Craignez la colère de la colombe

Voilà je me raccroche à l’expression et citation du jeudi chez Dame Mauve 

Gardez-vous de provoquer le courroux d’une femme, et en général de toute personne d’un naturel doux, car les êtres enclins à la douceur sont ceux dont le ressentiment est réputé le plus difficile à calmer et le plus redoutable, une fois que leur patience a été poussée à bout.

Jérémie rappelle la colère de la colombe — ira columbae —, et même le glaive de la colombe — gladius columbae —, en plusieurs passages de ses Lamentations.

Mais il en parle comme nous pourrions parler de la colère et du glaive de l’aigle romaine, par une de ces figures que les détracteurs du style des prophètes accusent d’être obscures et bizarres faute d’en savoir distinguer la clarté et la justesse.

Son expression est fondée sur ce que l’enseigne guerrière des Assyriens était une colombe, sous la forme de laquelle ils avaient divinisé leur reine Sémiramis, dont le nom, en syriaque, signifiait colombe des champs, parce que, ayant été abandonnée dans son enfance par sa mère, près du lac Ascalon, elle avait été nourrie par des colombes, à l’endroit même où se trouve encore aujourd’hui un village qui est appelé le village de la colombe, comme pour consacrer cette fabuleuse tradition.

Ainsi notre proverbe, qui date du Moyen Age, a été tiré des paroles bibliques détournées de leur vraie signification et appliquées abusivement à un oiseau signalé comme un type de douceur dans le langage proverbial de presque tous les peuples.

source la France pittoresque

Découvrir le pot aux roses

Ce qui était tenu secret

Voilà une expression très bucolique ou très piquante…qui remonte au XIIIème siècle ancêtre des deux autres « découvrir le pot » au XIVe et « découvrir le pot pourri » au XVe siècle.
Comme toujours lorsque l’on remonte aux expressions moyenâgeuses, l’utilisation est avérée mais l’origine est discutée.
Cherchons du coté « rose »
Rose parce c’est la plus belle des fleurs ? La plus parfumée et que l’arôme se dégageant trahirait, par analogie, un secret ? Cette fleur était le symbole du secret et de la virginité.
Une des explications est tout aussi plaisante. Le « pot aux roses » était le pot dans lequel les femmes conservaient leurs fards donnaient, aux Belles, un teint éclatant, ce qui constituait aux yeux des hommes une tromperie. Dans ce cas l’expression est au singulier.
Autre version dans le domaine de la beauté et de la toilette ; les femmes utilisaient de l’eau de rose comme parfum ; celui- si est très précieux donc protégé et très volatile donc il ne fallait pas soulever le couvercle du pot pour peine d’une évaporation dévastatrice…
Cherchons du coté de « découvrir »
Voilà la transition toute faite pour s’intéresser au mot « découvrir ». Le sens du mot a évolué dans le sens de « découverte » au XVIème siècle. Auparavant on utilisait dans le sens de « dévoiler » et là il s’agirait d’un secret de fabrication qui aurait été dévoilé.
Nous n’oublierons pas que la rose est le symbole du secret depuis toujours. Ces fleurs étaient gravées sur les confessionnaux, sculptées dans les salles de banquet afin que les convives ne souviennent qu’ils ne doivent pas divulguer pas les confidences qui seraient faites au cours des festivités
Enfin, in peut faire état de billets doux, déposés par des galants sous les pots de fleurs afin que les maris ne les découvrent pas.
Alors billevesées ?

Mais il existe encore une autre explication. Les alchimistes estiment qu’allusion est faite à la poudre « rose minérale » mélange de d’or et de mercure dont la composition rappelle la « pierre philosophale « grand mystère…
Ou Coquecigrue !

Et puisque le caractère philosophique apparait pour quoi ne pas évoquer de la légende qui veut que Cupidon ait sonnée une rose à Hapocrates, dieu du silence pour qu’il se taise à jamais les amours de Vénus.

 

2014 - 1

Courir à fond de train

Courir à toute vitesse

Le mot train désigne l’allure du cheval. Quant à la signification du mot fond, la voici : En terme de manège on dit d’un cheval qu’il a du fond, lorsqu’il supporte sans se fatiguer un exercice long où il doit exceller pour la rapidité.

