Les plumes d’Emilie – 22 –

Les errances de Pipioli

Quand on demandait à Pipioli ce qu’il voudrait faire quand il serait grand, il ne répondait pas comme tous les autres enfants, pompier, mais choisissait un métier en relation avec ce qu’il avait goûté de ce jour-là.

Il faut dire que Pipioli était le dernier enfant de la famille Souris. Celle-ci s’était installée depuis des générations dans les vieux bâtiments de la mairie d’un village situé dans centre de la France, là où l’on pouvait encore lire sur le fronton « Liberté égalité fraternité ». Ils jouxtaient l’ancienne école. Ah, qu’elle avait été animée cette école depuis les Hussards noirs jusqu’à il y a encore une dizaine d’années !
Maintenant elle sert de débarras pour quelques antiquités et vieux machins usés et encombrants. Mais Pipioli et sa sœur Rose y vivaient heureux. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils avaient abondance de nourriture. A côté de leur cuisine, un réduit regroupait pêle-mêle des ouvrages de toutes sortes. On avait abandonné là, au milieu des toiles d’araignées des vieux documents municipaux, des vieux plans cadastraux, et des ouvrages occultes et autres autodafés qui n’avaient rien à faire dans une école laïque, un régal pour le père de Pipioli, des vieux registres paroissiaux qui auraient fait le bonheur des apprentis généalogistes et dont  Rose se servait de modèles de calligraphiques. Il y avait aussi une vieille carte de France sans l’Alsace et la Lorraine, ce qui ne laissait pas d’intriguer Pipioli qui se demandait sans cesse qui avait bien pu grignoter ces beaux morceaux.

Le grand plaisir de Pipioli, c’était de s’aventurer dans les rangées d’ouvrages poussiéreuses. Assis, sur un vieux pouf en cuir défraichi, il dévorait pendant des heures les contes de Perrault ou d’Andersen, les « Rouge et Or » prestiges. Il veillait toutefois à ne pas être transformé en cheval pour le carrosse de Cendrillon. Dans ses découvertes, il voulait être tour à tour le Marquis de Carabas, Barbe Bleue pour faire peur à Rose ou encore le seigneur de D’Artagnan livrant des combats à l’épée. Rose, quant à elle préférait la bibliothèque rose et verte. Quelle évasion pour son esprit de souris !

Pour ses loisirs, Pipioli  naviguait entre les journaux, bandes dessinées comme Bécassine, Bibi Fricotin ou encore Les Pieds Nickelés, mais évitait soigneusement de lire le chat de Gelluck. Pourtant, il avait adoré les fables de la Fontaine surtout Le lion et le rat car il se sentait presque la vedette. Les rats sont un peu cousins des souris.

En rongeant quelques lettres de Madame de Sévigné, il avait failli s’étrangler avec une virgule mal placée, quelques actes du Malade imaginaire et du Cid et se prit pour Rodrigue. Il osa s’attaquer à l’Assommoir et au Père Goriot mais renonça à une édition suisse très ancienne des œuvres de Jean Jacques Rousseau.

Il grignota ensuite  « Le tour de France par deux enfants » il décida qu’il serait instituteur.

Il brava l’interdiction et rogna quelques romans policiers, il eut très peur, fit des cauchemars mais décida d’être  « espion de bandits ».

Un jour, il découvrit, à l’occasion d’une balade tout au fond d’un rayon, un herbier fabriqué par des écoliers qu’il ne rencontrerait jamais. Il fut ému de découvrir toutes ces plantes référencées dont les noms étaient écrits à l’encre violette de plusieurs mains maladroites. Il y avait une pile de cahiers dont les feuillets étaient couverts de dessins au crayon mine de plomb et couleurs. Il emporta une page de la Petite Flore pour que Maman lui confectionne un gâteau. Ce jour-là il voulut être horticulteur ; d’ailleurs sa maman adorait les roses.

Que c’est dur ce choisir un métier.

Merci à l’auteur de littérature de jeunesse Philippe Corentin qui m’a inspiré et à qui j’ai emprunter j’ai emprunter le personnage de Pipioli.

7 commentaires sur « Les plumes d’Emilie – 22 – »

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