Le grand krak boursier

début de la Grande dépression économique

En 1929, l’Amérique vivait dans une prospérité qui semblait extraordinaire. Selon l’Association Nationale des tailleurs, un Américain moyen devait posséder au moins vingt costumes, douze chapeaux, huit pardessus et vingt-quatre paires de chaussures. Le Président de la General Motors déclarait même devant la presse : « Chacun devrait être riche… car la fortune est à la portée de tous : 15 dollars investis chaque mois à la Bourse peuvent rapporter en 20 ans 80 000 dollars ». Et, en effet, tous les Américains s’étaient mis à spéculer et à boursicoter.

La crise financière qui éclata soudainement ce 24 octobre fut due à la spéculation, les cours de la Bourse ayant grimpé si haut que les valeurs n’avaient plus aucun rapport avec le capital réel des industries qu’elles représentaient. Aussi, lorsque l’inquiétude apparut sur la valeur réelle de ces trop innombrables actions, les épargnants se mirent-ils à vendre. Ils le firent tous en même temps, et ce fut une véritable panique qui s’abattit ce matin-là à Wall-Street.

La crise et l’affolement durèrent plusieurs jours, les agents de change hurlaient, s’injuriaient, finissaient par tomber évanouis de fatigue, mais seul le président Hoover conservait son calme et se contenait pour rassurer tout le monde. Il refusa même d’organiser le secours aux chômeurs, pensant que la situation se rétablirait d’elle-même.

Ses prévisions s’avérèrent fausses. Deux mois après le krach boursier, quatre millions de travailleurs se trouvaient sans emploi. « New York montre un visage misérable, écrit Dominique Lapierre, les cinémas, les théâtres, les hôtels sont vides. Les bureaux de placement, les centres d’hébergement, l’Armée du Salut regorgent de monde, les soupes populaires n’offrent plus qu’un bol de café et un morceau de pain par jour. La nuit, les jardins publics de New York, de Chicago, servent d’asiles à des femmes, à des enfants. Chaque matin, on ramasse de nouveaux cadavres.

Aux abords de toutes les villes américaines, de nouvelles cités-taudis, construites avec des débris de voitures, de tramways désaffectés, de caisses à savon, de bidons d’essence, prennent chaque jour de l’extension. On les a baptisées Hoover-Villes, en haine du président Hoover considéré comme responsable de la misère. Pour la première fois dans l’Histoire des Etats-Unis, on fait queue devant les boulangeries. ».

Pendant trois ans, la situation demeura dramatique. C’est pendant cette époque qu’un journal s’amusa à définir ainsi la ferme américaine : « Etendue de terre arable, entourée de créanciers de tous côtés et couverte d’hypothèques, sur laquelle une famille de sept personnes essaie en vain de subvenir aux besoins d’une voiture d’occasion dont le réservoir est vide… »

Paul Cézanne

22 octobre 1906 : mort du peintre Paul Cézanne.

De son vivant, Cézanne ne fut pas seulement ignoré de la foule, méprisé par les « philistins » ou les « pompiers » ; la critique ne distingua pas pendant plus d’un tiers de siècle le sens véritable des efforts du peintre. Ses compagnons de lutte furent tout aussi déconcertés, voyant en lui un chercheur chimérique, un essayiste tâtonnant.

Paul Cézanne naquit à Aix le 19 janvier 1839, et mourut dans cette même ville le 22 octobre 1906. Son père était un riche banquier. Au collège d’Aix, où il entra dans sa treizième année, il eut pour condisciple, plus jeune que lui de deux ans, Zola. Les deux enfants se lièrent d’une amitié que les deux hommes longtemps cultivèrent. On sait ce qui les brouilla : le peintre fit le portrait de l’écrivain et celui-ci ne se trouva pas flatté.