Voilà la signification que le mot fond a dans les phrases suivantes. Ouvrons le Traité d’équitation par Montfaucon : « On a aussi la chance d’essouffler les chevaux momentanément moins vite, quoiqu’ayant plus de fond ». Et plus loin : « Si, au contraire, on croit pouvoir compter sur le fond de son cheval, le départ doit être calme. »

C’est d’Italie que nous viennent les premiers maîtres d’équitation ; dans le nouvel Alberti, l’on trouve ces mots : Essere in forza, durare alla fatica, ce qui signifie : Etre en force, être dur à la fatigue.

On peut conclure que avoir du fond est synonyme de avoir de la force et que, partant de là, à fond de train signifie à force de train, c’est-à-dire de toute la puissance de l’allure.

Cette expression doit être toute moderne, elle peut remonter à la fin du XVIIIe siècle, car on ne la retrouve dans aucune édition antérieure des grands dictionnaires.

Cuit du jeudi

Ce dit d’une chose sur laquelle il est trop tard pour revenir, d’une faute qu’il n’est plus temps de réparer

Cette expression est une allusion à l’ancienne coutume des boulangers de ne cuire qu’à certains jours de la semaine. Pour les uns, c’était le jeudi ; pour les autres le samedi, ou tout autre jour.

Comme alors les particuliers pétrissaient chez eux la pâte à des jours déterminés, qu’ils en formaient le nombre de miches nécessaires pour subvenir pendant un temps également déterminé, aux besoins de la famille, et que ces miches étaient ensuite portées au four commun, il fallait, pour mettre de l’ordre dans les fournées, que le boulanger eût des jours de cuisson fixés et accommodés aux convenances de ses pratiques.

Cuisson du pain. Enluminure extraite du Recueil sur la santé, manuscrit du XVe siècle
Cuisson du pain. Enluminure extraite du Recueil sur la santé, manuscrit du XVe siècle

Ces mêmes jours, il cuisait, avec leur pain, celui qu’il faisait pour lui-même afin de le vendre aux gens qui n’avaient pas le moyen d’en faire chez eux. Ceux-ci, naturellement, n’avaient garde de prendre, le vendredi ou le samedi, le pain cuit du jeudi, et le boulanger eût perdu son temps à les y solliciter.

Tout ce qui reluit n’est pas d’or

Il ne faut pas se laisser prendre à l’éclat trompeur des choses

Ce proverbe peut s’appliquer à tout ce qui brille d’un faux éclat. Telle condition qui semble digne d’envie, ne le serait pas si l’on savait quels soucis ou quelles souffrances se trouvent cachés derrière des apparences brillantes.

Pour confirmer la justesse de ce proverbe, on peut citer d’abord ces lignes écrites par Madame de Maintenon (XVIIe siècle) à l’une de ses amies.

« Que ne puis-je vous donner mon expérience ! Que ne puis je vous faire voir l’ennui qu’il dévore les grands et la peine qu’ils ont à remplir leurs journées ! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu’on aurait eu peine à imaginer ! Jeune, j’ai goûté les plaisirs. Dans un âge plus avancé, je suis venue à la faveur et je vous proteste que tous les états laissent un vide affreux. »

Voltaire nous a laissé aussi sur ce sujet les quatre vers que voici et qui reflètent bien les mêmes idées :

Etre heureux comme un roi, dit le peuple hébété ;
Hélas ! pour le bonheur, que fait la majesté ?
En vain sur ses grandeurs un monarque s’appuie,
Il gémit quelquefois et bien souvent s ennuie.

La Fontaine, dans sa fable du Cerf se voyant dans l’eau (Livre VI, fable 9), la termine par ces deux vers :

Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile,
Et le beau souvent nous détruit.

Les Italiens disent : Ogni luccioli non e fuoco, ce qui signifie : Tout ver luisant n’est pas feu.

Pousser le bouchon un peu loin

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Dis Maurice, tu pousses le bouchon un peu loin !

