulée : Gesta Dagoberti, et qui paraît avoir été composée avec ces chants populaires qui se retrouvent à toutes les époques parmi nous.

Le roi Dagobert, sur la fin de ses jours, paraît avoir eu beaucoup de bonté pour ses serviteurs et ceux qui l’entouraient. La Chronique Saint-Denis fait mention du discours qu’il leur adressa étant à son lit de mort, et dans la rédaction française on lit : « pour sa mort fut le palais soudainement rempli de pleurs et de cris, et tout le royaume de douleur et de lamentation ».

La tradition populaire a gardé pieusement le souvenir de la bonté du roi Dagobert. Deux expressions devenues proverbiales l’ont consacrée. La première : Quand le roi Dagobert avait dîné, il laissait dîner ses chiens ; la seconde : Le roi Dagobert en mourant disait à ses chiens : il n’est si bonne compagnie qui se sépare, allusion touchante et qui s’accorde parfaitement avec les plus anciens témoignages.

C’est peut-être à cette réputation de bonté du roi Dagobert pour ceux qui l’entouraient qu’il faut rattacher l’intimité que le chansonnier suppose entre ce prince et le grand saint Éloi. Quoiqu’il ait été évêque de Noyon, Éloi paraît avoir cultivé avec succès l’art de l’orfèvrerie. S’il faut en croire les Chroniques de Saint-Denis, Éloi quitta le Limosin, sa patrie, et vint offrir ses secours à Dagobert. Ce dernier lui demanda de fabriquer un fauteuil en or, et remit au saint artisan autant de matière qu’il en fallait pour un pareil ouvrage.

Non seulement Éloi exécuta le meuble qu’on lui avait indiqué, mais encore il en fit un autre plus petit avec le métal qui lui restait. Surpris d’une habileté aussi grande et d’autant de probité, le roi voulut garder près de lui saint Éloi, et le nomma intendant de son palais. Chargé de toute la confiance de son maître, le pieux serviteur ne lui pardonnait aucune faute, et lui reprochait librement ses écarts et son incontinence. Dagobert supporta toujours avec douceur les censures de saint Éloi, et bien loin de lui en savoir mauvais gré, il le combla de faveurs. Saint Éloi en profita pour attacher son nom à plusieurs fondations pieuses, non seulement dans le diocèse de Noyon, mais encore à Limoges, principale ville de la province où il était né.Le roi Dagobert. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy de Bréville) publiée dans Les héros comiques d'Émile Faguet (1847-1916)

Ces traditions, qui se rattachent aux premiers temps de notre histoire, ont traversé tout le Moyen Age sans se perdre, et sans même qu’un grand nombre de documents nous en ait conservé la mémoire. En effet, après la chronique latine citée plus haut, le nom du roi Dagobert disparaît des poèmes et des autres documents écrits qui auraient pu nous transmettre ces traditions. Le grand nom de Charlemagne s’est attaché à presque toutes ; elles sont aujourd’hui confondues et composent la vie héroïque de ce monarque puissant.

Ces traditions, qui se rattachent aux premiers temps de notre histoire, ont traversé tout le Moyen Age sans se perdre, et sans même qu’un grand nombre de documents nous en ait conservé la mémoire. En effet, après la chronique latine citée plus haut, le nom du roi Dagobert disparaît des poèmes et des autres documents écrits qui auraient pu nous transmettre ces traditions. Le grand nom de Charlemagne s’est attaché à presque toutes ; elles sont aujourd’hui confondues et composent la vie héroïque de ce monarque puissant.

Quoi qu’il en soit, une trace bien effacée existait encore des faits relatifs à Dagobert, et c’est une chanson populaire, satirique, qui en a ravivé le souvenir après un espace de douze cents années.

Le roi Dagobert, le Diable et saint Éloi. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy de Bréville) publiée dans Les héros comiques d'Émile Faguet (1847-1916)
Le roi Dagobert, le Diable et saint Éloi. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy
de Bréville publiée dans Les héros comiques d’Émile Faguet (1847-1916)

Le bon roi Dagobert
A mis sa culotte à l’envers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est mal culottée.
C’est vrai, lui dit le roi,
Je vais la remettre à l’endroit.

Comme il la remettait
Et qu’un peu il se découvrait ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vous avez la peau
Plus noire qu’un corbeau.
Bah, bah, lui dit le roi,
La reine l’a bien plus noire que moi.

