Bricabook – 282 – La statue

Leiloona

Nous avancions à pas prudent dans la forêt. Les lianes nous caressaient les cheveux et nous piégeaient les chevilles. Plusieurs fois, Marinette avait chu ;  courageusement et douloureusement le bras droit ensanglanté, elle avait continué. Pas question de retourner au camp de base.
Nous étions partis en deux groupes de dix , le guide avait prévenu : chaussures montantes et chaussettes épaisses et malgré la chaleur, pas de décolleté profond, sous -vêtements confortables et anti-transpirant, chapeau ou casquette et manches longues. Rémi avait dû en râlant renoncer à son marcel ; d’ailleurs dans cette jungle on ne bronze pas, il attendra avant de séduire Noémie qui préférait Gilles qui lui avait l’air plus attiré par Jean Luc enfin une espèce de chenille sentimentale se construisait. Betty, elle selon son habitude avait ignorer le règlement, elle n’en faisait qu’à sa tête.
Quant à moi j’avais flashé sur le guide qui ne me regardait même pas très occupé à donner ses ordres ; un macho de première ce Laurent. Il paraît qu’il et calé en archéologie asiatique… Bof !! Pourtant cette nuit la fraîcheur l’avait fait sortir de son duvet pour s’assurer que nous ne courions aucun risque de rhume… Il s’était glissé près de moi sous prétexte de… Enfin j’avais pris son épaule pour oreiller et ne s’était pas défendu mais pas plus loin ; il y avait du monde autour !
Nous recherchions depuis deux jours, une statue réplique d’un lion. Selon les indications elle devait se trouver à quelques kilomètres de notre camp de base. Mais nous marchions depuis longtemps dans rien trouver.
Vers 14 h, la faim nous tenaillant, nous nous installâmes en rond pour nous sustenter. Betty s’éloigna pour se soulager d’un besoin pressant. C’est alors qu’un cri suraigu retentit. Laurent lâcha son assiette tandis que Popeye se précipitait… Betty avait dévalé une pente et se retrouvait l’a entrée de la statue, et sortait la tête par un trou béant de la gueule du lion… Photos !

betty boop pour bricabook

Mes excuses pour avoir bricolé ta superbe photo.

Bricabook – 279

Une photo de Kot

kot

Quelques semaines s’étaient écoulées …

– « Vous êtes enceinte Madame » lui avait annoncé le médecin ! Cette phrase résonnait dans sa tête depuis trois mois. Quels idiots, aucune précaution…

Elle avait accusé le coup ; peu d’amies à qui se confier, puis renvoyée à sa propre enfance, un peu chaotique, elle accepta ce merveilleux cadeau ; un enfant ! Elle pensait enfant pas embryon, pas fœtus, Enfant.

Elle avait hésité avant de prendre contact presque inconnu rencontré, alors qu’épuisée par une journée particulièrement éprouvante, elle s’était accordée une pause et offert un verre dans un bar proche du palais de justice où elle était juge d’instruction. Ils avaient plus que sympathisé mais ne s’était pas revus…. Ce qu’elle savait de lui : Gordi, diminutif de Guillaume et expert comptable, confidences faites entre deux étreintes torrides.

Elle avait fini par informer le géniteur malgré lui,  lui avait expliqué qu’elle n’attendait rien de lui, qu’elle  assumerait  seule  cet enfant. Mais Elle pensait qu’il était normal qu’il soit au courant de cette grossesse. Le pauvre était tombé des nues, n’avait pas  vraiment  réalisé ce qui lui arrivait. D’ailleurs,  il était en charmante compagnie !

Et puis cette lettre. Il souhaitait la rencontrer, discuter de cet événement. Dans un premier temps, elle  n’eut pas l’intention de donner suite à ce rendez-vous.  Ne pas imposer cet enfant qu’elle seule avait décidé de garder. Pourtant, les phrases écrites par Gordi tournaient dans sa tête. Il n’était pas vraiment préparé à être père mais il devait prendre aussi ses responsabilités et qu’il était prêt en discuter.

Voilà pourquoi, elle avançait dans cette rue sombre bordée d’immeubles noircis par le temps. Ses pas mesurés et hésitant la menait vers cette petite place baignée de lumière. Quel choix faire ?

Elle s’arrêta quelques secondes au milieu du trottoir et après avoir rejeté ses cheveux en arrière, Elle releva la tête,  serra l’anse de son sac à main. Elle était sûre ;  Elle allait  lui donner une chance d’entrer dans leur vie.