De très bonne heure Cézanne montra du goût pour la peinture ; mais la musique et la poésie l’attiraient également. Il est parmi les très rares artistes qu’une complète culture ait mis à même de choisir leur activité. Toute sa vie, du reste, il demeura fidèle à ses premières admirations littéraires, et ce peintre si libre, ce novateur, entre tous les poètes préféra toujours les plus sereinement classiques ; son livre de chevet était, dit-on, l’œuvre de Virgile, qu’il lisait dans le texte.

Quant aux « mouvements » qui passionnaient les contemporains romantiques et naturalistes de sa jeunesse et de son âge mûr et les mettaient en demeure d’y prendre parti, on peut croire qu’il leur resta profondément étranger. En Zola même, il accepta un camarade, un défenseur, sans prêter à l’évangile de Médan une importance exagérée. Dans les lettres comme dans les arts, le conseil des maîtres anciens lui suffisait ; la vie présente se bornait pour lui aux joies que donnaient à ses yeux de peintre les jeux colorés de la lumière.

Comment il parvint à la conscience de ces joies, comment dans leur diversité infinie il choisit sa part : c’est toute l’histoire de Paul Cézanne. Il est donc assez peu précieux de noter les deux années qu’il perdit à la faculté de droit d’Aix et son court passage dans la banque de son père. Sa vie d’artiste commence en 1862, à l’académie Suisse du quai des Orfèvres, où il rencontre Pissarro et Guillaumin.

Dès ces débuts il manifeste sa prédilection innée pour la vie régulière, pour les sanctions normales, en se présentant au concours d’admission à l’École des Beaux- Arts et en faisant au Salon officiel un consciencieux envoi. Mais au concours il fut refusé et le jury du Salon l’écarta. Ainsi tout de suite s’affirmait, invincible, fatale, la sincérité de l’artiste. Ce n’était pas pour son plaisir, c’était involontairement qu’il suscitait les indignations, les colères, qu’il se faisait rappeler à l’ordre. L’ordre ! personne n’en eut plus que lui le culte et le scrupule et ce fut l’originalité, mais aussi la tristesse de sa vie de ne pouvoir obtenir, homme par excellence rangé, l’approbation d’esprits qui partageaient en tout ses convictions, sauf en art. Et à coup sûr c’est lui qui représentait contre eux — en art — l’ordre vrai, le seul.

Rejeté par l’officiel et révolutionnaire malgré lui, Cézanne ne tarda pas à faire nombre avec d’autres révoltés, les Impressionnistes, qui guerroyaient, eux, sans regret contre l’École. Il fut de leur première exposition — en 1874, chez Nadar — avec Renoir et Claude Monet, avec Pissarro et Guillaumin. Mais cette date et cette manifestation n’avaient point pour lui la même importance que pour ses compagnons de bataille. Elles marquaient simplement dans l’évolution de son talent une période, la quatrième, à bien compter, et qui ne devait pas être définitive.

La Maison du pendu, Auvers-sur-Oise (1873). Peinture de Paul Cézanne

Lire la suite 

Si j’étais… octobre – personnage célèbre

Isadora Duncan danseuse américaine du début du siècle, est née à San Francisco le 26 mai 1877, et de son véritable nom Dora Angela Duncan, d’origine à la fois irlandaise et écossaise, par respectivement sa mère et son père. Sa vie est celle d’une héroïne antique et rebelle, dans la prolongation de son art, auquel elle insuffle un modernisme inédit pour l’époque en imposant une autre expression chorégraphique, la “danse libre”.

S’inspirant des statues grecques, auxquelles elle emprunte les tuniques diaphanes et plissées, et dansant pieds nus, cheveux dénoués, elle libère la danse des carcans du classicisme, dans le fond et la forme, par son interprétation tout d’abord, laissant s’exprimer dans l’improvisation le rythme intérieur du corps, et ensuite par son rejet du costume traditionnel, chaussons et tutu enserrant le corps, pour se parer de ces voiles aériens qui font partie de sa légende.