Le bon roi Dagobert
Fut mettre son bel habit vert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre habit paré
Au coude est percé.
C’est vrai, lui dit le roi,
Le tien est bon, prête-le moi.

Du bon roi Dagobert
Les bas étaient rongés des vers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vos deux bas cadets
Font voir vos mollets.
C’est vrai, lui dit le roi,
Les tiens sont neufs, donne-les moi.

Le bon roi Dagobert
Faisait peu sa barbe en hiver ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Il faut du savon
Pour votre menton.
C’est vrai, lui dit le roi,
As-tu deux sous ? Prête-les moi.

Du bon roi Dagobert
La perruque était de travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Que le perruquier
Vous a mal coiffé !
C’est vrai, lui dit le roi,
Je prends ta tignasse pour moi.

Le bon roi Dagobert
Portait manteau court en hiver ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est bien écourtée.
C’est vrai, lui dit le roi,
Fais-le rallonger de deux doigts.

Du bon roi Dagobert
Le chapeau coiffait comme un cerf ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
La corne au milieu
Vous siérait bien mieux.
C’est vrai, lui dit le roi,
J’avais pris modèle sur toi.

Le roi faisait des vers
Mais il les faisait de travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Laissez aux oisons
Faire des chansons.
Eh bien, lui dit le roi,
C’est toi qui les feras pour moi.

Le bon roi Dagobert
Chassait dans la plaine d’Anvers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est bien essoufflée.
C’est vrai, lui dit le roi,
Un lapin courait après moi.

Le bon roi Dagobert
Allait à la chasse au pivert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
La chasse aux coucous
Vaudrait mieux pour vous.
Eh bien, lui dit le roi,
Je vais tirer, prends garde à toi.

Le bon roi Dagobert
Avait un grand sabre de fer ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Pourrait se blesser.
C’est vrai, lui dit le roi,
Qu’on me donne un sabre de bois.

Les chiens de Dagobert
Étaient de gale tout couverts ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Pour les nettoyer
Faudrait les noyer.
Eh bien, lui dit le roi,
Va-t-en les noyer avec toi.

Le bon roi Dagobert
Se battait à tort, à travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Se fera tuer.
C’est vrai, lui dit le roi,
Mets-toi bien vite devant moi.

Le bon roi Dagobert
Voulait conquérir l’univers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Voyager si loin
Donne du tintouin.
C’est vrai, lui dit le roi,
Il vaudrait mieux rester chez soi.

Le roi faisait la guerre
Mais il la faisait en hiver ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Se fera geler.
C’est vrai, lui dit le roi,
Je m’en vais retourner chez moi.

Le bon roi Dagobert
Voulait s’embarquer pour la mer ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Se fera noyer.
C’est vrai, lui dit le roi,
On pourra crier : « Le Roi boit ! ».

Le bon roi Dagobert
Avait un vieux fauteuil de fer ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre vieux fauteuil
M’a donné dans l’œil.
Eh bien, lui dit le roi,
Fais-le vite emporter chez toi.

La reine Dagobert
Choyait un galant assez vert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vous êtes cornu,
J’en suis convaincu.
C’est bon, lui dit le roi,
Mon père l’était avant moi.

Le bon roi Dagobert
Mangeait en glouton du dessert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vous êtes gourmand,
Ne mangez pas tant.
Bah, bah, lui dit le roi,
Je ne le suis pas tant que toi.

Le bon roi Dagobert
Ayant bu, allait de travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Va tout de côté.
Eh bien, lui dit le roi,
Quand tu es gris, marches-tu droit ?

À Saint Eloi, dit-on
Dagobert offrit un dindon.
Un dindon à moi !
lui dit Saint Eloi,
Votre Majesté
a trop de bonté.
Prends donc, lui dit le roi,
C’est pour te souvenir de moi.

Le bon roi Dagobert
Craignait d’aller en enfer ;
Le grand saint Eloi
Lui dit : Ô mon roi !
Je crois bien, ma foi
Que vous irez tout droit.
C’est vrai, lui dit le roi,
Ne veux-tu pas prier pour moi ?

Quand Dagobert mourut,
Le diable aussitôt accourut ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Satan va passer,
Faut vous confesser.
Hélas, lui dit le roi,
Ne pourrais-tu mourir pour moi ?

