Cuit du jeudi

Ce dit d’une chose sur laquelle il est trop tard pour revenir, d’une faute qu’il n’est plus temps de réparer

Cette expression est une allusion à l’ancienne coutume des boulangers de ne cuire qu’à certains jours de la semaine. Pour les uns, c’était le jeudi ; pour les autres le samedi, ou tout autre jour.

Comme alors les particuliers pétrissaient chez eux la pâte à des jours déterminés, qu’ils en formaient le nombre de miches nécessaires pour subvenir pendant un temps également déterminé, aux besoins de la famille, et que ces miches étaient ensuite portées au four commun, il fallait, pour mettre de l’ordre dans les fournées, que le boulanger eût des jours de cuisson fixés et accommodés aux convenances de ses pratiques.

Cuisson du pain. Enluminure extraite du Recueil sur la santé, manuscrit du XVe siècle
Cuisson du pain. Enluminure extraite du Recueil sur la santé, manuscrit du XVe siècle

Ces mêmes jours, il cuisait, avec leur pain, celui qu’il faisait pour lui-même afin de le vendre aux gens qui n’avaient pas le moyen d’en faire chez eux. Ceux-ci, naturellement, n’avaient garde de prendre, le vendredi ou le samedi, le pain cuit du jeudi, et le boulanger eût perdu son temps à les y solliciter.

Tout ce qui reluit n’est pas d’or

Il ne faut pas se laisser prendre à l’éclat trompeur des choses

Ce proverbe peut s’appliquer à tout ce qui brille d’un faux éclat. Telle condition qui semble digne d’envie, ne le serait pas si l’on savait quels soucis ou quelles souffrances se trouvent cachés derrière des apparences brillantes.

Pour confirmer la justesse de ce proverbe, on peut citer d’abord ces lignes écrites par Madame de Maintenon (XVIIe siècle) à l’une de ses amies.

« Que ne puis-je vous donner mon expérience ! Que ne puis je vous faire voir l’ennui qu’il dévore les grands et la peine qu’ils ont à remplir leurs journées ! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu’on aurait eu peine à imaginer ! Jeune, j’ai goûté les plaisirs. Dans un âge plus avancé, je suis venue à la faveur et je vous proteste que tous les états laissent un vide affreux. »

Voltaire nous a laissé aussi sur ce sujet les quatre vers que voici et qui reflètent bien les mêmes idées :

Etre heureux comme un roi, dit le peuple hébété ;
Hélas ! pour le bonheur, que fait la majesté ?
En vain sur ses grandeurs un monarque s’appuie,
Il gémit quelquefois et bien souvent s ennuie.

La Fontaine, dans sa fable du Cerf se voyant dans l’eau (Livre VI, fable 9), la termine par ces deux vers :

Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile,
Et le beau souvent nous détruit.

Les Italiens disent : Ogni luccioli non e fuoco, ce qui signifie : Tout ver luisant n’est pas feu.

Pousser le bouchon un peu loin

Résultat de recherche d'images pour "pousser le bouchon"

Dis Maurice, tu pousses le bouchon un peu loin !

Nous avons apprécié cette pub originale, le gamin barbouillé de chocolat qui accusait le pauvre poisson rouge d’avoir mangé les crèmes dessert ;

Mais scrutons un peu l’expression

Maurice c’est bon, on a tous un oncle baptisé Maurice, pour moi c’est un cousin mais c’est pareil. Mais de quel bouchon s’agit-il ?

Celui du pêcheur du dimanche ou celui des routes des grandes villes aux heures pointes ou la route des vacances, ou encore celui plus ludique que les joueurs de pétanque essayent d’approcher au plus près ou bien encore celui qui empêche l’accès au contenu d’une excellente bouteille de Gevrey Chambertin.

J’ai malheureusement bien peur de vous décevoir ! Nul ne connait l’origine de l’expression. On suppose que l’origine viendrait des deux principaux jeux où on utilise un bouchon :

  • Le jeu du bouchon qui date du XIXème siècle où il fallait abattre avec un palet des bouchons surmontés de pièces de monnaie…
  • Le jeu connu sous le nom de pétanque où le cochonnet s’appelle aussi bouchon.

Lorsque j’étais petite, et lorsque que nous cherchions sans résultat un objet j’entendais ma grand-mère dire  : « c’est plus fort que de jouer au bouchon » Mais je n’ai jamais jouer au bouchon et je ne connais pas ce jeu.

