Les impromptus littéraires – c’est la fin !

Certains qui suivent cet atelier savent déjà que nous allons fermer nos portes. Il restera accessible en lecture pour ceux qui auront la nostalgie de nos textes poétiques drôles, réalistes  ou déjantés.

Le dernier thème proposé s’achèvera dimanche 14 juillet à minuit…

discours – Cent ans

Les yeux fermés, elle revivait sa jeunesse
Parvenue à l’automne de sa vie avec sagesse
Goûtant la senteur de l’ambre jusqu’à l’ivresse,
Sans amertume et oubliant la noble politesse ;

Ses premiers pas à l’école guidée par une maîtresse
Tout de noir vêtue, enseignant comme une tigresse,
Les mots, les phrases et l’art de compter sans paresse
Morigénant les taquins qui tiraient les tresses ;

La Dame de fer construite dans l’allégresse
L’avènement de l’automobile princesse
Adieu les fiacres, charrettes menés avec adresse

Dans la douceur du soir languissant sa tristesse
Elle éteint la lumière, une simple caresse
Tire une révérence entourée de tendresse.

Chez les Impromptus – Au chili

Hotu Matu’a

Adossée à un petit arbre dit crête de coq à coté d’un petit rocher rouge  d’andrinople décoloré par le vent et la lumière, elle était essoufflée au vrai sens du terme ; plus de souffle ! Émerveillée par cette île qu’elle venait de parcourir de l’ouest à l’est et de nord au sud. Elle avait admiré les  bonhommes de pierre si grands, si puissants qui faisaient la force et la magie de cette île perdue au milieu de l’océan Pacifique pas si pacifique qu’il n’en à l’air pourtant. Sac au dos elle avait fait le tour du volcan dont le cratère envahi d’eau reflétait ses algues comme des morceaux de miroir, les flancs gorgés d’herbe sauvage. Lunettes de soleil sur le nez protégeant ses yeux de la morsure de l’astre brillant et chaud, elle s’allongea, contempla les nuages qui s’étiraient fins et léger comme du tulle blanc, les images précieuses dans l’appareil photo.

Au loin surgit une forme, informe d’abord puis peu à peu se précisant être le plus grand des hommes de pierre. Ses pas, pensa t-elle, étaient aussi grands que ceux du Bonhomme de neige de Prévert, poème adoré de son enfance, sauf que celui ne fondait pas. Au fur et à mesure qu’il approchait, elle se recroquevillait dans son coin de buisson un peu épineux. S’asseyant près d’Elle, il lui prit la main, s’assit et lui raconta…

Je suis Hotu Matu’a, représentant du dieu, dernier  chef de la tribu Maké-Maké. A cette époque l’île était peuplée de tribus et de clans divers, ce qui générait des conflits parfois importants. Lorsque mon ancêtre, venu d’une autre île lointaine, chassé par ses compagnons de tribu pour avoir séduit la fille du Dieu Rapa, est arrivé sur cet île, il dût acquérir le droit de pénétrer sur l’île. Pendant un temps, il fut isolé près de la falaise. Il se nourrissait de poissons et d’algues séchées. Puis un jour on lui  apporta un œuf ; un œuf de sterne. Cet œuf était le symbole de la paix dans l’île ; le trésor que chaque année, les chefs de tribus devaient rapporter au roi…

Il fut alors admis à  concourir avec les autres chefs des clans autochtones. La compétition consistait à plonger de la falaise d’Orongo, proche du volcan Rano Kau, puis à nager à l’aide de roseaux jusqu’à l’îlot appelé Motu Nui que tu vois là en face et atteindre les nids de stern

Au loin surgit une forme, informe d’abord puis peu à peu se précisant être le plus grand des hommes de pierre. Ses pas, pensa t-elle, étaient aussi grands que ceux du Bonhomme de neige de Prévert, poème adoré de son enfance, sauf que celui ne fondait pas. Au fur et à mesure qu’il approchait, elle se recroquevillait dans son coin de buisson un peu épineux. S’asseyant près d’Elle, il lui prit la main, s’assit et lui raconta…