Ces voiles autour de son corps évoquant la Vénus de Milo, ceux planant sur les drames qui jalonnent sa vie familiale et amoureuse, jusqu’à ce voile en soie rouge qui provoque sa fin tragique, en venant se prendre dans une des roues de sa décapotable et l’étranglant, sur une route de Nice le 14 septembre 1927.

Elle commence très tôt à danser, à l’âge de dix ans, puis décide de venir tenter sa chance à Paris, en 1900, pensant y trouver plus de liberté pour exprimer la vision de son art. Ses succès et ses rencontres, avec Anna Pavlova, Michael Fokine et surtout Serge Diaghilev la conduisent à créer une école de “danse libre” près de Berlin en 1904, où elle vit là-bas une passion avec un acteur, Edward Gordon Craig, qui lui donne une fille deux ans plus tard.

 Puis elle poursuit son ascension, ouvre plusieurs écoles de danse, notamment à Darmstadt en 1911, ainsi qu’à Neuilly-sur-Seine et s’entoure à la même époque d’une troupe de danseuses baptisées les “Isadorables”. Elle se lie aussi avec l’Américain Paul Singer, héritier des fameuses machines à coudre, qui lui offre un deuxième enfant, en 1910, mais la quittera ensuite, lassé de ses infidélités.

Sa vie est marquée en 1913 par la mort brutale et mystérieuse de ses enfants, partis en promenade près de la Seine et dont la voiture, privée de freins à la suite d’un arrêt sur une berge, sombre dans la rivière où ils se noient.

S’ensuit une vie d’errances amoureuses, aussi bien dans les bras d’hommes que de femmes, et de poursuite de ses cours, spectacles, où on la retrouve à New York, puis à Moscou où elle rencontre en 1922 le poète russe, Sergueï Essenine, de vingt ans son cadet, qu’elle aide à fuir son pays natal et avec qui elle vit une passion tumultueuse, leur liaison se terminant par le suicide étrange du poète, en 1925. Elle repart donc à nouveau pour la France où son amie Mary Desty, qui la soutient dans une chute au fond d’enfers alcoolisés, lui offre le fameux voile qui causera sa fin.

Isadora Duncan était une femme en avance sur son temps, éprise à la fois de beauté et de liberté et qui refusait totalement tout enfermement, que ce soit dans son art ou dans sa vie personnelle, une femme qui a su imposer une nouvelle expression chorégraphique en s’affranchissant des contraintes de la danse classique tout en en gardant les bases, une femme dont le mystère, le goût de la provocation et le modernisme en ont fait à jamais une légende.

Isadora, dans toute sa splendeur

Calendrier républicain

Par décret, la Convention adopte ce calendrier, avec le tableau annexé en reproduisant la nomenclature, la dénomination et les dispositions sous le titre de « Annuaire républicain », l’usage en étant instauré le 24 novembre suivant

On avait eu bien du mal, rien que pour se mettre d’accord sur le point de départ de l’ère nouvelle : l’Assemblée Constituante avait hésité entre le 5 mai, date de t’ouverture des États-Généraux, le 5 juin, jour où le Tiers-État s’était déclaré Assemblée nationale, et le 20 juin, jour de la fameuse séance du Jeu de Paume ; c’est le 14 juillet, jour de la prise de la Bastille, qu’elle finit par adopter comme le commencement de « l’ère de la liberté », dont le 14 juillet 1790 commença la seconde année.

Lorsque la Constituante eut pris fin en 1791 et que la Législative l’eut remplacée, celle-ci déclara que l’année 1789 devait être admise tout entière à l’honneur d’avoir donné naissance à la liberté, et, en conséquence, reporta au 1er janvier 1789 le commencement de « l’ère de la liberté » ; l’année 1792 devint ainsi l’an IV de la liberté ; mais après le 10 août 1792, elle considéra que le règne de l’égalité étant commencé, il n’était pas juste que la liberté figurât seule dans la désignation de l’année, et, en conséquence, l’année 1792, qui était déjà l’an IV da la liberté, dut s’appeler en même temps l’an 1 de l’égalité.