Charles Baudelaire

31 août 1867  Charles Baudelaire s’éteint…

Vous créez un frisson nouveau » écrivait le 6 octobre 1859 Hugo à Baudelaire, orphelin de père à 6 ans, poète dont l’oeuvre fut inséparable de sa vie, côtoyant la misère et faisant voeu de dandysme en vue d’ôter à l’amour son caractère de « répugnante utilité » pour le réduire à n’être plus qu’ « un caprice brûlant ou rêveur »Charles Baudelaire. Photographie de Nadar

Baudelaire naquit à Paris le 9 avril 1821, l’année même où Napoléon mourait emportant un monde. Lamartine venait de publier (1820), sans nom d’auteur, ses Premières Méditationsqui, applaudies dans les salons fermés du faubourg Saint-Germain, mettront quelque temps à conquérir le grand public. Hugo et Vigny ne se manifesteront qu’en 1822. Tandis qu’ils se recueillent, le régent du Parnasse, le représentant officiel de la Poésie, c’est Népomucène Lemercier.

Baudelaire appartenait à une famille aisée. Son père, ancien professeur de l’université, ancien secrétaire au Sénat sous l’Empire, mourut en 1827. Baudelaire avait 6 ans. Sa mère se remaria l’année suivante avec le commandant Aupick, qui deviendra, plus tard, général de brigade et notre ambassadeur, successivement à Constantinople, Londres et Madrid. L’enfant, suivant les déplacements exigés par les fonctions de son beau-père, commença ses études à Lyon et les termina à Paris au collège Louis-le-Grand où il eut pour condisciples Louis Ménard et Émile Deschanel. Il y remporta de nombreux prix, mais en fut expulsé en 1839 à la suite d’un petit scandale de dortoir dont il semblait se souvenir, quand il nous parle

De cette heure où l’essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents.

Baudelaire affectait, dès sa sortie du collège, une indépendance d’allures et de jugement qui alarmait sa famille. Elle décida de l’envoyer aux Indes, pour l’arracher à des fréquentations jugées suspectes. On comprend que Baudelaire ne se soit laissé embarquer qu’en rechignant. Il avait mordu à la vie de bohème. Il en avait gardé le goût du feu. Déjà le poison de Paris l’avait intoxiqué.

 

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Première édition des Fleurs du Mal

La main dans le sac

Où l’on fait la connaissance d’un roi qui fait le ménage.

Gilles Berthelot est un homme riche. Vers 1510, sa charge de trésorier de France lui donne les moyens de concrétiser son désir de prestige. Le voilà qui achète un château sur les bords de l’Indre ! Mais la forteresse en question, Azay-le-Rideau, est un peu trop médiévale à son goût. Il va la transformer radicalement…

azay le rideau
Château d’Azay-le-Rideau, photo : © Léonard de Serres / Centre des monuments nationaux

Finis les épais remparts défensifs, place à ce qui se fait de plus raffiné ! En pleine Renaissance, la mode est à l’architecture italienne, avec des façades décorées et percées de grandes fenêtres.
Pour mettre son château au goût du jour, Berthelot ne lésine pas sur les dépenses. À la place des escaliers en colimaçon du Moyen Âge, il fait construire un majestueux escalier droit, l’un des premiers exemples français à nous être parvenu.

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Sauf que le plan du bâtiment, en « L », peut surprendre quand on connaît la passion de la Renaissance pour la symétrie. Comme beaucoup de châteaux renaissants, il aurait dû avoir une aile en plus pour former un plan en « U ». L’explication derrière cette aile manquante serait politique…

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Vue aérienne du château d’Azay-le-Rideau, photo : © DR

En 1527, le roi François Ier fait un grand ménage parmi ses financiers. Effectivement, certains d’entre eux n’ont pas seulement rempli les caisses de l’État : ils ont également garni leurs poches au passage. Condamné, Berthelot est déchu de ses fonctions. Il s’enfuit, laissant en plan son épouse et le chantier de son château inachevé !

Au fil des siècles, les propriétaires successifs ne toucheront plus au plan en « L ». Aujourd’hui, Azay-le-Rideau est considéré comme un joyau de l’architecture Renaissance !

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Anonyme, Portrait de François Ier, XVIe siècle, huile sur toile, Château d’Azay-le-Rideau, photo : © Patrick Müller / Centre des monuments nationaux

Pour en savoir plus :

Un « diamant taillé à facettes, serti par l’Indre… » Voilà comment, au XIXe siècle, l’écrivain Balzac émerveillé évoquait le château d’Azay-le-Rideau.