Je suis Hotu Matu’a, représentant du dieu, dernier chef de la tribu Maké-Maké. A cette époque l’île était peuplée de tribus et de clans divers, ce qui générait des conflits parfois importants. Lorsque mon ancêtre, venu d’une autre île lointaine, chassé par ses compagnons de tribu pour avoir séduit la fille du Dieu Rapa, est arrivé sur cet île, il dût acquérir le droit de pénétrer sur l’île. Pendant un temps, il fut isolé près de la falaise. Il se nourrissait de poissons et d’algues séchées. Puis un jour on lui apporta un œuf ; un œuf de sterne. Cet œuf était le symbole de la paix dans l’île ; le trésor que chaque année, les chefs de tribus devaient rapporter au roi…

Il fut alors admis à concourir avec les autres chefs des clans autochtones. La compétition consistait à plonger de la falaise d’Orongo, proche du volcan Rano Kau, puis à nager à l’aide de roseaux jusqu’à l’îlot appelé Motu Nui que tu vois là en face et atteindre les nids de sternes. Il fallait attendre le premier œuf pondu par la femelle sterne et le rapporter dans la gerbe de roseau. La concurrence était rude. Chaque chef de clan voulait ramener le précieux trésor au roi de l’île. Mon ancêtre réussit ! Il devint ainsi le premier chef Maké-Maké, Tangata Manu ou « l’homme oiseau » et fut pour un an, l’arbitre des conflits… une sorte de juge de paix. C’est son portrait qui tu as vu gravé dans la pierre… le temps a passé, nous avons sculpté les statues en l’honneur de nos morts… J’étais Hotu Matu’a, dernier chef de la tribu….

En fait je suis Mathieu, le guide et il faut te réveiller, nous repartons….

Pour précision, ce n’est pas la véritable légende de l’Homme oiseau ; ce n’est que le fruit de mon imagination.  

Le singe qui aimait les livres

Pour les Impromptus littéraires 

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Parc de la Tête d’or – Lyon –

Owa était une jeune guenon adorable, toute noire avec un pelage doux et brillant. Son regard rempli de malice pétillait comme des bulles de champagne. Seulement Owa devait s’adapter à sa cage. Alors oui je sais les animaux sauvages ne devraient pas être en cage et sûr qu’elle aurait préféré courir et grimper dans les lianes avec ses congénères mais cette femelle avait été trouvée un matin, abandonnée probablement par un cirque de passage. Récupérée par le zoo du Parc de la Tête d’Or elle avait été élevée au biberon, elle adorait son soigneur qui lui rendait bien. Très sociable, espiègle et câline, elle faisait la joie des enfants qui s’amassait près de sa cage pour l’admirer. Il faut dire qu’elle était particulièrement intelligente.
Un jour qu’elle dégustait une sucette au caramel, sa friandise préférée, dont elle avait pris soin de bien déplier le papier pour le jeter ensuite dans sa petite corbeille, elle entendit son soigneur. Elle sursauta quand son amoureux s’approcha et prudemment elle posa, avec moult précautions, sa sucette en équilibre contre le mur pour ne pas la souiller et se jeta dans les bras de son « amoureux ». Ce jour là, il avait dans une de ses poches un livre qui tomba dans les douces effusions. Surprise et curieuse, Owa quitta les bras protecteurs et se précipita sur nouveau machin. Elle le tourna, l’ouvrit, le referma, le sentit et l’ouvrit encore. Elle se mit à le feuilleter, elle admira des images, les lettres en suivant avec son doigt ; elle regarda l’homme debout près d’elle, puis replongea dans le livre. Elle l’emporta l’objet dans son coin et ne le lâcha plus.
Le lendemain, les promeneurs purent l’observer au milieu d’une pile de livres, d’albums et même une biographie de Socrate. Personne, pas même son « amoureux » ne pur reprendre les ouvrages. Elle était fascinée par tous ces signes.
Owa est-elle devenue une grande lectrice ? En tous cas tous les jours lui apportait une nouveauté qu’elle découvrait avec gourmandise. De là à penser qu’elle savait lire et philosopher il n’y a qu’un pas.