Allégorie pour germinal. Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815) d'après un dessin de Louis Lafitte (1770-1828)

Allégorie pour germinal. Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815)
d’après un dessin de Louis Lafitte (1770-1828)

La République ayant été proclamée en septembre 1792, la Convention estima que ce mot résumait à lui seul la liberté et l’égalité, et décida que l’année 1792 s’appellerait désormais simplement l’an premier de la République française depuis le 1er janvier, lui faisant le même honneur que la Législative avait déjà fait à 1789, et que le 1er janvier 1793 serait le commencement de la seconde année de la République.

Mais cette seconde année n’était pas écoulée quand, le 5 octobre 1793, la Convention changea encore d’avis et décréta que le point de départ de l’ère et de l’année françaises serait, non plus le 1er janvier de l’année 1792, où la République avait été proclamée, mais le jour de cette année où elle l’avait été, c’est-à-dire le 22 septembre, par cette considération que c’était justement le jour de l’équinoxe d’automne, « que l’égalité des jours et des nuits était marquée dans le ciel, au moment même où l’égalité civile et politique était proclamée par les représentants du peuple, que le soleil avait éclairé à la fois, les deux pôles le jour même où, pour la première fois, avait brillé sur la nation française le flambeau de la liberté, et passé d’un hémisphère à l’autre, le jour où le peuple avait passé du gouvernement monarchique au gouvernement républicain. »

C’étaient assurément de bien bonnes raisons de tout bouleverser une fois de plus, alors que tout le monde y perdait déjà son latin, et de rendre inextricable la supputation des dates en fixant le commencement de l’année au 22 septembre pour la France, quand toutes les nations voisines le comptaient du 1er janvier, et en changeant non seulement le commencement des mois, mais leur nom, celui des jours, et jusqu’à la période ordinaire qui constitue la semaine et que la décade venait remplacer, sans parler des jours Sans-Culottides qu’il fallait ajouter, après l’expiration des douze mois, fixés de trente jours chacun, pour terminer l’année.

Allégorie pour nivôse. Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815) d'après un dessin de Louis Lafitte (1770-1828)

Allégorie pour nivôse. Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815)
d’après un dessin de Louis Lafitte (1770-1828)

Mais la Convention ne s’embarrassait guère de tout cela, et le 24 octobre 1793 elle adopta le nouveau calendrier, où les noms prescrits des saints étaient remplacés par des noms d’instruments de travail, d’animaux, de plantes, de fleurs ou de fruits, saint Jean par romarin, saint Pierre par coriandre, saint Louis par pastèque et saint Sylvestre par granit. Toutes ces modifications aboutirent à la publication d’un nouveau décret, le 24 novembre 1793, faisant rétroactivement du 22 septembre 1792 le premier jour de l’an I de la République et de l’ « ère des Français ».

Le rapporteur du décret relatif au calendrier était Romme, député du Puy-de-Dôme ; il jouit de son œuvre pendant dix-huit mois seulement, car il se poignarda le 29 prairial an III de la République (17 juin 1795), au moment où il venait d’être condamné à mort et où on allait le conduire à l’échafaud avec ses collègues Goujon, Duquesnoy, Duroy, Bourbotte et Soubrany, montagnards comme lui, et comme lui auteurs ou complices de l’émeute du 1er prairial.

Quant à son calendrier, tout républicain qu’il fut, il survécut à la République, mais pas pour longtemps ; dans la seconde année de l’Empire, un décret fixa le terme de son existence, et, le 31 décembre 1805, il expira.

Exécution de Marie Antoinette

Huit mois s’étaient écoulés depuis la mort de Louis XVI, et l’on n’avait pas prononcé sur le sort de sa famille, lorsque, le 3 octobre 1793, Billaud-Varennes fit ordonner au Tribunal révolutionnaire de « s’occuper, sans délai et sans interruption, du procès de la veuve Capet 

Le 11 octobre, le Comité de Salut public envoya les pièces à l’accusateur Fouquier-Tinville, en lui recommandant de seconder son zèle. Le lendemain, 12, Marie-Antoinette fut interrogée secrètement dans une salle obscure, où plusieurs témoins l’entendirent sans qu’elle pût les apercevoir.