Aujourd’hui, ce château digne d’un conte de fées sort d’un vaste chantier de restauration  orchestré par le Centre des monuments nationaux. Depuis le 7 juillet, le public peut ainsi redécouvrir cette merveille architecturale située au cœur du Val de Loire, lui-même inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco !

source : Artips

La fin de la guerre de cent ans

29 août 1475 : traité de Picquigny mettant un terme définitif à la guerre de Cent Ans

La signature de ce traité intervient cependant que dans les faits la guerre de Cent Ans s’est achevée en 1453 après la bataille de Castillon, mais qu’Édouard IV d’Angleterre, allié à Charles le Téméraire, vient de gagner la Picardie avec la plus belle armée jamais envoyée par les Anglais sur le continent.

Edouard avait signé le 25 juillet 1474 un traité d’alliance avec Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Mais son indignation fut extrême lorsqu’il vit que ce dernier ne venait pas se réunir à lui, suivant leurs conventions. Le roi Louis XI saisit habilement l’occasion : persuadé qu’il arriverait mieux à son but par des séductions que par la force des armes, il épuisa ses trésors, multiplia les emprunts, et combla de ses largesses les ministres, les conseillers, les soldats, le monarque lui-même, qui reçut un présent de cinquante mille écus, faible indemnité pour la couronne de France, réclamée par Edouard IV dans son manifeste.

Les négociations ne furent ni longues ni difficiles : Louis XI, dans son désir de voir s’éloigner les Anglais, accéda à presque toutes leurs demandes. Il n’exigea même pas qu’ils lui donnassent le titre de roi. Le duc de Bourgogne essaya vainement de s’opposer à l’accommodement d’Édouard et de Louis. Une entrevue entre les deux rois termina toutes les hésitations.

Lithographie couleur d'après une aquarelle de Jacques Onfroy de Bréville dit Job parue dans Louis XI de Job et G. Montorgueil (1905)

Pour cette entrevue, explique l’historien Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, un pont fut construit sur la Somme, à Picquigny : il fut traversé par une barrière qu’il était impossible de franchir, et qui n’avait point de porte. Les rois arrivèrent par les deux rives avec douze personnes seulement. Louis XI salua Édouard avec affection et courtoisie, l’assurant qu’il était l’homme qu’il désirait le plus voir.

« Les traités avaient été rédigés ; la trêve conclue était de sept ans. La plus entière liberté de commerce était assurée aux marchands des deux nations. Les deux rois promettaient de s’assister réciproquement, de se défendre l’un l’autre, au besoin, contre leurs sujets rebelles ; ils s’unissaient par le mariage projeté de leurs enfants. Louis promettait une rançon de cinquante mille livres pour Marguerite d’Anjou, veuve de Henri VI ; et Édouard, qui l’avait jusqu’alors retenue prisonnière à la Tour, promettait, par considération pour Louis, de la remettre à ce prix en liberté. Les deux expéditions du traité furent échangées entre les deux souverains. Chacun d’eux mit, au travers du grillage, une main sur un Missel, l’autre sur la vraie croix, et en jura l’observation.

« Louis reprit ensuite la conversation avec gaieté ; il invita Édouard à venir à Paris, l’assurant que les dames de sa cour méritaient d’être vues, et lui présentant le cardinal de Bourbon comme un confesseur complaisant, prêt à l’absoudre s’il était entraîné dans quelque péché. Il trouva Édouard plus disposé à accepter cette invitation qu’il n’en avait lui-même envie. C’est un très beau roi, dit-il après la conférence, il aime fort les femmes ; il pourrait en trouver quelqu’une à Paris qui lui dirait tant de belles paroles, qu’elle lui donnerait envie de revenir, et ses prédécesseurs n’ont été que trop à Paris et en Normandie. »

Louis demanda à Édouard ce qu’il devrait faire si le duc de Bourgogne ne voulait pas accepter la trêve ; Édouard s’en rapporta à sa prudence. Encouragé par cette indifférence, Louis lui fit une question semblable quant au duc de Bretagne — François II (1435-1488) — ; mais Édouard répondit qu’il avait toujours trouvé, en François II, un excellent et fidèle allié, et qu’en tout temps il serait prêt à passer la mer pour le défendre.