Les titres de Charles

Les Impromtus rendent hommage à Charles  ici 

Joséphine, légère et court vêtue, munie de son joli petit panier d’osier garni d’une galette et d’un petit pot de beurre était partie joyeuse pour souhaiter un bon anniversaire à sa mère-grand plus connue sous le pseudo la Mamma.

Et pourtant, elle était prévenue, bien mise au parfum par sa mère qui lui avait recommandé d’être très prudente en traversant le petit bois de Trousse-chemise ; hier encore, elle avait lu l’article dans la feuille de chou locale ; un loup rodait. Pas question de s’arrêter cueillir des fleurs ou des champignons ! Mais Joséphine fit fi de tout ce verbiage suranné. Elle alla donc dans les chemins de traverse, se rendit près de l’étang  pour couper quelques joncs.

Ah mais qu’il était beau cet énergumène sorti d’on ne sait où qui  lui susurra avec  une voix de velours à faire damner Yves Montand :

« Viens voir les comédiens, les magiciens, c’est ma troupe et je t’assure ; tu t’laisses aller aux plaisirs démodés. » Comme une dinde digne d’une oie de noël, elle est tombée dans le piège ; la ligne et l’hameçon qu’elle a avalés la Joséphine.  Ah non mais,  sur ma vie, jamais vu un musicien jouer de deux guitares en même temps !

Faut oser Joséphine, ça c’est Bashung) et maintenant,  ( c’est Bécaud), il faut savoir

 En cloque (Renaud) la Joséphine, un polichinelle dans le tiroir, la brioche est au four.

Histoire d’escargots

Pour les Impromptus littéraires   ici 

 

Les escargots n’ont pas d’histoires mais qui croira cela ? Ecoutez-moi…

téléchargement

J’en assez que l’on me prenne pour une limace. J’ai plus de grâce moi ! Je suis Berlingot un escargot et pas n’importe lequel je suis un escargot de Bourgogne et ce soir je crie ma colère ; oui ma colère après tous ces gens qui massacrent les escargots.
D’abord il y a les jardiniers : ils mettent de l’anti-limace  ! Mais nous les escargots on aime les salades naissantes,  les petits pieds de dahlias qui pointent, alors on nous empoisonne et là, la SPA ne dit rien. Puis il y la les cuisiniers qui se délectent. Ils nous en font baver et nous accommodent avec du beurre ail et persil. Et moi je n’aime pas le persil.
Quand aux auteurs pour enfants, ils nous oublient régulièrement pour parler des loups, des ours, des lapins qui courent après les renards ou le contraire….
Et est-ce je parle des écoliers qui chantent des comptines à écorcher les oreilles.

Rouge la vigne
Brune la pigne
Escargot de Bourgogne
Montre-moi tes cornes !

Évidemment si on nous fait à boire le lait de la vigne, (Pouilly-Fuissé )nous montrons nos
cornes.

ou encore

Un escargot s’en allait à la foire
pour acheter une paire de souliers
quand il arriva il faisait déjà nuit noire
ils s’en retourna nu-pied

Que faire de souliers, je transpire déjà assez et j’ai mal à l’estomac.
Et puis deux franchement… Je ne saurais où les ranger dans ma coquille.

Un escargot s’en allait à l’école
Car il voulait apprendre à chanter
Quand il arriva ne vit que des herbes folles
C’était les vacances d’été.

Je chante faux, je n’ai pas d’oreilles. Et puis à l’école c’est pas l’Opéra moi j’aime la Traviata.
Et à l’école il n’y a pas que l’herbe qui est folle !

Un escargot s’en allait en vacances
Pour visiter l’Inde de le Japon
Au bout de sept ans il était toujours en France
Entre Dijon et Lyon !

La moutarde me monte au nez. Nous n’avons pas tous la chance de trouver comme Margot *  une boîte de sardines pour naviguer !

et enfin

Petit escargot porte sur son dos
Sa maisonnette
Même quand il pleutIl est tout joyeux
Il sort sa tête

Oui et je me venge, la pluie j’adore…………
BERLINGOT

* référence à Margot l’escargot d’Antoon Krings qui a écrit toute une série d’albums pour enfants répertoriés  » Les drôles de petites bête »; un vrai régal pour les enfants !

