Je me suis fait enguirlander

Chez les Impromptus littéraires  

La magie des miroirs ayant cessé ses effets, vous voilà devant ce constat
« Je me suis fait enguirlander ».
Couvert d’éloges au sens figuré ou plus familièrement réprimandé, racontez en prose ou en vers et envoyez-nous votre texte avant dimanche 8 octobre minuit à l’adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.
Ce thème nous a été suggéré par Cristel D 🙂

Récit d’une cigale dépitée

Je me suis fait enguirlander par une espèce de fourmi vindicative. Oui oui croyez moi les fournis ne sont pas prêteuses.

Que je vous raconte !

Cette année là, j’avais chanté tout l’été à en perdre ma voix ; j’ai été tellement occupée que je n’ai même pas trouvé de compagnon ; le sea, sex and sun, je suis passée à coté. Et voilà, je n’ai pas pensé une seule seconde à faire des provisions et que je n’aurai rien à boulotter quand la bise viendrait. Me voilà bien marrie et surtout très affamée. Qu’auriez vous fait à ma place ? Me recroqueviller sur un arbre et tendant un gobelet ?

Non ! Je suis donc allée cogner à l’huis de ma voisine pour lui demander de l’aide. C’est une fourmi et chacun sait que les fourmis sont prévoyantes et organisées. J’ai pensé qu’elle aurait de la compassion pour une pauvre cigale qui lui avait joué des concerti durant la belle saison ; un morceau de mouche, quelques vermisseaux ou quelques graines feraient très bien l’affaire. Eh bien ! Croyez moi, non seulement, elle ne fut pas accueillante mais elle m’interrogea sur mes faits et gestes de la saison passée. Je me suis crue au commissariat de police comme si j’étais une voleuse. Elle a même osé me dire que les restos du cœur n’étaient pas faits pour les chiens ! Oh je lui ai bien répondu que comme à la Société Générale, son intérêt était capital et que je la rembourserai jusqu’au dernier denier avant que le loup n’arrive, mais elle m’a jetée dehors en me disant d’aller danser…

Je me suis fait enguirlander…

La magie du miroir

Pour les Impromtus littérraires

la psyché

La psyché

Juchée sur des petits talons  bottiers, Julie laissa glisser son regard et s’abima dans la contemplation de cette silhouette que pourtant elle connaissait bien. Elle se trouvait belle ! Cette nouvelle toilette, lui seyait à ravir : les plis, le tombé et la délicatesse broderie de dentelle crème,  tout était parfait. Dame nature  l’avait dotée d’un teint clair et aussi frais que la première rosée du printemps. Julie avait soin de protéger  sa peau ; cette fraîcheur serait aussi éphémère qu’un bouquet de violettes sans eau  sous les  rayons chauds du soleil. Elle avait la grâce d’une déesse quand en faisant quelques pas sur la moquette moelleuse rouge vermillon, sa robe de mousseline dansait autour d’elle. Julie avait relevé ses cheveux souples et ondulés  dans un chignon lâche qui  jouait avec la lumière révélant ainsi toutes les  nuances du  blond vénitien.

Quelle magie, lui fit entendre le piano résonner dans la maison : son imagination lui jouaient des tours où les petites Renoir comme elles les appelaient, étaient déjà arrivées et avaient commencé un Nocturne de Chopin  pour se dégourdir les doigts avant le petit concert qu’elles offraient pour l’anniversaire de Julie. Ah, la musique de Chopin… Il était assez osé pour des jeunes filles de se lancer dans cette étude…

 Il était grand temps de descendre.

Ô temps suspends ton vol

Pour les Impromptus : le thème est ici 

Ô temps suspends ton vol ! Autant suspends ton vol ! voilà ce que se répétait un renard sans savoir l’orthographier d’ailleurs peu importe il ne sait pas écrire mais il sait bien parler. Il est décidé aujourd’hui à piquer enfin ce calendos au corbeau qui croisse depuis des heures. Il arme son discours :
– Et toi le corbeau Sais-tu que tu chantes comme le rossignol des bois !
– Sais-tu que tu es le plus rapide, et que tu vole aussi vite de le nandou court
– Sais-tu que, ton haleine est aussi fraiche que l’encens des Indes…
– Sais-tu que tu n’as pas besoin de faire venir le thuriféraire pour te bénir tu es déjà un phénix.
Le corbeau reste coa coa coi, ne bouge pas une aile ; sa prise est ferme, assurée. Pas aussi bête que celui de la fable ! d’ailleurs lui ne tient rien dans son bec !
Ô temps suspends ton vol
La flatterie ne fait plus recette, le goupil change de stratégie.
– Sais-tu que le fromage que tu tiens si serré est bourré OGM et que tu risques de perdre tes plumes…
– Sais tu que le lait de vache est mauvais pour tes articulations ? Sans mentir, c’est dans la revue Sciences et vie des animaux que je l’ai lu. Tes pattes vont devenir toutes molles et tes ergots vont tomber… adieu les balades, les concours de vitesse… Ton bec va se calcifier et alors adieu la chanson !
Ce ballot de corbeau lève une patte et puis l’autre puis pris par une danse de saint Guy, claque du bec, devient hystérique et lâche sa précieuse proie ; des larmes de crocodiles viennent à remplir l’urinoir du champ…