— C’est vous, lui dit le président Hermann, qui avez appris à Louis Capet l’art de la dissimulation avec laquelle il a trompé le peuple ?

— Oui, répondit la reine, le peuple a été trompé, mais ce n’est ni par mon mari ni par moi.

— Vous n’avez jamais cessé, dit encore le président, de vouloir détruire la liberté. Vous vouliez remonter au trône sur les cadavres des patriotes.

— Nous n’avons jamais désiré que le bonheur de la France, répondit la reine ; nous n’avions pas besoin de remonter sur le trône, nous y étions.

Le 14 octobre, elle parut devant le Tribunal révolutionnaire. Parmi les jurés qui devaient prononcer sur son sort, se trouvaient un perruquier, un peintre, un tailleur, un menuisier et un recors. L’acte d’accusation commençait ainsi : « A l’instar des Brunehaut et des Frédégonde, disait Fouquier-Tinville, Marie-Antoinette a été le fléau et la sangsue des Français. » Il se terminait par l’accusation dont Hébert et ses collègues étaient allés demander le témoignage aux propres enfants de l’illustre accusée.

Marie-Antoinette et ses enfants. Peinture d'Élisabeth Vigée Le Brun (1787)
EntrerMarie-Antoinette et ses enfants. Peinture d’Élisabeth Vigée Le Brun (1787) 

Hébert, rédacteur de la feuille intitulée le Père Duchêne, et auparavant vendeur de contremarques à la porte des spectacles, rapporta les horribles questions qu’il avait faites à ces enfants. Il dit que Charles Capet (le dauphin) avait raconté à Simon, son précepteur, le voyage à Varennes, et désigné Lafayette et Bailly comme en étant les coopérateurs. Puis il ajouta que cet enfant avait des vices funestes et bien prématurés pour son âge ; que Simon, l’ayant surpris et l’ayant interrogé, avait appris qu’il tenait de sa mère les vices auxquels il se livrait. Hébert ajouta que Marie-Antoinette voulait sans doute, en affaiblissant la constitution physique de son fils, s’assurer le moyen de le dominer s’il remontait sur le trône.

La reine, contenant d’abord son indignation, s’abstint de répondre ; mais, pressée par un des jurés sur les mêmes faits, elle se retourna vers le public avec dignité, et prononça ces paroles remarquables : « Je croyais que la nature me dispenserait de répondre à une telle imputation ; mais j’en appelle au cœur de toutes les mères ici présentes. » Cette réponse fit une profonde impression sur tous les assistants.

Cependant Marie-Antoinette reçut de courageux hommages de la part de plusieurs témoins, qu’on avait tirés de leurs prisons pour les faire comparaître. Quand le vénérable Bailly fut amené, Bailly, qui autrefois avait si souvent prédit à la Cour les maux qu’entraîneraient ses imprudences, il parut douloureusement affecté ; et comme on lui demandait s’il connaissait la femme Capet :

— Oui, dit-il en s’inclinant avec respect, oui, j’ai connu madame.

Il déclara ne rien savoir, et soutint que les déclarations arrachées au jeune prince, relativement au voyage à Varennes, étaient fausses.

— Fausses ! s’écria le président Hermann avec l’accent de la fureur ; tu oses, toi, vil aristocrate, accuser de mensonge le vertueux Hébert !… Mais c’est chose toute simple : il appartient à l’assassin du peuple de prêter assistance à une Messaline jadis couronnée dont le peuple souverain a brisé le trône.