 

J’ai changé de sexe –

Pour les Impromptus littéraires

Oh mais vous vous souvenez sûrement, le banc celui, qui dans des moments d’euphorie, monologuait, nous racontait son bonheur de voir les papis-mamies se reposer, les enfants prendre leur goûter à l’ombre du grand platane d’à coté, d’entendre chanter les oiseaux, celui-ci dans des moments chagrin, pleurnichait sur le calibre des fessiers des passants avides de repos ou sur les fientes des pigeons. Et bien me voilà endormi. Je me suis allongé sur les lattes de bois usées pour une petite sieste ; il faut dire que mes journées sont bien remplies à ne rien faire ; tandis qu’une partie de boules lyonnaises se jouait à « je la tire ou je la pointe » au milieu de petits cris ou de grand coup de gueule ! ZZZZ……..
Moi Balthazar je ne fais rien au hasard ! Mes cheveux auburn châtain doré ont miraculeusement poussé jusqu’au bas de mes reins dont la chute est vertigineuse, style Mireille Darc. D’ailleurs je porte la même robe noire, fourreau satiné aussi décolleté derrière que devant, où ma poitrine généreuse soutient bien ce qu’elle avance ; juste une petite médaille en or habille cette gorge. Médaille que je reconnais aussitôt. Ma marraine me l’a offerte pour mes quatre ans, pour un ange m’avait-elle dit en me pétant la miaille sur les deux joues. Au fait, un ange n’a pas de sexe ? Alors pourquoi je me retrouve en jeune femme ? Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Joséphine m’aurait-elle fait boire un philtre, une potion à l’insu de mon plein gré ? Quel apéro m’a-t-elle servi à la place de mon Kiravi la grappe joyeuse ? Les cheveux, je veux bien, je pourrais toujours les couper, la petite coiffeuse Jenny est mignonne, la poitrine, un fantasme mais mais … Ah Boudillou ! auraient-elles disparues ?
Je suis dans le cirage, un nuage blanc qui se déchire quand un moustachu hurle à coté de moi et vient récupérer sa boule… Histoire de ouf ! tout est en ordre.

Le jardinier amoureux

pour les Impromptus le thème de la semaine :

Après les hommages à Jacques Higelin, un peu de légèreté et un brin de folie :
Cinq éléments incontournables pour un texte !

un personnage : un jardinier amoureux
un lieu : au milieu du boulevard
un objet : un rouge à lèvres
un moment : avant la naissance de Gilles
un problème ou une anomalie : le linge qui séchait dehors a disparu

à l’eau de rose

Dans le grand parc du Palais royal de Coucouron sur Arzon, la fête battait son plein sous l’œil du grand maître jardinier, un génie. Les gens du monde entier et surtout les gens du monde  se pressaient auprès des massifs fleuris de roses merveilleuses s’exclamaient avec des grands  « Ah », se pâmaient avec des grands « Oh » devant cette symphonie de couleurs et de parfums. La belle Sophronue sous son ombrelle s’ennuyait fermement. Elle détestait  les roses et se demandait bien pourquoi elle avait accompagné Waudru sa cousine.

Au détour d’un massif, Eugénie lui présenta le Maestro des roseraies qui tomba immédiatement amoureux de la Belle Sophronue. Tout dans sa personne le fit frissonner. Ses cheveux bruns frisés s’échappant de son chapeau, ses yeux verts en amande et sa bouche soulignée d’un rouge à lèvres framboise, rien à jeter se dit-il !  Il multiplia les rendez-vous, fit de son mieux pour lui parler le langage des roses mais elle restait hermétique à ses nouvelles créations. Elle préférait les ancolies, les jacinthes sauvages et les coquelicots.  Elle poussait même son amour de fleurs champêtres à sa lingerie fine … Tout en dentelle de Calais et soie Liberty’s .