Les deux rois se séparèrent avec toutes les marques de la plus grande cordialité. « Édouard se remit en marche pour l’Angleterre, fort satisfait, dit un historien, d’avoir reçu de l’argent de son parlement pour faire la guerre à la France, et de l’argent de Louis pour faire la paix. »

Le traité conclu avec l’Angleterre fut suivi de deux autres traités non moins importants pour Louis XI : l’un, conclu à Soleuvres, près de Luxembourg , stipula une trêve de neuf ans avec le duc de Bourgogne, qui avait hâte d’aller tirer vengeance des Alsaciens et des Suisses ; l’autre, signé à Senlis, changea la trêve qui existait entre la France et la Bretagne en une paix définitive.

our cette entrevue, explique l’historien Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, un pont fut construit sur la Somme, à Picquigny : il fut traversé par une barrière qu’il était impossible de franchir, et qui n’avait point de porte. Les rois arrivèrent par les deux rives avec douze personnes seulement. Louis XI salua Édouard avec affection et courtoisie, l’assurant qu’il était l’homme qu’il désirait le plus voir.

« Les traités avaient été rédigés ; la trêve conclue était de sept ans. La plus entière liberté de commerce était assurée aux marchands des deux nations. Les deux rois promettaient de s’assister réciproquement, de se défendre l’un l’autre, au besoin, contre leurs sujets rebelles ; ils s’unissaient par le mariage projeté de leurs enfants. Louis promettait une rançon de cinquante mille livres pour Marguerite d’Anjou, veuve de Henri VI ; et Édouard, qui l’avait jusqu’alors retenue prisonnière à la Tour, promettait, par considération pour Louis, de la remettre à ce prix en liberté. Les deux expéditions du traité furent échangées entre les deux souverains. Chacun d’eux mit, au travers du grillage, une main sur un Missel, l’autre sur la vraie croix, et en jura l’observation.

« Louis reprit ensuite la conversation avec gaieté ; il invita Édouard à venir à Paris, l’assurant que les dames de sa cour méritaient d’être vues, et lui présentant le cardinal de Bourbon comme un confesseur complaisant, prêt à l’absoudre s’il était entraîné dans quelque péché. Il trouva Édouard plus disposé à accepter cette invitation qu’il n’en avait lui-même envie. C’est un très beau roi, dit-il après la conférence, il aime fort les femmes ; il pourrait en trouver quelqu’une à Paris qui lui dirait tant de belles paroles, qu’elle lui donnerait envie de revenir, et ses prédécesseurs n’ont été que trop à Paris et en Normandie. »

Louis demanda à Édouard ce qu’il devrait faire si le duc de Bourgogne ne voulait pas accepter la trêve ; Édouard s’en rapporta à sa prudence. Encouragé par cette indifférence, Louis lui fit une question semblable quant au duc de Bretagne — François II (1435-1488) — ; mais Édouard répondit qu’il avait toujours trouvé, en François II, un excellent et fidèle allié, et qu’en tout temps il serait prêt à passer la mer pour le défendre.

Les deux rois se séparèrent avec toutes les marques de la plus grande cordialité. « Édouard se remit en marche pour l’Angleterre, fort satisfait, dit un historien, d’avoir reçu de l’argent de son parlement pour faire la guerre à la France, et de l’argent de Louis pour faire la paix. »

Le traité conclu avec l’Angleterre fut suivi de deux autres traités non moins importants pour Louis XI : l’un, conclu à Soleuvres, près de Luxembourg , stipula une trêve de neuf ans avec le duc de Bourgogne, qui avait hâte d’aller tirer vengeance des Alsaciens et des Suisses ; l’autre, signé à Senlis, changea la trêve qui existait entre la France et la Bretagne en une paix définitive.

our cette entrevue, explique l’historien Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, un pont fut construit sur la Somme, à Picquigny : il fut traversé par une barrière qu’il était impossible de franchir, et qui n’avait point de porte. Les rois arrivèrent par les deux rives avec douze personnes seulement. Louis XI salua Édouard avec affection et courtoisie, l’assurant qu’il était l’homme qu’il désirait le plus voir.

« Les traités avaient été rédigés ; la trêve conclue était de sept ans. La plus entière liberté de commerce était assurée aux marchands des deux nations. Les deux rois promettaient de s’assister réciproquement, de se défendre l’un l’autre, au besoin, contre leurs sujets rebelles ; ils s’unissaient par le mariage projeté de leurs enfants. Louis promettait une rançon de cinquante mille livres pour Marguerite d’Anjou, veuve de Henri VI ; et Édouard, qui l’avait jusqu’alors retenue prisonnière à la Tour, promettait, par considération pour Louis, de la remettre à ce prix en liberté. Les deux expéditions du traité furent échangées entre les deux souverains. Chacun d’eux mit, au travers du grillage, une main sur un Missel, l’autre sur la vraie croix, et en jura l’observation.