Je me souviens aussi du chaton qui s’éclatait avec un bouchon qui pendait et se balançait au bout d’une ficelle. Le poussait-il alors trop loin pour le rattraper et ainsi se perdait ? Le chaton s’appelait-il Maurice.

Pour se consoler de rester ainsi dans l’angoisse de l’incertitude, allons boire un pot lyonnais dans un bouchon.

 

 

Emporter le chat

C’est s’en aller sans payer ou sans prendre congé

Voltaire dit à ce sujet, dans une lettre au chevalier Delisle : « Madame la maréchale de Luxembourg me paraît avoir raison : Emporter le chat signifie à peu près faire un trou à la lune. Les savants pourront y trouver quelque petite différence ; ils diront qu’emporter le chat signifie simplement partir sans dire adieu, et faire un trou à la lune veut dire s’enfuir de nuit pour une mauvaise affaire.

« Un ami qui part le matin de la maison de campagne de son ami a emporté le chat ; un banqueroutier qui s’est enfui a fait un trou à la lune. Voilà tout ce que je sais sur cette grande question. L’étymologie du trou à la lune est toute naturelle pour un homme qui s’est évadé de nuit ; à l’égard du chat, cela souffre de grandes difficultés. »Le mot chat, dans cette locution, ne doit pas s’entendre de l’animal de ce nom, mais désigne une ancienne monnaie du même nom qui était autrefois en grande circulation, surtout dans le Poitou. Le glossaire de Ducange parle de cette monnaie au mot chatus, et rapporte cette phrase d’une charte de 1459 : Confessus est recepisse in chatis et alia moneta… « Il avoua avoir reçu en chats et en autre monnaie. » Ainsi, emporter le chat, c’est emporter l’argent, et par extension ne point payer et s’esquiver.

« On peut conjecturer aussi, dit le savant Théodore Lorin dans une des notes manuscrites qu’il a faites sur le Dictionnaire des proverbes de Quitard, que le mot chat a ici la même acception que l’espagnol gato, qui désigne une bourse faite de la peau du chat, témoin le sobriquet ata el gato (serre-bourse) donné à un avare ; témoin encore cet exemple pris de Cervantes : Un grandissimo gato de reales : une très-grande bourse de réaux. » Emporter le chat serait donc synonyme de emporter le magotemporter la grenouille, et répondrait, selon l’exigence des cas, à toutes les significations qui lui sont assignées.

Remarquons, en terminant ce commentaire, que l’expression existait en langue romane, comme le prouvent ces deux vers du troubadour P. Cardinal, dans sa pièce Al nom del :

Mais cant lo riex er d’aisso castiatz
Venra’ N Artus sel qu’emportet lo calz.

Mais quand le riche sera de cela corrigé,
Viendra le seigneur Artus, celui qui emporta le chat.

Mettre de l’eau dans son vin

Revenir d’un emportement passager et rentrer dans la modération

Les philosophes et les historiens grecs ont tous donné leur éloge au vin mélangé avec de l’eau, probablement parce qu’ils avaient reconnu les fautes et quelquefois même les crimes qu’engendre l’ivresse. Il est donc impossible de ne pas approuver leur opinion et de ne pas applaudir à Ia sagesse de ces peuples antiques qui érigèrent des statues à ceux qui leur apprirent à se modérer dans l’usage du vin.

Ils en attribuaient l’idée à Bacchus lui- même, quoiqu’il fut le dieu du vin. Ainsi, Pythagore, philosophe grec, cite, dans son ouvrage des Apothéoses, Achéloüs comme le véritable inventeur de la sobriété et commence en ces termes : « Crotoniates, gardez la mémoire d’Acheloüs, magistrat suprême de l’Etolie, contrée de la Grèce centrale, qui le premier mit de l’eau dans son vin. »

Voici une autre explication assez plaisante de cette locution proverbiale : « Deux personnes disputaient un jour fort chaudement sur un vers où l’on parle d’un vin réputé fameux chez les Romains, vers qui peut se traduire ainsi : Ils buvaient le Falerne et les larmes du monde. L’une d’elles soutenait que ce vers était fort beau et à chaque explication qu’elle en donnait, l’autre ne répondait que par ces mots : Qu’est-ce que cela prouve ? Le poète Lemière, témoin de la dispute, coupa court à l’entretien en disant : Cela prouve, sans aucun doute, que les Romains mettaient de Veau dans leur vin. »

Ouvrons Montaigne (XVIe siècle) et nous lirons dans ses Essais (livre III, chapitre 13) : « Cranaüs, roy des Athéniens, fut inventeur de cet usage de tremper le vin, utilement ou non, j’en ai vu desbattre. »

Mettre de l’eau dans son vin signifie donc, dans le sens propre, prévenir par le mélange des deux liquides les effets funestes du vin pur et, dans le sens figuré, calmer un emportement gros de menaces ou bien encore réduire les projets ambitieux à une mesure sage et dont l’exécution soit possible.