En bas le renard susurre :

 » Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! »

Et moi déguster enfin mon calendos !

 

Repères maritimes – Les Impromptus

Nous étions vingt ou trente copains dans une bande. Chahutant sur la plage, nous attendions le dernier participant au pique-nique improvisé sur la plage.  Marie avait emmêlé le cerf-volant et Simon pestait pour dénouer les ficelles. Anne étendue au soleil, se badigeonnait d’huile solaire ambrée et parfumée ;  l’effluve vanillé parvenait aux narines de Pierre, qui, jumelles en  main, contemplait les bateaux croisant au loin bien au delà de la bouée rouge qui balisait les autorisations de baignade. Soudain un cri retentit… Nos regards se portèrent au loin et nous vîmes oui nous vîmes, un homme qui marchait sur l’eau. Il arriva sourire aux  lèvres.

« Bonjour, Jésus est mon nom. Je suis en retard, ma moto est en panne et je suis venu à pied ! J’espère que le rosé est bien frais et que la fête commence.

photo de Tisseuse

Mode d’emploi universel

Mode d’emploi universel

« M’enfin Lili ça paraissait pourtant simple.

Si tu avais lu la notice Kikia jusqu’au bout, tu aurais réussi à  aboucher le machin sur le truc puis mettre le bidule sur le teuteu. Il suffisait ensuite de choser le machin et de tirer sur la bitonio  pour que tout soit opérationnel ; seulement voilà comme toujours  tu sais toujours tout et à jeter les explications comme ta chemise par-dessus les moulins,  tu as fait l’inverse : machiner avant d’aboucher le zinzin ; résultat :   le truc branle au manche tout déguenillé,   et tout le reste est en cuchon avec le saint frusquin ! » CQFD

Les Impromptus

 

J’en ai bien profité

Pour les Impromptus littéraires

Prologue

Le loup est un animal protégé mais les coups de fusil pleuvent un peu à tort et à travers. On oublie que c’est avant tout un prédateur dominant… Quelques brebis pour se nourrir est-ce un si lourd tribut. Chacun a sa place dans la nature.

C’est à cela que pensait le vieux Dédé, loup édenté et pelé qu’une grand’ mère avait récupéré mort de faim alors qu’il s’était échappé d’un zoo. Il vivait là depuis quelques temps et se souvenait d’un jeunesse tumultueuse.

J’en ai bien profité quand Chaperon rouge, stupide petite fille a traversé le bois, s’arrêta pour et cueillit des fleurs pour sa mère grand, abandonnant son panier avec pot de beurre et galette. J’ai boulotté Mamie et Petite fille

J’en ai bien profité quand la chèvre est partie faire des courses, qu’elle a traîné pour acheter un parfum « senteur de cabicou » abandonnant ces cabris innocents. J’ai bien profité de leur innocence et je me suis rempli la panse.

J’en ai bien profité quand le pauvre agneau qui se désaltérait dans l’onde pure d’un ruisseau, bêla qu’il tétait encore sa mère tandis que je mordais dans son cuissot tendre.

J’en ai bien profité quand les trois petits cochons tremblaient de peur pendant que le vent arrachait toiture, murs et cheminée. Bon , ils ont été malins avec leur bassine d’eau bouillante… Mais ils ont bien cuit.

Reste ce Pierre, celui qui avec sa flûte, le hautbois, le basson du grand-père m’a piégé avec on fusil a bouchon. Tant pis j’avais déjà avalé le canard… la plume volait encore. J’en ai bien profité, j’étais nourri au zoo, plus la peine chasser, que des franches lippées… Je me suis ennuyé un peu alors on m’a amenée près d’une louve blanche et j’en ai bien profité aussi…

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