« Louis reprit ensuite la conversation avec gaieté ; il invita Édouard à venir à Paris, l’assurant que les dames de sa cour méritaient d’être vues, et lui présentant le cardinal de Bourbon comme un confesseur complaisant, prêt à l’absoudre s’il était entraîné dans quelque péché. Il trouva Édouard plus disposé à accepter cette invitation qu’il n’en avait lui-même envie. C’est un très beau roi, dit-il après la conférence, il aime fort les femmes ; il pourrait en trouver quelqu’une à Paris qui lui dirait tant de belles paroles, qu’elle lui donnerait envie de revenir, et ses prédécesseurs n’ont été que trop à Paris et en Normandie. »

Louis demanda à Édouard ce qu’il devrait faire si le duc de Bourgogne ne voulait pas accepter la trêve ; Édouard s’en rapporta à sa prudence. Encouragé par cette indifférence, Louis lui fit une question semblable quant au duc de Bretagne — François II (1435-1488) — ; mais Édouard répondit qu’il avait toujours trouvé, en François II, un excellent et fidèle allié, et qu’en tout temps il serait prêt à passer la mer pour le défendre.

Les deux rois se séparèrent avec toutes les marques de la plus grande cordialité. « Édouard se remit en marche pour l’Angleterre, fort satisfait, dit un historien, d’avoir reçu de l’argent de son parlement pour faire la guerre à la France, et de l’argent de Louis pour faire la paix. »

Le traité conclu avec l’Angleterre fut suivi de deux autres traités non moins importants pour Louis XI : l’un, conclu à Soleuvres, près de Luxembourg , stipula une trêve de neuf ans avec le duc de Bourgogne, qui avait hâte d’aller tirer vengeance des Alsaciens et des Suisses ; l’autre, signé à Senlis, changea la trêve qui existait entre la France et la Bretagne en une paix définitive.

our cette entrevue, explique l’historien Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, un pont fut construit sur la Somme, à Picquigny : il fut traversé par une barrière qu’il était impossible de franchir, et qui n’avait point de porte. Les rois arrivèrent par les deux rives avec douze personnes seulement. Louis XI salua Édouard avec affection et courtoisie, l’assurant qu’il était l’homme qu’il désirait le plus voir.

« Les traités avaient été rédigés ; la trêve conclue était de sept ans. La plus entière liberté de commerce était assurée aux marchands des deux nations. Les deux rois promettaient de s’assister réciproquement, de se défendre l’un l’autre, au besoin, contre leurs sujets rebelles ; ils s’unissaient par le mariage projeté de leurs enfants. Louis promettait une rançon de cinquante mille livres pour Marguerite d’Anjou, veuve de Henri VI ; et Édouard, qui l’avait jusqu’alors retenue prisonnière à la Tour, promettait, par considération pour Louis, de la remettre à ce prix en liberté. Les deux expéditions du traité furent échangées entre les deux souverains. Chacun d’eux mit, au travers du grillage, une main sur un Missel, l’autre sur la vraie croix, et en jura l’observation.

« Louis reprit ensuite la conversation avec gaieté ; il invita Édouard à venir à Paris, l’assurant que les dames de sa cour méritaient d’être vues, et lui présentant le cardinal de Bourbon comme un confesseur complaisant, prêt à l’absoudre s’il était entraîné dans quelque péché. Il trouva Édouard plus disposé à accepter cette invitation qu’il n’en avait lui-même envie. C’est un très beau roi, dit-il après la conférence, il aime fort les femmes ; il pourrait en trouver quelqu’une à Paris qui lui dirait tant de belles paroles, qu’elle lui donnerait envie de revenir, et ses prédécesseurs n’ont été que trop à Paris et en Normandie. »

Louis demanda à Édouard ce qu’il devrait faire si le duc de Bourgogne ne voulait pas accepter la trêve ; Édouard s’en rapporta à sa prudence. Encouragé par cette indifférence, Louis lui fit une question semblable quant au duc de Bretagne — François II (1435-1488) — ; mais Édouard répondit qu’il avait toujours trouvé, en François II, un excellent et fidèle allié, et qu’en tout temps il serait prêt à passer la mer pour le défendre.