— Si mon appui pouvait être de quelque secours à madame, répliqua dignement Bailly en s’inclinant de nouveau devant la reine, il n’y aurait ni injures, ni menaces capables de m’empêcher d’accomplir ce devoir ; mais je le ferais toujours sans outrager la vérité…

— Le malheureux se perd ! dit à demi-voix Marie-Antoinette en se penchant vers Chauveau-Lagarde, un de ses défenseurs.

Bien que Bailly eût entendu ces paroles, il continua avec le même calme :

— L’homme qui a toute sa vie respecté la vérité, ne saurait mentir alors qu’il a un pied dans la tombe.

Cet incident ayant produit quelque sensation dans l’auditoire, le président ordonna de reconduire Bailly à la Conciergerie. Bailly alors se tourna pour la dernière fois vers la reine, et ils échangèrent un sublime regard.

Dans la suite des débats, on reprocha à la reine le nombre de souliers qu’elle avait usés ; on l’accusa d’avoir accaparé pour 1 500 000 francs de sucre et de café, d’avoir dépensé des fonds considérables pour un rocher, d’avoir tenu un conciliabule le jour où le peuple fit l’honneur à son mari de le décorer du bonnet rouge, d’avoir porté des pistolets dans ses poches, etc.

Dans son résumé, le président parla de bouteilles vides trouvées sous le lit de Marie-Antoinette après le massacre du 10 août ; il déclara que le peuple avait été trop longtemps victime des machinations infernales de cette moderne Médicis ; et il parla de justice impartiale, de conscience, d’humanité. Pendant trois jours et trois nuits que durèrent les débats, l’accusée n’eut pas un seul instant de repos. Elle fut constamment sublime par sa contenance et par toutes ses réponses simples, précises, pleines de calme et de noblesse.

Procès-verbal d'exécution de mort de Marie-Antoinette

L’inflexibilité de la reine dans certaines circonstances ou encore l’évasion de Varennes qu’on lui attribuait, avaient puissamment contribué à enlever à Louis XVI la popularité dont il avait d’abord été entouré à son avènement. Mais ces griefs paraissent bien futiles, comparés aux traitements et supplices affreux qui furent infligés à Marie-Antoinette. Les accusations que nous venons de rapporter avaient été précédées de tortures morales et physiques : enfermée dans un des cabanons de la Conciergerie, la reine y manquait des choses les plus essentielles à la vie ; privée de linge, de chaussures, elle en était réduite à recoudre elle-même ses vêtements tombant en lambeaux, et la veille de sa comparution devant ses juges, elle raccommodait ses bas au jour douteux qui pénétrait au travers des barreaux de son cachot.

Marie-Antoinette fut condamnée à l’unanimité ; elle entendit son arrêt de mort sans effroi, le 16 octobre 1793, à quatre heures du matin. Rentrée dans sa prison, elle écrivit à madame Élisabeth une lettre touchante qui ne devait point parvenir à son adresse. Un prêtre constitutionnel s’était présenté pour lui offrir les derniers secours de la religion, elle refusa de l’entendre ; et lorsque les bourreaux entrèrent, cet homme lui ayant dit :

— Voilà le moment de demander pardon à Dieu.

— De mes fautes, reprit-elle ; mais non de mes crimes, car je n’en ai jamais commis.

A onze heures, elle sortit de la Conciergerie, vêtue de blanc, témoigna quelque étonnement de ce qu’on ne la conduisait pas au supplice comme Louis XVI, dans une voiture fermée, et monta dans un tombereau avec l’exécuteur et le prêtre. Elle avait elle-même coupé ses cheveux ; ses mains étaient liées sur le dos. Son dernier vœu, ainsi qu’elle venait de l’écrire à madame Elisabeth, était de mourir avec autant de fermeté que son époux.