En résumé, on peut dire que l’homme sage met de l’eau dans son vin pour éviter l’ivresse, tandis que l’homme intempérant noie sa raison dans le vin pur. On compare à ce dernier les gens qui parlent bien haut, quand ils se croient auprès des autres les plus importants et les plus forts, mais qui se hâtent de baisser le ton quand ils rencontrent une supériorité devant laquelle ils doivent jouer un rôle plus modeste.

Ce proverbe peut encore s’appliquer à ces personnes qui abandonnent leur esprit à la conception de vastes projets et qui, en présence des difficultés que doit entraîner leur réalisation, reviennent bientôt de leurs résolutions pour en adopter d’autres dont l’exécution soit plus simple et plus facile.

Se faire appeler Arthur

Il existe deux hypothèses pour expliquer l’origine de cette expression :

La première est amusante, mais pas obligatoirement juste. Elle daterait de la seconde guerre mondiale.

Dans la France occupée, à certaines périodes de l’année, le couvre-feu commençait à vingt heures [1], soit huit heures du soir.
Les patrouilles allemandes chargées de son application avaient pour habitude de prévenir les retardataires en leur indiquant leur montre et en leur disant « Acht Uhr ! », ce qui, dans la langue de Goethe, veut dire « Huit heures ! » et se prononce à peu près comme ‘artour’.

Comme, de l’entente de ‘artour’ à l’écoute de ‘Arthur’, il n’y a qu’un pas quand on ne comprend rien à l’allemand, on imagine bien le pauvre gamin qui rentrait chez lui après s’être fait sermonner par le chef de patrouille, se plaindre non seulement de s’être fait gronder, mais en plus de s’être fait appeler Arthur alors qu’il s’appelait Julien.

La seconde explication est incomplète.
Selon Alain Rey dans le dictionnaire du français non conventionel, l’expression daterait de 1920 et serait liée à l’argot où un arthur désignait un proxénète, sans qu’on sache vraiment pourquoi.
On disait aussi « se faire appeler Jules » (qui avait la même signification, en argot).
Malheureusement, rien n’indique pour quelle raison ces deux prénoms ont été utilisés de manière ironique dans ces deux expressions similaires.

Copains comme cochon

Se dit, soit de gens qui font en commun des parties de plaisirs ou autres, et qu’on voit toujours ensemble ; soit d’individus vivant dans des relations très étroites, moins amis que liés par des circonstances particulières, par un intérêt momentané, par un simple goût réciproque

Certains expliquèrent cette expression en arguant que ce serait probablement ce goût réciproque qui constituerait l’intimité des cochons entre eux, comme il fait à l’égard des hommes. Mais il n’y a pas plus d’intimité, si l’on peut dire, entre les cochons qu’entre tous les animaux qui habitent la basse-cour ou l’écurie ; il y en a peut-être moins. Accoutumés à vivre ensemble, les animaux domestiques sont sans doute tout désorientés quand on les sépare, et ils font mille efforts pour se rejoindre. Mais si cette habitude est un effet de leur choix, c’est qu’elle a été d’abord, pour quelques-uns du moins, un effet de la discipline.

