Contes du lundi – L’insaisisable étrangeté

Chez Lakévio 

« Il ne faut jamais éclaircir le mystère. De toute façon, un écrivain ne le pourrait pas. Et même s’il cherche à l’éclaircir de manière méticuleuse, il ne fait que le renforcer.

Patrick Modiano

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Anne Françoise COuloumy
Un petit air

Un petit air de violon vint tout à coup balayer son cerveau. Il montait les escaliers de cet immeuble et les souvenirs affluaient. Sur le palier du deuxième étage toujours ce rectangle de lumière que le soleil projetait en cette saison à cette heure de la journée. Comme il avait pu jouer, avec sa sœur dans cette portion de mur. Il faisait des ombres chinoises pour lui faire peur, des monstres qu’il lui disait. Mais elle n’était pas dupe et elle riait aux éclats tout ne montant les derniers degrés pour accéder à l’appartement.

Vide, c’était bien le mot, l’appartement inoccupé depuis plus de cinq ans ; une femme de ménage passait de temps en temps pour faire la poussière et aérer. C’est ici qu’il commença ses premières leçons de violon et sa sœur de piano.  Et puis la vie les sépara, un accident pour elle où elle perdit la vie et lui les concerts pour s’étourdir…

Cet appartement est le seul bien que ses parents lui ont légué ; l’héritage, ce logement modeste chargé de tant d’émotion ! Il n’est plus venu depuis leur disparition.  Le notaire avait été précis : Monsieur, il faut vous décider, soit vous vendez, soit vous louez. Il y a tant de personnes qui vivent dans la rues,  blabla etc. Le brave clerc l’avait saoulé avec ses discours humanitaires.

Lorqu’il pénétra dans le hall, une odeur de potage aux légumes lui chatouilla les narines ! En trois pas il fut dans la cuisine et vit une jeune demoiselle, cheveux longs roux et frisés autour d’une petite tête aux yeux verts assise devant un thé parfumé. Pauvre Claude, « les bras lui en tombèrent ». Son appart’ squatté…  La demoiselle se leva, lui prit la main pour le saluer, le regarda du haut en bas et de bas en haut se présenta :

«  Bonjour moi, je suis Alice, alors toi aussi tu viens en coloc. Il est chouette c’est appart’ clair et isolé du bruit. La concierge a dû te donner le règlement. Ici on ne paye pas mais on n’abîme rien. On dort, on mange, on travaille. Elle est brave cette concierge, cela fait un an que je suis là, je le kiffe trop ce coin. Je suis vendeuse au super marché et pas un sou pour mes études. Je suis en master d’économie et … Blabla… J’adore les chats, les chiens j’en prendrais bien mais ce ne serait pas raisonnable et blabla… La musique classique à petit dose c’est bien ; et toujours blabla…. Et je fais ma cuisine….

Pour la deuxième fois de la journée, Claude écoutait sans entendre. Le petit air de musique revenait sans cesse comme une ritournelle. Il resta bouche bée et se demanda bien ce qu’il fallait faire. Enfin il se décida : Bonjour moi je suis Claude, dit- il en lui tendant la main, je crois que je vais rester quelque jours ici ; si tu veux bien me faire visiter….

Détesté ou aimé de janvier

Je ne sais trop si j’aime ou si je n’aime pas… c’est juste pour rire ou sourire

Alors que j’étais à table à trainer entre poire et fromage, mes oreilles sont attirées par les pubs de la télé et  là un déferlement de  constipation, de diarrhée  d’histoire de selles dures qu’il faut ramollir, de comprimés pour être soulagé dès le lendemain ; avec force démonstration d’haltérophile, de beau mec dans un spa etc… Avouez quand même ma tranche de saucisson a de quoi me rester en travers de la gorge. Bon appétit !

Alors que je passais à mon yaourt aux fruits et bien j’ai eu la désagréable surprise de ne pas avoir dégusté le bon produit car celui préconisé est celui qui fait du bien à l’intérieur ! C’est le comble…

Mais c’est pas fini car après en avoir supporté la première couche, on remets ça avec le matraquage de ce qu’il faut faire pour maigrir  et même Madame Sophie s’y colle ! A l’heure du repas c’est sympa. Surtout que la séquence finie on recommence avec les comprimés machins qui font fondre, le tout agrémenté d’un slogan qui vous conseille de faire de l’exercice de manger sans sucre et sans sel !

Et après cela, un petit coup de nettoyage pour vos cuvettes en tout genre avec ou sans Javel…

Bon appétit bien sûr quand les émissions culinaires fleurissent sur nos écrans.

Pauvre Paul Bocuse un bel âge tout de même et un hommage pour avoir apporté tant à la gastronomie française et c’est un pléonasme car aucune gastronomie égale la nôtre. Je suis lyonnaise alors un peu de chauvinisme.