Les deux rois se séparèrent avec toutes les marques de la plus grande cordialité. « Édouard se remit en marche pour l’Angleterre, fort satisfait, dit un historien, d’avoir reçu de l’argent de son parlement pour faire la guerre à la France, et de l’argent de Louis pour faire la paix. »

Le traité conclu avec l’Angleterre fut suivi de deux autres traités non moins importants pour Louis XI : l’un, conclu à Soleuvres, près de Luxembourg , stipula une trêve de neuf ans avec le duc de Bourgogne, qui avait hâte d’aller tirer vengeance des Alsaciens et des Suisses ; l’autre, signé à Senlis, changea la trêve qui existait entre la France et la Bretagne en une paix définitive.

Balzac casseur de vitres

Au début de l’année 1880, tout Paris fut occupé du vol étrange commis au Palais-Royal, au préjudice du bijoutier Fontana

Il avait été perpétré par un audacieux filou qui, en plein jour, s’était emparé d’une rivière de diamants en cassant la vitre derrière laquelle elle était exposée.

Le journal le Sport profita de l’occasion pour rappeler que dans ce même PalaHonoré de Balzacis-Royal, Balzac en fit autant un jour, non pour s’approprier le bien d’autrui, mais pour saisir une contrefaçon d’un de ses ouvrages qu’il venait d’apercevoir à la vitrine d’un libraire. Naturellement une discussion s’ensuivit, à la suite de laquelle on alla chercher le commissaire de police.

Devant lui, Balzac, sans se nommer d’abord, expliqua que ce n’était pas par maladresse, mais avec intention qu’il avait cassé la vitre, dont il remit immédiatement le prix au libraire ; puis il compléta ainsi ses explications :

« Voici un livre, c’est un roman de Balzac que M. Werdet seul a le droit d’imprimer. Lisez sur la couverture, et, au lieu de son nom, vous trouverez Méline, éditeur. Ce M. Méline est un libraire de Bruxelles qui ne contribue pas peu à ruiner le commerce français, un des gros bonnets de la contrefaçon. Monsieur, auquel j’ai cassé un carreau, en vendant des contrefaçons belges, est donc en contravention, et c’est une affaire dont les tribunaux auront à décider. Seulement, il était indispensable d’avoir les pièces du procès, et c’est pour cela que j’ai pris la liberté de vous envoyer chercher. Je suis M. de Balzac. »

Sur ce, il se retira tranquillement, laissant le libraire ébahi aux mains du commissaire de police, qui n’avait plus qu’à pratiquer sa saisie.

 

Mariage d’Henri de Navarre

18 août 1572 : cérémonies du mariage de Henri IV, alors roi de Navarre

Quelques semaines plus tôt, la reine de Navarre, Jeanne d’Albret, nièce de François Ier et mère de Henri de Navarre, futur Henri IV, était de retour à Paris et avait hâte de voir son fils marié pour le ramener dans ses États ; mais pendant qu’elle pressait avec activité les préparatifs des noces, elle fut atteinte d’une pleurésie dont elle mourut après cinq jours de maladie, le 9 juin 1572.

« Le roi [Charles IX, frère de Marguerite de Valois promise au futur Henri IV] témoigna beaucoup de douleur de cette mort ; il en porta le deuil et commanda que le corps fût ouvert pour savoir là cause de sa mort. On trouva que, de longue main, les poumons étaient ulcérés ; que le travail et les grandes chaleurs avaient allumé une fièvre continue ; mais plusieurs ont cru que le mal était au cerveau, et qu’elle avait été empoisonnée en une paire de gants parfumés », écrit l’historien Matthieu. L’opinion populaire accusa de cet empoisonnement Catherine de Médicis elle-même, et Pierre de L’Etoile, qui recueillait avec soin toutes les historiettes de son temps, dit que l’empoisonneur fut le parfumeur de la reine-mère Catherine, messire René, Italien qui demeurait sur le pont Saint-Michel.

Marguerite de Valois, fille de Henri II, soeur de Charles IX et femme du futur Henri IV. Dessin de François Clouet (1559)
Marguerite de Valois, fille de Henri II, soeur de Charles IX et femme
du futur Henri IV. Dessin de François Clouet (1559)

Henri de Béarn était en route pour rejoindre sa mère à Paris, lorsque, étant arrivé à Chaunay, en Poitou, il apprit sa mort. Cette nouvelle l’accabla ; il fut aussitôt saisi d’une fièvre violente, et quand la maladie cessa, il refusa d’abord de continuer son voyage. Les invitations réitérées de Charles IX, les lettres de l’amiral Gaspard de Coligny lui-même le décidèrent enfin à venir à la cour. Le jeune roi de Navarre entra à Paris avec une suite nombreuse, vêtue comme lui d’habits de deuil, triste présage de nouvelles infortunes.