Pauvre génie floral, il n’arrivait pas à conquérir la demoiselle. Un jour, il la suivit et découvrit le logis de sa dulciné.  Bien malgré lui, il subtilisa petite culotte et soutien gorge qui séchait au gré d’un doux zéphyr.

– Ah ça mais s’écria Sophronue, ma lingerie, mon linge qui séchait dehors a disparu ! Tel Harpagon avec sa cassette, elle courut partout… Elle accusa Waudru de jalousie maladive.

Le jardinier amoureux serait-il fétichiste ? Que nenni ! C’est le seul moyen qu’il trouva pour séduire la Belle en lui rapportant son précieux bien.

Cette histoire que l’on me rapporta, s’est passée, il y a bien quelque mois, juste avant la naissance de Gilles, leur premier enfant. Depuis, plus de rosiers, rien que des pissenlits et des marguerites sauvages dans un parterre, fouillis herbacé au milieu du boulevard de Coucouron sur Arzon.

Ca m’a quand même coûté un bras –

Perrette nouvelle version

Je suis partie, légère et court vêtue, le printemps arrivait à grand pas pour aller à la ville vendre le lait de la Noiraude ? Je sais cette pauvre vache est bien déprimée depuis qu’elle a compris que la voie lactée n’est qu’une représentation dans le  ciel étoilé de l’été, mais il faut bien que je vende son lait si je veux acheter une autre vache, un taureau pour avoir des veaux. D’accord,  il y a bien l’insémination cependant je reste persuadée que la qualité des bébés est meilleure avec les méthodes  à l’ancienne. Une idée en amenant un autre, je ne comptais pas m’arrêter là ;  quelques moutons pour faire des tajines à mon Paulo de mari, et puis des poules et des coqs pour faire des belles couvées, un cochon ou deux pour le saucisson truffé aux pistaches. Avec tout le flouze que je vais en tirer, je pourrai enfin m’offrir, des fringues dignes de Dior,  du parfum de  Givenchy ou de Chanel pour pouvoir dormir nue enveloppée des effluves du numéro 5. Comment ? Un peu cher avec le gain de quelques poules ? Oh mais  je vendrai aussi tout le  fumier de ma Noiraude. Crésus qui habite près de la ferme du Fernand, il a acheté à sa Germaine un gros caillou qui brille partout. Elle a vendu  le crottin de son canasson pour faire des champignons de Paris et elle a filé chez Vendôme.

Seulement rien ne se passe comme prévu. Forte de mes toutes nouvelles envies,  j’ai coupé par la carrière et la tête dans les nuages  me voilà trébuchant sur un parpaing qui traverse inopinément mon chemin. Quel gadin magistral ! Cul par-dessus tête ! quand à ma cruche de lait n’en parlons même pas , en miette pire que les amphores romaines. Je me suis retrouvée à l’hôpital deux jours et comme ma carte vitale est périmée, cela m’a coûté quand même un bras…

Pour les Impromptus littéraires 

 

Tourner la page

Semaine 49 chez le Impromptus – « Une page qui se tourne » !
En prose ou en vers, laissez-vous inspirer par cette expression pour écrire un texte