La garde nationale formait une double haie sur son passage ; l’armée révolutionnaire suivait, et un homme précédait le cortège, exhortant le peuple à applaudir à la justice nationale. Cette exhortation ne fut que trop entendue. Le cortège prit le chemin le plus long, passa dans les rues les plus populeuses, et fut plus de deux heures avant d’arriver au lieu du supplice, sur la place fatale où, dix mois auparavant, avait succombé Louis XVI. Les marches du grand escalier de Saint-Roch étaient couvertes de spectateurs ; ils applaudirent avec fureur lorsque la fatale charrette passa devant eux, et voulant considérer à loisir les traits de la victime, ils la firent arrêter. Elle promenait avec indifférence ses regards sur ce peuple qui tant de fois avait applaudi à sa beauté et à sa grâce.

Arrivée au pied de l’échafaud, elle aperçut les Tuileries, et parut émue ; alors elle se hâta de monter la fatale échelle, et se livra avec courage aux bourreaux.

Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, survécut sept mois à son infortunée belle-sœur. On l’envoya à la mort le 10 mai 1794. On s’accordait généralement à vanter les vertus privées de cette princesse ; mais la tempête populaire était alors dans toute sa violence, et les fautes des grands devaient être cruellement expiées. Madame Elisabeth fut jugée, condamnée et conduite au supplice le même jour, dans une charrette, avec une foule d’autres condamnés qui furent exécutés avant elle.

Exécution de la reine Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

Voici la lettre que Marie-Antoinette écrivit à Madame Elisabeth le 16 octobre 1793, à à quatre heures et demie du matin :

« C’est à vous, ma sœur, que j’écris pour la dernière fois, je viens d’être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne l’est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère ; comme lui innocente, j’espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme comme on l’est quand la conscience ne reproche rien, j’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n’existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur ; vous qui avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous. Dans quelle position je vous laisse ! « J’ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n’ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra.

« Recevez pour eux deux ici ma bénédiction ; j’espère qu’un jour, lorsqu’ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. Qu’ils pensent, tous deux, à ce que je n’ai cessé de leur inspirer ; que les principes et l’exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur. Que ma fille sente qu’à l’âge qu’elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que l’expérience, qu’elle aura de plus que lui, et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils à son tour rende à sa sœur tous les soins, les services que l’amitié peut inspirer ; qu’ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu’ils prennent exemple de nous. Combien dans nos malheurs notre amitié nous a donné de consolations ; et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami. Et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ! Que mon fils n’oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément, qu’il ne cherche jamais à venger notre mort.

« J’ai à vous parler d’une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine ; pardonnez-lui, ma chère sœur, pensez à l’âge qu’il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu’on veut, et même ce qu’il ne comprend pas ; un jour viendra, j’espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J’aurais voulu les écrire dès le commencement du procès, mais outre qu’on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide que je n’en aurais réellement pas eu le temps.

« Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j’ai été élevée et que j’ai toujours professée ; n’ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s’il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis, les exposerait trop s’ils y entraient une fois.

« Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j’ai pu commettre depuis que j’existe. J’espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps, pour qu’il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j’aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu’ils m’ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs.

« J’avais des amis, l’idée d’en être séparée pour jamais, et leurs peines, sont un des plus grands regrets que j’emporte en mourant ; qu’ils sachent du moins que jusqu’à mon dernier moment j’ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et tendre sœur, puisse cette lettre vous arriver ; pensez toujours à moi, je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que mes pauvres et chers enfants. Mon Dieu, qu’il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! Je ne vais plus m’occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m’amènera peut-être un prêtre. Mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger. »

Source La France Pittoresque

Philippe le Bel et les templiers

Ces moines chevaliers, de vrais banquiers, prêtaient de l’argent au roi. Leur ordre, qui avait été créé en 1118 pour défendre Jérusalem contre les Musulmans, était une vaste organisation financière.

 

Jacques de Molay, dernier grand maître de l'Ordre du Temple
Jacques de Molay, dernier grand maître de l’Ordre du Temple

Neuf mille commanderies de Templiers couvrent l’Europe, mais c’est en France que l’Ordre est le plus puissant et forme un Etat dans l’Etat grâce à ses prodigieuses richesses et à ses biens immobiliers.