J’ai franchement aimé 

Ce mois-ci un petit vernissage nous permis d’exposer quelques unes de nos aquarelles dans le club où je suis… un petit échantillon

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Je ne suis pas sur les photos et le papillon est mon oeuvre.

Bon mois de février avec la nature qui commencera à bailler avant de se réveiller.

Mil et une – Une araignée

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Question de chapeaux

La Veuve Noire devait tenter un dernier coup. Enfin elle l’espérait car elle souhaitait. Cela allait devenir dangereux. Elle avait quand même la tête près du bonnet et savait qu’il ne fallait pas tenter le diable trop longtemps.
Elle avait fait faire par Barnabé, artiste formier, le roi de la sculpture sur bois de tilleul, plusieurs formes à chapeaux et depuis, elle utilisait ses talents de modiste pour commettre ses méfaits.
Toute jeune, élève en difficulté, elle avait été placée dans un atelier de couture à sa demande en apprentissage où, sous la houlette de Madame Joséphine, elle avait apprit l’art de la capeline, du béret de la coiffe, et même les couvre-chefs d’homme n’avaient plus de secret. Elle en avait bavé des ronds de chapeaux, mais l’élève avait dépassé le maître.
Elle avait réalisé quelque chef d’œuvre, notamment pour Martin qui séduit par son joli minois avait délaissé son galurin pour un noble haut de forme. On rendit hommage à son talent « Chapeau bas lui dit Martin qui organisa une grande fête en son honneur ; s’en suivi d’autres commandes ; la belle chapelière commença à très bien gagner sa vie. Mais !…

Pour Jéremy, elle se confectionna un charmant petit bibi bleu. Ravi Jérémy fut prit au charme et très vite l’épousa. Il eut la bonne idée de mourir accidentellement très vite. C’est comme s’il lui avait mis le pied à l’étrier et sa carrière de Veuve Noire démarra sur les chapeaux de roues.
Anatase lui aimait les pétases qu’à cela ne tienne… et la monnaie tomba dans son escarcelle.
Puis pour Gaston, elle se fit chaperon, rouge évidemment c’était un loup ; il fallait bien lui prendre ses sous.
Sans vergogne, elle séduisit Mauricette, lui fit des risettes avec des casquettes à la coupe très nette pour lui faire casquer ses piécettes.
Plus tard un petit canotier en paille blanc et ruban vert pour un chevalier blanc ; elle lui piqua tout son argent.
Elle réussit aussi le coup du chapeau avec trois frères footballeurs et elle fit leur malheur.
Lucien travaillait du chapeau ; elle n’eut aucun mal a capté tous ses biens.
Pour Dimitri un tour de magie et une chapka en lapin augmentèrent ses gains et ses biens.

Mais quelques malandrins policiers de leur état commencèrent à émettre quelques soupçons sur l’innocence de la Belle. Celle-ci qui ne voulait pas porter le chapeau de tous les décès douteux, déclara tout de go que s’ils avaient la moindre preuve, elle avalerait son chapeau sinon eux devraient avaler le leur.
Las, la Belle qui voulait prendre la retraite chapeau, tenta donc son dernier coup avec une magnifique petite couronne en bièvre. Malheureusement, elle tomba amoureuse d’un hallefessier fessu répondant au doux prénom d’Adonis que la police lui colla dans les pattes et se fit piéger par les feutres du flagorneur. Lors de son arrestation, la veuve noire lui cria : je te tire mon chapeau.
Pendant ses années de prison elle eut l’occasion de lire et relire une quantité de bouquins allant de « Ces dames aux chapeaux verts » aux ouvrages d’ Amélie Nothomb.

 

 

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Donner la parole à une escalier et il vous contera des secrets…

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Puisqu’ enfin on me donne la parole, je vais pouvoir m’épancher en toute quiétude.

Comment…? Un escalier ne parle pas ? Mais si, mais si. Je suis très très vieux et je peux vous dire que j’ai déjà bien vécu.

J’ai été construit il y a bien longtemps, au temps gallo-romain et je suis en colimaçon sans vis centrale. Je suis rare. Aucun ingénieur n’a pu retrouver le secret de ma construction. Pourtant, j’ai entendu dire qu’il existait des escaliers à double montée, à Blois puis à Versailles. Cela ne se peut pas… Enfin peut-être après tout…

Ah.., je peux dire que j’en ai vu du monde, une vraie galerie de portraits.