 

Une photo, quelques mots – 271

Une photo de Marion Pluss

 

C’était un vieux cinéma de quartier, on voit encore au plafond le tissu à damier que mon oncle André, projectionniste de son métier, avait accroché pour éviter les courants d’air. La peluche des fauteuils était tellement râpée que les ressorts nous piquaient les fesses. Pas question de minater ou de se bisouiller dans les coins sous peine d’entendre grincer et couiner comme les chattes qui venaient faire leurs petits dans des endroits impossibles. Mon oncle Dédé était obligé de les donner et pour les restant de les nourrir.

Aujourd’hui, je retrouve une salle de réunion. Un écran blanc, un tableau interactif, des fauteuils en cuir pour l’auguste derrière des participants aux réunionnites aigues dont les entreprises ont le secret ; et dire qu’ils se moquent des fonctionnaires qui sont à la machine à café…

Une photo, quelques mots – 269- Perdus

269 - plage
photo de Vincent Héquet

Ils avaient beaucoup marché ; dans le sable, leur pieds s’enfonçaient et la semelle de leur baskets trop fine pour les isoler de la chaleur. Pourtant en plongeant les mains dans le sol grattant les petits grains, une certaine fraîcheur pouvait se faire sentir ; certes elle était éphémère mais pendant un dixième de seconde ils espéraient. La gourde malgré le métal ne contenait plus qu’un liquide chaud et encore, il n’y en avait plus que quelques gouttes. Comment avaient-ils fait pour se perdre dans cette dune si fréquentée. Ils suivaient bien les traces mais dans la lumière aveuglante, ils ne les distinguaient plus.
Pas un seul cornac à l’horizon, il y avait belle lurette qu’ils avaient quitté le chemin des éléphants. A la boussole de pacotille, ils devraient se diriger vers l’est et trouver les chameaux et la file de touristes.
– Oui s’écria soudain l’une d’autre eux,  pourquoi vous ai-je suivi dans cette galère ?
– Oh mais c’est toi qui voulait un voyage avec du fun du fun et encore du fun !
– Oui ben c’est plutôt le feu ici… Oh une bouteille de champagne, je l’étrangle et je fais sauter le bouchon !
– Hé mais non, c’est la lla petite Julie, tu as des hallucinations. Le vent se lève et le sable va recouvrir toutes les traces… malheur on est perdu. Ils parcoururent encore quelques mètres… Quand tout en haut de la dune, ils virent une tête de camélidé… Que faisait-il ici ? Soudain, la bête se trouva près d’eux puis une autre et encore une autre.

Sauvés !! Que disait Guillaumet dans le désert :
« Ce que j’ai fait je le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait ». Et pourtant ce n’était qu’une petite dune de sable…
Une grosse langue baveuse et douce caressait la joue de Julie qui s’éveilla en sursaut !
– C’est décidé s’écria t-elle soudain, nous irons en vacances à Deauville, il y a une grande plage humide est fraîche, ajouta-t-elle pour son mari aussi stupéfait qu’hilare tandis que sa main se perdait dans les longs poils de son labrador.

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Bric à book – 262 – L’attente

 

photo de Kot pour Bricabook

Il était là perdu dans ces ruelles de la vieille ville. Pourquoi lui avait-elle donné rendez-vous dans ce coin où toutes les boutiques étaient taguées, les rideaux maquillés comme des voitures volées. La cigarette au bec, il se disait que décidément, il ne faisait pas bon d’être amoureux ; cette fille il l’avait dans la peau et il avait été était très malheureux lorsqu’elle avait quitté le squat. Pourquoi au juste, il n’en savait rien sauf qu’elle avait disparu et qu’il l’avait cherché dans toute la ville. Était-ce raisonnable, lui, flic gradé à la brigade des stups. Jamais il n’avait osé l’arrêter. Il avait pris des risques gigantesques trompant ses collègues. Il n’avait pas peur non, il était amer, amer et curieux ; aucune reconnaissance. Il ne s’était rien passé entre eux mais parfois les regards, les frôlements en disaient plus long…
Et voilà qu’aujourd’hui, suite au message aussi énigmatique que sibyllin, il faisait le pied de grue comme un premier communiant à son premier rendez-vous. Le bonnet noir sur la tête, le manteau kaki de chasseur du dimanche sur le dos, écharpe écossaise, il pensait être camouflé…
Tournant la tête à gauche, il ne vit pas le canon du revolver pointé sur lui depuis la ruelle perpendiculaire. Lucie arrivait, il fronça les sourcils en tirant sur sa clope…