L’enclos du Temple à Paris est une forteresse où viennent chercher refuge ceux qui fuient la justice du roi. Ils possèdent encore le quart de la capitale, dont tout le quartier du Marais.

Ce 13 octobre seront arrêtés tous les Templiers de France. A Paris, le Grand Maître de l’Ordre, Jacques de Molay, et cent quarante chevaliers furent incarcérés sous l’inculpation de débauche. Le roi de France s’appropriera les deux tiers de leurs biens.

Le Grand Maître et ses compagnons seront suppliciés le 14 mars 1314 dans l’île de la Cité.

Démolition du théâtre du Petit-Bourbon

Sur l’emplacement même de ce théâtre se trouvait encore au début du XVIe siècle le palais du fameux connétable Charles de Bourbon (1490-1527), dernier des grands seigneurs féodaux : jugé en 1523 par le roi François Ier pour rébellion, il fut déclaré traître et criminel de lèse-majesté ; on y brisa ses armoiries, et on fit barbouiller de jaune les portes et les fenêtres de sa maison par la main du bourreau.

Il dut fuir la France, ses biens étant attribués dans un premier temps à Louise de Savoie, mère de François Ier, avant d’être rattachés au domaine royal à la mort de celle-ci en 1531. C’est au palais du Petit-Bourbon qu’était morte, à l’âge de vingt-huit ans et en pleine guerre de Cent Ans, la duchesse de Bedford, Anne de Bourgogne, fille de Jean sans Peur et femme du régent de France — Jean Lancastre, duc de Bedford — pour le roi d’Angleterre, le 14 novembre 1432.

Emplacements de l'Hôtel du Petit-Bourbon et du Louvre sur un plan de Paris de 1550
Emplacements de l’Hôtel du Petit-Bourbon et du Louvre sur un plan de Paris de 1550

Le palais fut en grande partie démoli en 1525, à l’exception de la chapelle et d’une vaste galerie où l’on établit un théâtre qui servait aux fêtes et aux ballets de la cour, où les princes et Louis XIV lui-même dansaient publiquement. Le 19 mai 1577, des comédiens italiens que le roi Henri III avait fait venir de Venise, et qui avaient donné des représentations à Blois, furent installés au théâtre du Petit-Bourbon ; ils prenaient quatre sous par personne, et ils attiraient un grand concours de spectateurs. En 1584 et en 1588 il parurent une seconde et une troisième troupe. En 1645, le théâtre du Petit-Bourbon fut occupé par des bouffons italiens, que le cardinal Mazarin avait fait venir pour satisfaire la passion de la reine Anne pour les spectacles, et où il fit représenter la Festa theatraleOrphée et Euridice, etc.

En 1658, ce théâtre fut accordé à Molière, dont la troupe débuta en présence de Louis XIV, le 3 décembre, par l’Etourdi et le Dépit amoureux. Cette troupe donna des représentations sur ce théâtre jusqu’en 1660, époque où Molière quitta le théâtre du Petit-Bourbon pour aller occuper la salle du Palais-Royal le 20 janvier suivant, et où ils demeureront jusqu’à la mort du dramaturge en 1673. En cette année 1660, des comédiens espagnols venus avec l’infante Marie-Thérèse, que Louis XIV venait d’épouser, donnèrent trois représentations sur le théâtre du Petit-Bourbon, dont la démolition fut commencée le 11 octobre.

Sur son emplacement fut bâtie, du côté du quai, la partie de la colonnade du Louvre dont Louis XIV posa la première pierre le 17 octobre 1665. Les restes du palais du Petit-Bourbon qui n’avaient pas été occupés par le théâtre avaient été affectés au garde-meuble de la couronne, qui fut transféré à l’hôtel Conti en 1758. C’est dans la galerie de ce palais que furent réunis les états généraux de 1614, du 27 octobre 1614 au 23 février 1615, derniers avant ceux de 1789.