Nous avons apprécié cette pub originale, le gamin barbouillé de chocolat qui accusait le pauvre poisson rouge d’avoir mangé les crèmes dessert ;

Mais scrutons un peu l’expression

Maurice c’est bon, on a tous un oncle baptisé Maurice, pour moi c’est un cousin mais c’est pareil. Mais de quel bouchon s’agit-il ?

Celui du pêcheur du dimanche ou celui des routes des grandes villes aux heures pointes ou la route des vacances, ou encore celui plus ludique que les joueurs de pétanque essayent d’approcher au plus près ou bien encore celui qui empêche l’accès au contenu d’une excellente bouteille de Gevrey Chambertin.

J’ai malheureusement bien peur de vous décevoir ! Nul ne connait l’origine de l’expression. On suppose que l’origine viendrait des deux principaux jeux où on utilise un bouchon :

  • Le jeu du bouchon qui date du XIXème siècle où il fallait abattre avec un palet des bouchons surmontés de pièces de monnaie…
  • Le jeu connu sous le nom de pétanque où le cochonnet s’appelle aussi bouchon.

Lorsque j’étais petite, et lorsque que nous cherchions sans résultat un objet j’entendais ma grand-mère dire  : « c’est plus fort que de jouer au bouchon » Mais je n’ai jamais jouer au bouchon et je ne connais pas ce jeu.

Je me souviens aussi du chaton qui s’éclatait avec un bouchon qui pendait et se balançait au bout d’une ficelle. Le poussait-il alors trop loin pour le rattraper et ainsi se perdait ? Le chaton s’appelait-il Maurice.

Pour se consoler de rester ainsi dans l’angoisse de l’incertitude, allons boire un pot lyonnais dans un bouchon.

 

 

Emporter le chat

C’est s’en aller sans payer ou sans prendre congé

Voltaire dit à ce sujet, dans une lettre au chevalier Delisle : « Madame la maréchale de Luxembourg me paraît avoir raison : Emporter le chat signifie à peu près faire un trou à la lune. Les savants pourront y trouver quelque petite différence ; ils diront qu’emporter le chat signifie simplement partir sans dire adieu, et faire un trou à la lune veut dire s’enfuir de nuit pour une mauvaise affaire.

« Un ami qui part le matin de la maison de campagne de son ami a emporté le chat ; un banqueroutier qui s’est enfui a fait un trou à la lune. Voilà tout ce que je sais sur cette grande question. L’étymologie du trou à la lune est toute naturelle pour un homme qui s’est évadé de nuit ; à l’égard du chat, cela souffre de grandes difficultés. »Le mot chat, dans cette locution, ne doit pas s’entendre de l’animal de ce nom, mais désigne une ancienne monnaie du même nom qui était autrefois en grande circulation, surtout dans le Poitou. Le glossaire de Ducange parle de cette monnaie au mot chatus, et rapporte cette phrase d’une charte de 1459 : Confessus est recepisse in chatis et alia moneta… « Il avoua avoir reçu en chats et en autre monnaie. » Ainsi, emporter le chat, c’est emporter l’argent, et par extension ne point payer et s’esquiver.

« On peut conjecturer aussi, dit le savant Théodore Lorin dans une des notes manuscrites qu’il a faites sur le Dictionnaire des proverbes de Quitard, que le mot chat a ici la même acception que l’espagnol gato, qui désigne une bourse faite de la peau du chat, témoin le sobriquet ata el gato (serre-bourse) donné à un avare ; témoin encore cet exemple pris de Cervantes : Un grandissimo gato de reales : une très-grande bourse de réaux. » Emporter le chat serait donc synonyme de emporter le magotemporter la grenouille, et répondrait, selon l’exigence des cas, à toutes les significations qui lui sont assignées.

Remarquons, en terminant ce commentaire, que l’expression existait en langue romane, comme le prouvent ces deux vers du troubadour P. Cardinal, dans sa pièce Al nom del :

Mais cant lo riex er d’aisso castiatz
Venra’ N Artus sel qu’emportet lo calz.

Mais quand le riche sera de cela corrigé,
Viendra le seigneur Artus, celui qui emporta le chat.