Or, pour ceux qui ont eu l’occasion de l’observer, nul animal n’est plus rebelle à la discipline que le cochon. Quand il est en marche, il tend sans cesse à se détacher de son groupe et à folâtrer à l’écart. Il n’y a que le fouet du porcher ou les coups de dents du chien qui puissent lui persuader de rentrer dans le rang. Toute sa camaraderie consiste à crier quand ou parce qu’un autre crie, et, dans ce duo, à faire sa partie en conscience. C’est alors qu’il produit en nous deux effets contradictoires ; il nous écorche les oreilles et il émeut notre pitié. Il semble que c’est la prévision d’un danger prochain qui lui arrache ces cris déchirants, et, comme dit La Fontaine, qu’il crie « comme s’il avait cent bouchers à ses trousses ».

chien et cochon

Ce  cri, répété par tous ou à peu près tous les autres, est la marque qu’ils partagent ce sentiment. Dom Pourceau est donc égoïste. Le dicton eût été plus juste, si l’on eût pris le mouton pour objet de la comparaison. Quelle plus étroite amitié que celle qui règne entre les moutons ? Ce n’est pas le cochon qui se jetterait à l’eau pour périr avec son camarade ou se sauver avec lui. Et quand on dit de quelqu’un qu’il se jetterait à l’eau pour ses amis, ne le déclare-t-on pas le modèle des amis ? C’est sa parfaite connaissance du caractère du mouton, qui induisit Panurge à jouer à Dindenault le bon tour que vous savez. Il n’eût pas eu la même confiance en son traître dessein, s’il eût eu affaire à des cochons.

C’est donc par suite de quelque méprise qu’on assimile des camarades, des compagnons étroitement unis, à des cochons, et que ce n’est pas camarades comme cochons qu’il faut dire, mais camarades comme sochons.

En effet, au Moyen Age, on appelait soces deux ou plusieurs personnes qui s’associaient pour un commerce, une industrie quelconque, pour le paiement d’une taxe, d’une redevance. Il n’est pas besoin d’être bachelier ni docteur pour voir que ce mot vient du latin socius, et quand même on n’aurait ouvert de sa vie un rudiment, on ne laisserait pas de reconnaître le mot soce, par exemple, dans société dont il est le radical.

Les soces institués en vue d’exercer un commerce, d’exploiter une industrie, partageaient par moitié, ou par tiers, ou par quart, selon leur nombre, les bénéfices ou les pertes. Les Italiens appelaient soccio et les membres d’une association de ce genre, et l’association elle-même. C’est ce qui est clairement expliqué dans le dictionnaire della Crusca, au mot Soccio. En vertu de cette commandite, l’un des deux contractants confiait à l’autre un troupeau pour le mener au pâturage et en avoir soin ; cela convenu et exécuté, il lui abandonnait la moitié du revenu.

Du temps qu’il y avait des fours banaux, chacun était tenu d’y porter sa pâte. Certaines gens obtenaient pourtant quelquefois d’exploiter un four à eux, à la condition de n’y cuire que leur pain et non celui des autres ; autrement le four banal eût souffert de la concurrence. Aussi, en Picardie, ne fallait-il rien moins que le consentement simultané du roi, de l’évêque et du vidame pour être mis en possession de ce privilège.

Ceux qui le faisaient valoir étaient des soces, et leur association une socine. Une charte de bourgeoisie, accordée aux habitants de la ville de Busency par Henri de Grandpré, leur seigneur, en 1357, nous apprend que les soces payaient une redevance en nature au fournier, c’est-à-dire à celui qui tenait un four banal. Ainsi, tandis que le fournier ne prélevait qu’unpain sur l’habitant qui, à lui seul, remplissait tout le four de sa pâte, il avait droit à deuxpains de la fournée des soces, et encore fallait-il que ces pains fussent à sa convenance.

Soce, comme quelques autres mots, a reçu une terminaison diminutive, et l’on a dit soçon. De même, on a fait de coche, cochon ou le petit de la truie, mot que Frédéric Morel, dans son Dictionariolum, traduit fort bien par porcelet ; de chausse, chausson, de paillasse, paillasson, de tendre, tendron, de saucisse, saucisson, quoique, dans la pratique, on intervertisse la forme et le nom de ce dernier.

Mais si, en revêtant cette seconde forme, soce ne perdait pas son sens propre, il en adoptait un plus complexe ; car, outre que par soçons on entendait parler de gens ayant des intérêts communs, on désignait aussi des amis d’enfance, des camarades de collège, des compagnons de plaisir, des individus du même métier, tous ceux enfin ayant entre eux quelque affinité de goûts, d’habitude, d’âge et d’éducation. On lit dans des Lettres de grâce de l’an 1421 : « Jacot Tranly, compaignon ou soçon de jeunesse d’icellui suppliant, etc. » Environ trente ans plus tard, on ne dit plus soçon mais sochon : « Compaignons, que n’estes-vous alez sonner ? Vos compaignons et sochons y sont alez. »