Le pape Pie V, mort le 1er mai précédent, avait obstinément refusé les dispenses nécessaires pour le mariage du prince protestant avec la princesse catholique. Grégoire XIII, son successeur, envoya un bref que le cardinal de Bourbon, chargé de célébrer l’acte religieux, ne trouva pas assez clair : il fallut différer ; mais bientôt des deux parts, étant convenu de passer outre, on supposa, pour calmer les scrupules du cardinal, une lettre de l’ambassadeur du roi à Rome, annonçant l’envoi de la dispense dans toutes les règles, et les fiançailles se firent au Louvre le 16 août.

Le mariage eut lieu le lendemain. « Il y avait devant le temple de Notre-Dame un grand échafaud, duquel on entrait en un plus bas, pour passer toute la nef, jusques au chœur, et de là à un autre, qui par une poterne menait dedans l’évêché ; tout cela bien garanti de la foule, par balustres. Deux jours après les fiançailles (le 18 août), le roi [Charles IX] et la reine sa mère [Catherine de Médicis], accompagnés des princes du sang, ceux de Lorraine et officiers de la couronne, vinrent prendre la mariée à l’évêché.

« De l’autre côté marcha le roi de Navarre avec ses deux cousins, l’amiral, le comte de La Rochefoucauld et autres. Ces deux bandes s’étant rendues en même temps sur l’échafaud, le cardinal de Bourbon observa les paroles et cérémonies à lui prescrites, et puis les réformés, durant que la mariée oyait la messe, se promenèrent au cloître et à la nef. Là le maréchal Damville, ayant montré au haut de la voûte les drapeaux gagnés à Montcontour, l’amiral répondit : Il faudra bientôt arracher ceux-là, pour y en loger de mieux séants, voulant parler de ceux qu’il espérait gagner sur les Espagnols.

« Après la messe finie, dit l’historien Davila (témoin oculaire), les huguenots furent rappelés par le maréchal Damville, et le mariage fut béni par le cardinal de Bourbon. Dans cette occasion, plusieurs remarquèrent que quand il demanda à Madame Marguerite si elle voulait prendre le roi de Navarre pour époux, elle ne répondit rien, mais le roi son frère, mettant la main sur elle, la força à baisser la tête. Ce mouvement fut interprété comme si elle avait donné son consentement ; mais elle, et devant, et depuis, toutes les fois qu’elle pouvait parler librement, déclarait qu’elle ne consentait point ni à renoncer au duc de Guise, auquel elle avait précédemment engagé sa foi, ni à prendre pour mari un ennemi capital de ce duc. »

La reine Marguerite, dans ses Mémoires, n’a pas consigné cet incident singulier, bien qu’elle se soit étendue avec complaisance sur d’autres détails :

« Nos noces, dit-elle, se firent avec autant de triomphe et de magnificence que de nulle autre de ma qualité. Le roi de Navarre et sa troupe y ayant laissé et changé le deuil en habits très riches et beaux, et toute la cour parée, moi habillée à la royale avec la couronne et couet d’hermine mouchetée — pièce d’hermine qui prenait au-dessous la poitrine et allait en s’arrondissant jusqu’à la ceinture — qui se met au devant du corps, toute brillante des pierreries de la couronne, et le grand manteau bleu a quatre aulnes de queue porté par trois princesses ; les échafauds dressés à la coutume des noces des filles de France depuis l’évêché jusqu’à Notre-Dame, et parés de drap d’or, le peuple s’étouffant en bas à regarder passer sur cet échafaud les noces et toute la cour. Nous vînmes à la porte de l’église, où M. le cardinal de Bourbon, qui faisait l’office ce jour-là, nous ayant reçus pour dire les paroles accoutumées en tel cas, nous passâmes sur le même échafaud jusqu’à la tribune qui sépare la nef d’avec le chœur. »

Marguerite, sans donner d’autres détails sur la célébration de son mariage, termine son récit en disant :« Nous étant ainsi mariés, la fortune, qui ne laisse jamais une félicité entière aux humains, changea bientôt cet heureux état de triomphe et de noces en un tout contraire. » Quelques jours plus tard (24 août) avait lieu le massacre de la Saint-Barthélemy.

Mariage de Marguerite de Valois et de Henri de Navarre, futur Henri IV. Illustration d'Hermann Vogel (1907)
Mariage de Marguerite de Valois et de Henri de Navarre, futur Henri IV
Illustration d’Hermann Vogel (1907)