Ainsi, le monsieur qui avait tant de mal à grimper les marches parce qu’il avait un petit coup dans le nez ;  il trébuchait sur mes marches pourtant usées. Assis sur le paillasson gratouilleux, il frappait à la porte de l’appartement en hurlant « Minette, ouvre-moi » avant que la concierge ne vienne à son tour. Et je ne parlerai pas des fois où l’estomac trop chargé, il se soulageait dans le recoin de la dernière marche.Il y avait aussi la petite fille qui jouait à cache-cache, et qui montait et descendait en sautillant avec joie et vitalité jusqu’à faire un saut maladroit qui lui valut une vilaine entorse. Ah… que j’eus de la peine pour elle quand elle dut, durant quinze jours, boiter en gémissant de douleur.Et que dire des chats qui profitaient des ouvertures à l’air libre pour s’étendre et s’étirer dans les rayons du soleil qui réchauffait mes vieilles pierres. Parfois, ils laissaient l’odeur piquante de leur passage et là, on me badigeonnait d’eau de javel… Elle ignorait la brave dame qui nettoyait et frottait, que les chats sont très attirés par l’eau de javel !
Oh chut…, j’entends le grésillement du machinphone, ce truc qui fait que maintenant plus personne ne peut pénétrer dans mon hall sans être identifié : c’est dommage, plus de rencontre fortuite…

texte que j’avais écrit il y déjà quelque temps pour les Poudreurs d’escampette 

 

Regarde avec ton oreille – Vincent

Pour Mil et Une             Une image un mot : couleur

 

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Regarde avec ton oreille

Vincent, la chemise bleue  flottant autour de sa taille, recouvrant à peine la ceinture de son pantalon marchait au milieu des champs. Les coquelicots s’étiraient dans les épis de blé mûrs au coté des bleuets donnant ainsi le contrepoint, l’emblématique été français. Il avait, le matin même, terminé le portrait de Gachet, ce bon docteur qui ignorait qu’entre deux coup de pinceaux, il lutinait sa fille, une jolie brunette peu farouche  répondant au doux prénom de Marguerite. Il pensait justement à elle ; Marguerite une fleur parmi les fleurs.

Soudain, il sursauta ! Un oiseau, un geai ? Non  plus probablement  un jeune rapace  s’envolait avec un bruissant d’ailes assourdissant ; quelque part un chien aboya, brave Totor se dit Vincent, toujours fidèle. Un déclencheur ? C’est à ce moment précis que Vincent réalisa que finalement ce n’était pas pour rien qu’il s’était coupé l’oreille. Certes il entendait pareillement, seul l’escargot était mutilé laissant l’orifice dégagé ce qui lui conférait une perception plus fine des couleurs, des matières de leur consistance. Ses yeux perçants ne lui suffisaient plus. Mais l’ait-il senti ce jours où il était passé à l’acte. Pas sûr, entre sa folie progressant et sa déprime chronique, il avait agi à l’instinct alors qu’une petite voix lui soufflait « Regarde avec ton oreille » comme Jeanne d’Arc, ses vois s’étaient amplifiées.

Vincent marchait au milieu des champs, sa chemise bleue flottant autour de ses hanches, la chaleur alourdissait ses pas. Le long du chemin, les meule de foin lui firent signe. Il hésita, tituba puis ne résista plus à cet appel divin.

Allongé contre un meule, il imaginait entre rêve et conscience , sa prochaine toile du jaune du jaune et de la paille….

La cour de récré – Félicien

Voilà les Félicien à l’honneur cette semaine de reprise chez Maîtresse Jill. Comme je traîne au fond de mon lit et de mon fauteuil, terrassée par une bronchite, j’ai répensé ç ce « Sacré Félicien » de Jean Ferrat… En paroles

Sachez qu’en mon pays
Avec tous mes amis
De veille et de bamboche
Il faut se lever tôt
Pour avoir le droit au
Titre de roi des cloches
Boire et jouer pour deux
Aimer à qui mieux mieux
Traiter Dieu de fantoche
En réfléchissant bien
Je n’en vois guère qu’un
Pour qui c’est dans la poche

Sacré Félicien
Tu mérites bien
La cloche d’airain
Sacré Félicien

Tous les soirs au poker
Paradis et enfer
Mon coeur cesse de battre
Quand tremble sa casquette
Au regard qu’il me jette
En abattant ses cartes
Si je sens aussitôt
Pousser sous mon chapeau
Des cornes qui se cachent
C’est qu’au jeu de poker
Il dit qu’il vaut mieux faire
Le boucher que la vache

Sacré Félicien
Tu mérites bien
La cloche d’airain
Sacré Félicien

Au tendre jeu d’aimer
Sa force est de flairer
L’anguille sous la roche
Peu lui chaut tout à fait
Que la belle ait le nez
En forme de galoche
Mais qu’un morceau de roi
Suivi d’un échalas
A petit pas s’approche
Il me dit aussitôt
« Ben, mon pauvre Jeannot
La tienne est plutôt moche »

Sacré Félicien
Tu mérites bien
La cloche d’airain
Sacré Félicien

Quand on va braconner
La truite et le gibier
Je guette le gendarme
S’il est petit et gros
Suant sous son chapeau
Il me dit: « Pas d’alarme
Te casse pas la tête
Celui–là est si bête
D’après ce qu’on raconte
Que même ses collègues
Qui ne sont pas des aigles
Ont pu s’en rendre compte »

Sacré Félicien
Tu mérites bien
La cloche d’airain
Sacré Félicien

et en musique