Etre réduit au bâton blanc

On prétend que cette expression est une allusion à l’ancien usage d’après lequel les soldats d’une garnison qui avait capitulé sortaient de la place avec un bâton à la main, c’est-à-dire avec un bois de lance dégarni de fer.

Mais on se trompe certainement ; car l’usage dont on parle ne fut introduit que parce que le bâton dépouillé de son écorce était un symbole de dénuement et de sujétion affecté particulièrement aux suppliants et aux prisonniers. On sait qu’aux termes de la loi salique, le meurtrier, obligé de quitter le pays lorsqu’il ne pouvait payer la composition, sortait de sa maison, en chemise, déceint, déchaux et bâton en main, palo in manu.

Une disposition analogue se trouve dans cette formule des archives de Bade : Partir avec petit bâton et du bien faire l’abandon (Grimm., 133). On voit dans les Antiquités d’Anvers, par Gramaye, que les confrères de l’arc de la ville de Welda se présentèrent devant les statues des saints avec des baguettes blanches dans leurs mains en signe de dépendance.

« Je ne plains pas les garçons, dit Luther : un garçon vit partout, pourvu qu’il sache travailler ; mais le pauvre petit peuple des filles doit chercher sa vie avec un bâton blanc à la main. » (Mémoires de Luther

source la France Pittoresque

Rouler des yeux de merlan frit

Avoir des regards énamourés et ridicules.
Avoir les yeux levés au ciel, de manière affectée, ridicule, ne laissant paraître que le blanc de l’œil.
Fixer avec étonnement, stupéfaction.

À vous qui savez parfaitement qu’en argot en appelle un coiffeur un merlan, apprenez que ce n’est pas du spécialiste de la capillosectomie dont il sera question ici, car il est rare d’en croiser un à la fois frit et amoureux.

Qui a fait déjà griller un poisson à la poêle a pu constater que cette pauvre bête, bien que n’étant plus trop capable d’être extatique, a en général la bouche ouverte et, surtout, les yeux sortis des orbites et ressemblant à des billes blanches.

Si cette expression date du XIXe siècle (l’ « œil de merlan frit » est cité par Loredan Larchey en 1865), c’est avec le cinéma muet qu’elle a pris tout son sens, alors que les mimiques des acteurs étaient exagérées et que, lorsque quelqu’un ouvrait des billes rondes, les yeux chavirés d’une ridicule extase supposée symboliser une transe amoureuse, cette personne était comparée à un merlan frit.

Mais pourquoi un merlan au lieu d’une truite ou une baudroie, me direz-vous ?
C’est une bonne question à laquelle Claude Duneton, dans son « La puce à l’oreille », s’il ne répond pas, apporte tout de même un complément intéressant en citant une oeuvre de Caylus, « Recueil de ces Messieurs », qui en 1745 écrivait déjà : « C’est de là qu’on a dit des amants qui regardent tendrement leur belle : qu’ils font des yeux de carpe frite ».
Autres temps, autres poissons !

Le dernier sens proposé est une extension de l’usage initial due au fait que, souvent, celui qui est très étonné, reste là, immobile, avec des yeux grands ouverts, qu’on dit parfois exorbités, et pouvant également rappeler ce pauvre poisson frit.

Exemple

« Tu penses qu’il ne crève pas les yeux, ton béguin pour ce pâlot d’étudiant empêtré dans son sourire ? Je parie que ça est même la blague de la maison. Tu penses si Mlle Laviolette, qui est la charité même… Oh ! tu peux nier tant que tu voudras, j’ai assez l’expérience des femmes, alleï ! Toi et tes yeux de merlan frit, quand tu le regardes ! »
Robert Choquette – Les Velder – 1941

« Il m’a regardé alors avec des yeux de merlan au gratin et s’est immédiatement fait disparaître. »
Léon Bloy – Le désespéré

source :  Les 1001 expressions préférées des français

Dès potron-minet

Quand le philologue François Génin traita cette question dans l’Illustration, explique Eman Martin de Le Courrier de Vaugelas — publication de référence en matière de questions grammaticales et philologiques —, un correspondant lui écrivit que, dans sa province, on exprimait le sens de se lever de très bonne heure par se lever dès les chats. C’est une preuve que minet veut dire ici chat, ce qui se confirme du reste par le mot mine, employé dans quelques pays, le Perche et la Beauce, par exemple, pour désigner la femelle de l’animal ainsi appelé.

Maintenant, qu’est-ce que potron, qui, isolé, ne se trouve dans aucun dictionnaire ? De prime abord, on se sent porté à croire que c’est le potron qu’employaient nos ancêtres pour désigner le petit d’un quadrupède quelconque. En effet, ce mot s’adapte facilement à la locution dont il s’agit, puisqu’il lui donne pour signification : se lever dès le petit chat, et que le chat passe pour être très matinal.

D’un autre côté, on dit aussi dès le potron Jacquet

Et si, dans cette variante, où Jacquet désigne un écureuil (au Moyen Age les animaux avaient reçu comme on sait des noms propres de personne), on remplace potron par petit, on obtient encore une signification analogue, l’écureuil ayant, comme le chat, la réputation de se réveiller de très bonne heure.

Vous voulez en savoir plus   ici

Tous les 36 du mois

Très rarement, pour ainsi dire jamais

Expression française qui remonte au milieu du XIXème siècle. Mais la question que se pose serait de savoir pourquoi « 36 » alors qu’un mois ne comprend que 31 jours au grand maximum, et pourquoi « 36 » spécifiquement ?