Elle avait attendu quelques minutes dans le hall de l’immeuble tout en jetant un œil sur les boites aux lettres. Elle ne reconnut aucun nom… A quoi s’attendait-elle au juste ? Que le monde s’arrête de vivre, que le temps arrête de s’écouler ? Arrivée au quatrième étage la porte de l’appartement était restée la même ; elle le sut en voyant la petite écaille de vernis, celle- là même qu’elle avait faite un jour avec sa clef. Derrière elle la concierge attendait. Nouvelle elle aussi !  Qu’attendait-elle ? Ah oui un pourboire certainement ; pauvre Mélanie, elle avait perdu les bons usages, les bonnes habitudes ! Elle n’avait pas demandé à ce qu’on lui  porte ses valises, elle avait juste demandé les clefs que la secrétaire de l’avocat avait déposées chez le gardien. La femme avait fait le ménage…. Vite fait car à l’intérieur rien … l’appartement était vide. Tout avait été enlevé, les jolis meubles de la chambre, la bibliothèque dont sa mère était si fière…Il n’y avait que les meubles de cuisine sûrement qu’on n’avait pas pu les desceller et dans la salle de bain un rideau en plastique, détail trivial trempait dans un bac à douche sommaire et méconnaissable.  Pourtant l’appartement avait été aéré aucune odeur de renfermé ne flottait. D’une voix blanche, elle remercia la concierge qui glissa dans sa poche le billet de 20 euros que Mélanie lui tendit. Elle avait du mal avec les euros ; quand elle avait été incarcérée on avait encore les francs et la conversion lui était difficile. Elle ferma la porte, le verrou avait été changé remarqua-t-elle. Elle se dirigea vers la cuisine, ouvrit un placard, vide, pas un verre…. Elle avait soif, elle but dans ses mains au robinet dans l’évier, se dirigea vers la porte – fenêtre dont elle tira le store ; il grinça un peu puis finit par accepter de se relever. Un pas, elle fut sur le balcon, large, recouvert de tommettes grises, il donnait dans la cour intérieur, elle reconnut la fontaine qui à cette époque ne coulait pas, les pavés usés, les arcades qui donnaient accès aux entrées d’immeubles, les arbres qui faisaient le bonheur des chiens. En face d’elle une trouée entre les constructions ouvrait sur la petite place dite de la République, au loin le parc… C’est alors qu’elle entendit au dessus d’elle un bruit, un bruit familier, le bruit jamais oublié. D’un bond, un chat roux atterrit sur le balcon… Il s’approcha d’elle d’abord méfiant, il la flaira puis se frotta contre ses jambes.  Les larmes aux yeux, elle se baissa, et murmura : « Brave Perlette, tu es toujours là, tu as vieilli mais tu n’as pas changé… Tu dois avoir quinze ans au moins ». Elle frissonna tout à coup malgré l’air tiède et allégé du printemps ; il lui fallait ouvrir ses valises. L’une contenait sa maigre garde-robe, l’autre quelques papiers importants et quelques livres… Il lui fallait tourner la page !

Je me suis fait enguirlander

Chez les Impromptus littéraires  

La magie des miroirs ayant cessé ses effets, vous voilà devant ce constat
« Je me suis fait enguirlander ».
Couvert d’éloges au sens figuré ou plus familièrement réprimandé, racontez en prose ou en vers et envoyez-nous votre texte avant dimanche 8 octobre minuit à l’adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.
Ce thème nous a été suggéré par Cristel D 🙂

Récit d’une cigale dépitée

Je me suis fait enguirlander par une espèce de fourmi vindicative. Oui oui croyez moi les fournis ne sont pas prêteuses.

Que je vous raconte !

Cette année là, j’avais chanté tout l’été à en perdre ma voix ; j’ai été tellement occupée que je n’ai même pas trouvé de compagnon ; le sea, sex and sun, je suis passée à coté. Et voilà, je n’ai pas pensé une seule seconde à faire des provisions et que je n’aurai rien à boulotter quand la bise viendrait. Me voilà bien marrie et surtout très affamée. Qu’auriez vous fait à ma place ? Me recroqueviller sur un arbre et tendant un gobelet ?

Non ! Je suis donc allée cogner à l’huis de ma voisine pour lui demander de l’aide. C’est une fourmi et chacun sait que les fourmis sont prévoyantes et organisées. J’ai pensé qu’elle aurait de la compassion pour une pauvre cigale qui lui avait joué des concerti durant la belle saison ; un morceau de mouche, quelques vermisseaux ou quelques graines feraient très bien l’affaire. Eh bien ! Croyez moi, non seulement, elle ne fut pas accueillante mais elle m’interrogea sur mes faits et gestes de la saison passée. Je me suis crue au commissariat de police comme si j’étais une voleuse. Elle a même osé me dire que les restos du cœur n’étaient pas faits pour les chiens ! Oh je lui ai bien répondu que comme à la Société Générale, son intérêt était capital et que je la rembourserai jusqu’au dernier denier avant que le loup n’arrive, mais elle m’a jetée dehors en me disant d’aller danser…

Je me suis fait enguirlander…