Mil et une – Une histoire de coq

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Henri travaillait comme graphiste dans une agence de publicité depuis quelques années. Il souhaitait monter sa propre entreprise mais dans le contexte actuel, il préférait attendre et faire des économies sachant bien qu’elles seraient insuffisantes pour financer son projet mais suffisantes pour contracter un emprunt.

Il était aussi dessinateur, avec succès, de bandes dessinées « images d’Epinal ». Il venait de s’installer dans une bâtisse à la campagne pour travailler tranquille et préparer ses planches pour une toute nouvelle  maison d’édition qui  l’avait contacté. Il avait promis un album. Dimanche matin, le coq de la voisine fit entendre son chant, une sorte d’andante égrillarde ; Il faisait encore nuit, et, encore une fois, elle avait oublié de fermer la porte de sa grange. Furieux, il se leva, décidé à transformer d’abord ce coq en  chapon et si cela ne suffisait pas, le saigner sans tarder et faire frire sa caroncule à l’huile d’olive avec de l’ail et des oignons. Ensuite il irait faire un brin de causette, histoire parler du pays à l’indélicate demoiselle. Il ne la connaissait pas encore. L’occasion se présentait ; il lui apporterait la bestiole pour en faire un coq au vin.

Dans sa précipitation, il se prit les pieds dans la descente de lit, marcha sur le chat qui revenait de sa balade nocturne et fit tomber la pile de livres négligemment rangée près de son lit. Il jura comme un charretier, attrapa son blouson, vérifia la présence de son couteau suisse à lames d’acier et sans avaler ne serait-ce qu’un café, il se jeta littéralement dehors. Il regarda au – dessus du grillage qui séparait leur terrain pour dénicher le coupable aux pattes d’allumettes pour ne pas dire aux mollets de coq.

Aussitôt, l’air frais du matin embaumé des parfums de la nuit lui rappela son enfance. L’odeur des lilas lui chatouilla agréablement les narines et il sentit sa colère faiblir. Le printemps était précoce cette année ; les conditions climatiques étaient si douces ; la nature se réveillait peu à peu.

Quand il frappa à la porte d’Eugénie, il ne savait déjà plus tellement pourquoi il était là. Aucune lumière ne brillait. Il se dit qu’il était bien benêt de s’être énerver pour si peu ; après tout on ne vient pas vivre à la campagne si on ne veut pas entendre les coqs chanter, les chèvres bêler et les vaches meugler !

La porte s’ouvrit doucement ; une charmante jeune femme vêtue d’un  peignoir en éponge rose pêche pas très sexy mais confortable apparut. Henri s’étrangla en prononçant des mots incompréhensibles et  confus fut  pris de vertige. Constatant son malaise, Eugénie le fit entrer, asseoir et lui offrit un verre d’eau tout en lui demandant  ce qui lui valait une visite aussi matinale. Il lui demanda en bredouillant si elle était du signe du coq en astrologie. Cela tombait comme un cheveu sur la soupe ! Soudain il avisa un couffin d’où émergeait une petite tête d’enfant. Profondément ému par la présence de ce bébé, il sortit la mine de plomb qui ne quittait jamais sa poche et se mit à faire un croquis du nourrisson sur la nappe en papier qui recouvrait la table en formica. Il travaillait avec des gestes précis et nerveux qui chassèrent définitivement sa colère. Elle le regardait comme s’il faisait des barbouillages incongrus.

Une demi-heure plus tard, assis l’un en face de l’autre, ils discutaient comme des amis de longue date. Le café était délicieux et parfumé. Elle lui confia, une larme à l’œil, que son compagnon s’était enfui quand il avait appris qu’elle était enceinte. Elle n’avait pas voulu avorter. La petite s’appelait Soizic, elle, avait un mois. Alors il  lui raconta que son histoire était exactement l’inverse. Son amie, n’avait pas voulu garder l’enfant et il l’avait quittée.

Plus tard, ils émergèrent des plumes de la couette, des plumes du coq ? Non mais la petite avait faim. Henri lui donna le biberon. Henri garda tout, les babillements du bébé et le chant du coq.

 

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