36 est un nombre on ne peut plus curieux. Il serait à la fois le carré de 6 et le triangulaire de 8 et réfère donc symboliquement aux 6 jours de la création et donc à la totalité de ce qui existe sur terre. Le fameux 8, fait référence au 8ème jour, le nouveau monde annoncé par le déluge marquant la fin du monde ancien, selon le nouveau Testament.

Exemple d’utilisation

J’ai bien là, sous la remise, ajouta le charron, une vieille calèche qui est à un bourgeois de la ville qui me l’a donnée en garde et qui s’en sert tous les 36 du mois. Je vous la louerais bien, qu’est ce que cela me fait ? (V. Hugo : Les Misérables)

Rester comme deux ronds de flan

Je profite des vacances pour republier mes petites gandoiseries sur des expressions courantes dont on ne connaît plus vraiment l’origine.

Etre ébahi – étonné- stupéfait

Vous avez déjà gobé des Flambys – Vous avez même participé à des concours ; vous savez que c’est un véritable sport ? Vous détestez cette consistance molle et  gélatineuse ? Oui ? Non ?

Choisissez votre version et installez-vous pour l’explication.

Lorsque le flamby est gobé et bien gobé, il ne reste, dans l’assiette que la trace ronde du flan que l’on peut appeler « rond de flan » et lorsqu’il y a deux ronds, ils ressemblent à des yeux écarquillés. Selon Alain Rey cette expression est donc liée à cet exercice périlleux.

Mais bien sûr on ne va rester sur cette explication bien simpliste quoique logique.

En voilà trois autres dont l’une est encore plus logique…

La première viendrait du mot « flaon »  utilisé au XVIème siècle qui signifiait monnaie ou denier.

Comme on frappe la monnaie, on est frappé de stupeur. On joue sur la polysémie du mot frapper : deux ronds de monnaie étant des grands yeux ouverts d’étonnement. Cependant l’ombre d’un doute plane car le mot flaon n’est plus utilisé depuis le XIXème siècle, époque où on le retrouve sous la forme de « flan » qui, utilisé en typographie est un morceau de carton enduit d’une substance épaisse servant à faire les empreintes pour la composition nécessaire à la fabrication du cliché qui sert à reproduction d’un livre… C’est clair comme de l’eau de roche, non ? Surtout que l’on ne voit pas pourquoi « rond »

La dernière hypothèse est bien plus rigolote. Le flanc aurait perdu son « c » et les deux ronds de flanc seraient alors les fesses c’est-à-dire celui qui serait ébahi serait alors sur le cul !

En somme « passer du flanc au flan aux fesses…. »

Cucul la praline –

Quand j’étais petite,  chez ma grand-mère en vacance, lorsque je faisais une bêtise ou que je ne comprenais pas quelque chose, elle me disait mais

« Que tu es cucul la praline ».

La praline je connaissais car elle avait une commerciale, à l’époque on disait une représentante qui habitait  Montargis et que revenait toujours avec un petit paquet de pralines rouge cerise.

Depuis j’appris que praline désignait aussi la balle d’une arme à feu chose beaucoup moins appréciée.

Le nom praline vient du Maréchal de Plessis-Praslin dont le cuisinier inventa la confiserie au XVIIème siècle.

Quand à cucul c’est la version enfantine de cul. « Une tape sur le cul » disait-on mais très vite la formule devint synonyme de niais ou ridicule sans que l’on sache vraiment pourquoi !

Et pourquoi a-t-on ajouté un substantif féminin cucul ? Probablement des machos !

Ainsi on trouve cucul la fraise ou cucul la rainette.

A Praslin, aux Seychelles, il existe des grosses noix de coco à la forme suggestive qu’on appelle coco-fesses, accentuant le coté un peu ridicule du fruit.

Alors fesses et Praslin associés aux pralines de Plessis-Praslin ont donné jour à cette expression.

Ne pas confondre cucul et cuculle qui est une capuche de moine !

Avoir les oreilles d’âne

 

Origine de l’expression « avoir des oreilles d’âne »

Les origines de cette expression se retrouvent dans la mythologie grecque. En effet, selon la légende, il fut question de Midas, le roi de Phrygie qui sortit effectuer sa promenade, à un moment il tomba sur une scène pratiquement incroyable où Apollon et Marsyas se disputaient à propos de leur culture musicale! Or Apollon était le Dieu du chant et de la musique mais il était contesté par Marsyas. Pour départager les deux candidats, deux juges furent tirés au sort à savoir Tmollos et Midas.

Marsyas choisit une composition de son cru sans harmonie mais avec passion qui fut seulement appréciée par Midas. Quant à Apollon, il opta pour un morceau plus classique mais vraiment carré qui chavira le cœur des nymphes sauf celui de Midas.

Tmollos choisit la technique d’Apollon et Midas choisit le satyre objectivement moins bon. Ceci sans  compter sur la susceptibilité d’Apollon qui écorcha le satyre et envoya sa carcasse aux abattoirs. Puis pour souffler dans les trompes de Midas, il lui fit pousser des oreilles d’âne. Midas se réfugia dans son palais, honteux de ses oreilles et il porta un bonnet phrygien!

ane et cerises

Cela dit les ânes sont adorables et très intelligents… Je les adore !